Par Jean-Marc Daniel
Il y a 120 ans, le monde français de la mine affronte une des plus graves catastrophes de l’histoire mondiale du charbon. Celle-ci est connue sous le nom de “catastrophe de Courrières”, du nom d’une commune du Pas-de-Calais. Précisons d’emblée néanmoins que cette catastrophe n’a pas eu lieu sur le territoire de cette commune mais dans trois puits voisins. Elle tire son nom de celui de la compagnie propriétaire des puits en question qui est la “Compagnie des mines de Courrières”. Fondée en 1849, cette société monte régulièrement en puissance. En 1906 elle emploie 10 000 personnes et produit 2 millions de tonnes de charbon, soit 7 % de la production nationale.
“Au matin du 10 mars 1906, à Billy-Montigny, la poussière de charbon accumulée dans la mine s’enflamme. Cela provoque une explosion, ce que les mineurs appellent un coup de poussier, qui se propage dans l’ensemble du réseau de galeries et en ravage 110 kilomètres”
Au matin du 10 mars 1906, à Billy-Montigny, la poussière de charbon accumulée dans la mine s’enflamme. Cela provoque une explosion, ce que les mineurs appellent un coup de poussier, qui se propage dans l’ensemble du réseau de galeries et en ravage 110 kilomètres. Cet embrasement est la conséquence d’un incendie qui se déclenche dans la nuit du 7 au 8 mars suite probablement à la chute de la lampe d’un mineur. Pour l’éteindre, les ingénieurs l’encerclent d’un mur construit en urgence afin de l’étouffer en raréfiant l’air et donc l’oxygène. Au 10 au matin, après un court échange entre ingénieurs sur le danger qui subsiste, il est décidé de faire descendre les mineurs. Le drame qui suit provoque la disparition de 1099 d’entre eux sur les 1664 qui sont descendus.
“Assassins”
Dès l’explosion, les secours s’organisent. Le préfet arrive d’Arras vers 10h30 et les ingénieurs du corps des mines de la zone prennent la direction des opérations techniques. Se distingue à cette occasion Felix Leprince-Ringuet, jeune polytechnicien aujourd’hui plus connu comme étant le père du physicien Louis Leprince-Ringuet. Il est le seul à échapper aux critiques des mineurs qui dénoncent un certain désordre ambiant et accusent les autorités d’être plus sensibles au futur des puits qu’au présent des victimes.
Le 13 mars, une cérémonie d’obsèques a lieu à Billy-Montigny. Tandis qu’une véritable tempête de neige se déchaîne, la foule se met à crier “Assassins” quand arrivent les dirigeants de la compagnie. Et le 16 mars, le bassin minier du Pas-de-Calais se met en grève. Le 17 mars, Georges Clemenceau, alors ministre de l’Intérieur, se rend à Lens où il affirme la fermeté du gouvernement.
Un an plus tard, en mai 1907, le Conseil général des mines remet un rapport sur les circonstances et les leçons à retenir de cette catastrophe. Il exonère la compagnie de toute responsabilité, ce que confirme la justice dans un arrêt de la cour d’appel de Douai du 24 juillet 1907.
En 2006, plusieurs colloques ont été organisés en mémoire des victimes et en souvenir d’un monde désormais disparu, celui des “corons”, qui revit aujourd’hui, notamment, dans le célèbre tube de Pierre Bachelet régulièrement chanté dans les stades et les salles des fêtes du Pas-de-Calais…
Ma famille (WULLEMAN) a été décimé par cette catastrophe