Par Jean-Marc Daniel
En 1872, Victor Hugo publie un recueil de poèmes intitulé ‘L’année terrible’. Il s’agit d’un ensemble de textes sur la guerre de 1870 et la défaite. Cette défaite est clairement actée le 28 janvier 1871 par la signature d’un armistice. Commentant cette signature dans ‘Capitulation’, Victor Hugo écrit :
“C’est pour cela qu’on fut brave, altier, invincible,
Et que, la Prusse étant la flèche, on fut la cible ;
C’est pour cela qu’on fut héros, qu’on fut martyr ;
C’est pour cela qu’on a combattu plus que Tyr,
Plus que Sagonte, plus que Byzance et Corinthe ;
C’est pour cela qu’on a cinq mois subi l’étreinte
De ces Teutons furtifs, noirs, ayant dans les yeux
La sinistre stupeur des bois mystérieux !”
“Cela”, c’est non seulement la capitulation mais aussi la préparation d’un traité de paix dont Victor Hugo anticipe qu’il sera d’une rare violence. Cette préparation passe par l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale le 8 février, assemblée qui se réunit à Bordeaux à compter du 15 février. Paris se remet difficilement de la période pendant laquelle les troupes allemandes l’ont assiégé, et c’est donc Bordeaux qui accueille les responsables de la nouvelle République, proclamée le 4 septembre 1870. C’est dans les locaux du “Grand théâtre”, place de la Comédie à Bordeaux, que les députés débattent et que se prennent les décisions. La première et la plus importante est prise le 17 février. Ce jour-là, les députés nomment Adolphe Thiers “chef du pouvoir exécutif de la République française”. Les députés en question étant en majorité monarchistes, ils précisent “en attendant qu’il soit statué sur les institutions” …
Un traité d’une rare violence
Né le 15 avril 1797, Adolphe Thiers a 72 ans. Il a connu son heure de gloire sous la Monarchie de Juillet, avant de devenir un opposant de plus en plus marginalisé sous le Second Empire. La débâcle de 1870 et la proclamation de la IIIe République le ramènent sur le devant de la scène. Aux élections du 8 février 1871, il est élu dans 26 départements alors que le deuxième mieux élu, à savoir Léon Gambetta, qui incarne la résistance à la Prusse après le départ de Napoléon III et s’affirme comme le leader le plus en vue des républicains, ne l’est que dans 8 départements.
“Thiers va exercer le pouvoir pendant 2 ans, marqués par la Commune et sa répression, et la signature du traité de Francfort avec l’Allemagne privant la France de l’Alsace-Moselle et lui imposant de verser 5 milliards de francs d’indemnité”
Thiers va exercer le pouvoir pendant 2 ans, marqués par la Commune et sa répression, et la signature du traité de Francfort avec l’Allemagne privant la France de l’Alsace-Moselle et lui imposant de verser 5 milliards de francs d’indemnité, mais également par la refonte du statut des départements et par la loi militaire de juillet 1872 qui fixe la durée du service militaire à 5 ans.
Renversé le 24 mai 1873, Thiers meurt le 3 septembre 1877. Longtemps couvert d’éloges pour avoir soldé la guerre calamiteuse déclarée par Napoléon III et surnommé “le libérateur du territoire”, il est désormais régulièrement dénoncé comme le “fusilleur de la Commune” par une gauche intellectuelle qui tient le haut du pavé culturel.