Par Jean-Marc Daniel
Nous avons vu dans une chronique précédente comment la poste britannique a révolutionné l’acheminement du courrier en introduisant en 1840 le timbre-poste. Adopté progressivement par l’ensemble de l’Europe, son principe s’affine avec la mise en place d’une grille de prix des timbres assise sur le poids des lettres. Tandis que le pèse-lettre devient un objet de la vie quotidienne, chacun s’efforce de raccourcir ses textes.
C’est alors que la poste autrichienne va prendre une initiative mémorable. En 1865, Heinrich von Stephan dirige le service postal de la Confédération de l’Allemagne du Nord, c’est-à-dire des États regroupés autour de la Prusse avant la création de l’Empire allemand en 1871. À l’occasion d’une réunion de responsables européens des postes, il présente un projet de mise en circulation de cartes prétimbrées à ne pas glisser dans des enveloppes et sur lesquelles on peut écrire un message court. C’est la lettre légère par excellence, et la lettre “low cost” avant l’heure puisque le timbre associé est moins cher que le timbre des lettres cachetées. Bien que son projet paraisse séduisant, les autorités de Berlin ont d’autres soucis en tête que le coût des lettres et le négligent. C’est donc son voisin et rival de Vienne qui va faire de sa proposition une réalité.
Succès relativement éphémère
Le 1er octobre 1869, la poste autrichienne met à disposition des Viennois ce qui va entrer dans l’histoire comme les premières “cartes postales”. Les messages sont alors écrits sur le recto et l’adresse sur le verso. Vexée d’avoir été devancée, la poste prussienne reprend l’idée et met à disposition des troupes d’occupation en France en 1871 des cartes postales à envoyer à leur famille. La France, qui découvre à cette occasion la formule, décide fin 1872 de l’adopter. Mais dès ces débuts, les Français innovent en mettant en vente des cartes postales où des illustrations accompagnent le message. En 1889, alors que de plus en plus de gens savent lire et écrire et peuvent envoyer des messages à leurs proches, à l’occasion de l’exposition universelle sont éditées en abondance des cartes postales dont le recto porte le dessin de la Tour Eiffel. Le succès de l’opération conduit en 1891 un imprimeur de Marseille à proposer des cartes postales dont le recto est une photo, le verso regroupant le message à gauche et l’adresse et le timbre à droite.
“Les Français innovent en mettant en vente des cartes postales où des illustrations accompagnent le message. À l’occasion de l’exposition universelle sont éditées en abondance des cartes postales dont le recto porte le dessin de la Tour Eiffel”
Entrée dans les mœurs à la fin du XIXe siècle, la carte postale va connaître un succès relativement éphémère. Elle commence à décliner avec le développement du téléphone. Les anniversaires qu’elle servait à fêter se célèbrent de plus en plus de vive voix…Et quand le téléphone permet de transmettre des photos, cela lui donne un nouveau coup. En repli comme l’ensemble du trafic postal, le nombre de cartes postales vendues en France est désormais d’environ 75 millions, sachant que 80 % le sont en juillet et août ; la carte postale survit comme un produit d’été associé aux vacances.