Par Jean-Marc Daniel
Il y a 730 ans, le roi de France Philippe IV, dit Philippe le Bel, accueille à Paris, en grande pompe, Jehan Baliol. Celui-ci n’est autre que le roi d’Écosse. Cette visite est largement intéressée. Si le roi d’Écosse a fait le long voyage qui le mène dans la capitale française, c’est qu’il s’agit pour lui d’obtenir une aide systématique des Français dans la guerre régulière et interminable que son pays mène contre l’Angleterre. Et donc, le 23 octobre 1295, les deux souverains signent solennellement un traité qui entérine une alliance qui ne se veut pas de circonstance mais bel et bien éternelle. En fait, les deux signataires sont convaincus que l’Angleterre restera durablement leur ennemie. Ennemie de l’Écosse pour des raisons géographiques évidentes ; ennemie de la France car l’histoire des familles à la tête des deux royaumes, faite de rivalité, de mariages supposés aplanir les conflits, de disputes notamment autour de la Guyenne, la région qui entoure Bordeaux, rend toute entente entre les deux pays quasi impossible. Le traité entre en vigueur après sa ratification par le parlement écossais le 26 février 1296.
Détachement écossais
En 1324, Édouard II d’Angleterre refuse de rendre au fils de Philippe le Bel, le roi Charles IV, l’hommage qu’il lui doit en tant que duc d’Aquitaine. C’est le début d’une série d’affrontements qui vont déboucher sur la célèbre guerre de Cent Ans entre la France de la dynastie des Valois et l’Angleterre des Plantagenêt. Dans ce cadre, les rois de France décident de conforter leur alliance avec l’Écosse. Un traité est donc signé à Corbeil en avril 1326 entre Charles IV et Robert Ier d’Écosse, qui a de nouveau fait le déplacement. Pour les Écossais, il s’agit de confirmer leur attachement indéfectible à ce qu’ils appellent désormais la vieille alliance, soit dans leur langue “auld alliance” !
“Après la déroute d’Azincourt de 1415 qui menace la France de disparition, des contingents venus d’Édimbourg débarquent sur le sol français pour lutter contre les Anglais, si bien que Jeanne d’Arc est accompagnée pendant toute sa saga par un détachement écossais”
C’est pendant la guerre de Cent Ans que cette alliance joue pleinement. Symbole fort de cette réalité, après la déroute d’Azincourt de 1415 qui menace la France de disparition, des contingents venus d’Édimbourg débarquent sur le sol français pour lutter contre les Anglais, si bien que Jeanne d’Arc est accompagnée pendant toute sa saga par un détachement écossais.
L’alliance dure jusqu’au 5 juillet 1560. Ce jour-là, les dirigeants écossais signent un accord avec l’Angleterre affirmant leur hostilité commune au pouvoir en place à Paris. En effet, Anglais et Écossais ont choisi de rompre avec le catholicisme et de défendre la cause protestante, alors que les autorités françaises la combattent vigoureusement. En 1562, un contingent écossais débarque en Normandie, mais cette fois, il ne s’agit plus de venir au secours des Français mais de soutenir les révoltes huguenotes.
Aujourd’hui, Français et Écossais évoquent régulièrement l’auld alliance. En 1995, le 700e anniversaire a donné lieu à des colloques savants et à des démonstrations d’amitié. Mais cela n’a guère dépassé une certaine forme de nostalgie folklorique.