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25 février 1830 : "La bataille d’Hernani"

La pièce de Victor Hugo donnée à la Comédie française bat en brèche les règles du théâtre classique

25 février 1830 : “La bataille d’Hernani” La première d'Hernani. Avant la bataille d'Albert Besnard, avec à gauche, Théophile Gauthier

Par Jean-Marc Daniel

La semaine dernière, nous évoquions les réactions de Victor Hugo à la capitulation de la France en 1871. Dans cette chronique, nous le retrouvons jeune auteur en quête de notoriété. Nous sommes le 25 février 1830, à la Comédie française. Au programme, la première d’une pièce qu’il a écrite, intitulée ‘Hernani’, dont la rumeur annonce qu’elle va provoquer un scandale. L’intrigue se déroule dans l’Espagne des débuts du XVIe siècle et un des principaux personnages est Charles de Habsbourg, désormais connu sous son nom d’empereur du Saint-Empire romain germanique, à savoir Charles Quint. Sa date de naissance – le 24/25 février 1500 – a inspiré à Hugo la date de cette première représentation. Largement annoncé et déjà commenté, le spectacle remplit la salle. Dans les places debout de l’orchestre on croise les amis de Victor Hugo. À leur tête on trouve le tout jeune Théophile Gauthier qui, par sa stature et par sa tenue où domine un impressionnant gilet rouge, frappe l’imagination. Dans le récit qu’il fera de la soirée, il qualifie le groupe qui l’accompagne de “flamboyant”. Quant aux partisans d’un strict respect des règles concernant les spectacles donnés dans ce temple de l’art dramatique qu’est la Comédie française, il les accuse d’être “grisâtres”.

Dès le 1er acte, le vacarme s’installe. Les comédiens sont interrompus 148 fois pendant la représentation et des horions sont échangés dans les abords du théâtre.

Le principe des “trois unités”

Les règles en question sont celles qui ont été fixées au XVIIe siècle par Nicolas Boileau, le célèbre théoricien de l’art littéraire, dans une formule que répètent depuis, à l’envi, les Comédiens français :

“Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli”

C’est ce principe dit des “trois unités” que Victor Hugo et ses soutiens veulent abattre. Bien que la Comédie française incarne le théâtre classique organisé autour des “trois unités”, donnant exclusivement des pièces de Racine, Corneille ou Voltaire, son directeur Isidore Taylor se laisse convaincre par les défenseurs du romantisme de s’ouvrir à leur vision renouvelée du théâtre. Né à Bruxelles le 14 juillet 1789, Isidore Taylor devient français sous la Révolution et l’Empire. À la chute de Napoléon, il décide de le rester. Il est nommé “commissaire royal”, c’est-à-dire directeur, de la Comédie française en 1825. Plutôt proche des romantiques, il accepte d’accueillir ‘Hernani’ malgré les menaces des tenants du classicisme.

C’est ainsi que le 25 février 1830 a lieu ce qui est entré dans l’histoire sous le nom de “bataille d’Hernani”. Le mot de bataille n’est pas trop fort. Dès le 1er acte, le vacarme s’installe. Les comédiens sont interrompus 148 fois pendant la représentation et des horions sont échangés dans les abords du théâtre. Accusé d’être perverti par la secte des “hugolâtres”, Isidore Taylor s’appuie sur le succès public de la pièce pour en maintenir la programmation. Tout cela va devenir assez vite politique, au point que beaucoup d’historiens ont vu dans la soirée du 25 février 1830 les prémices de la Révolution de Juillet 1830.

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