Par Jean-Marc Daniel
Depuis 2001, le 11 septembre est l’occasion de revenir sur les tragiques attentats de New York. Cela efface dans la mémoire collective d’autres 11 septembre, comme celui de 1823 qui fut le jour du décès de David Ricardo. Né le 18 avril 1772 à Londres, dans une famille de financiers, cet immense économiste réalise quelques opérations lucratives qui vont lui permettre de se consacrer à la réflexion économique. Il en tire un livre de référence, intitulé ‘Des principes de l’économie politique et de l’impôt’ qui paraît en 1817. D’une lecture exigeante, ce texte est un incontournable de la pensée économique. Il met notamment en lumière deux problèmes sur lesquels ses préconisations restent pertinentes.
“Des principes de l’économie politique et de l’impôt”
Le premier est celui de la nocivité de ce que, depuis ses écrits, on appelle des “rentes”. Est rente tout revenu qui ne provient ni du travail, ni de la prise de risque. Toute rente constitue une amputation des salaires et des profits, ce qui réduit en particulier les moyens dont disposent les capitalistes pour investir. Principalement agricole à l’époque de Ricardo, la rente est souvent, aujourd’hui, étatique. En octroyant un statut particulier à telle ou telle profession, en protégeant certaines productions par des droits de douane, en orientant les dépenses publiques vers tel ou tel secteur, l’État conforte des revenus sans lien avec la création de richesse.
“L’État doit supprimer les règles inutilement contraignantes, assurer la neutralité de l’impôt, démanteler les monopoles, et surtout promouvoir le libre-échange”
C’est d’autant plus dommageable que l’État peut contrer les rentes en favorisant la concurrence. L’État doit donc supprimer les règles inutilement contraignantes, assurer la neutralité de l’impôt, démanteler les monopoles, et surtout promouvoir le libre-échange, dont Ricardo démontre les bienfaits par une parabole devenue célèbre sur les échanges de vin et de textile entre l’Angleterre et le Portugal.
Le second enseignement fondamental de Ricardo repose sur sa défense de l’équilibre budgétaire. Il écrit :
“Le montant qu’on lève par des impôts pour payer les intérêts des emprunts ne fait que passer des mains de ceux qui le paient dans celles de ceux qui le reçoivent, des mains du contribuable dans celles du créancier de l’État.”
La dette nourrit un transfert de l’ensemble de la population vers les détenteurs d’emprunts d’État, transfert qui ne se fait donc pas d’une génération à une autre mais d’une classe sociale à une autre.
Il prolonge sa pensée :
“C’est la profusion des dépenses du gouvernement, ce sont les emprunts qui appauvrissent un pays ; par conséquent, toute mesure qui pourra tendre à encourager l’économie du gouvernement et des particuliers soulagera la détresse publique. Mais c’est une erreur et une illusion de croire qu’on peut soulager une nation du poids d’un fardeau qui l’accable, en l’ôtant de dessus une classe de la société qui doit le supporter, pour le faire peser sur une autre qui, suivant tous les principes d’équité, ne doit supporter que sa part”
Nos dirigeants devraient (re)découvrir David Ricardo…