Par Jean-Marc Daniel
Il y a 470 ans, la noblesse du Saint-Empire romain germanique est réunie en Bavière, à Augsbourg. La ville jouit alors d’un grand prestige car son nom, qui évoque l’empereur romain Auguste, rappelle qu’elle a été créée par le futur empereur Tibère. En ce lieu chargé d’histoire, une décision importante va être prise. La réunion a été convoquée par Charles Quint, qui est empereur du Saint-Empire depuis 1519. Charles Quint est non seulement empereur mais il est, entre autres, roi d’Espagne, héritier du domaine des ducs de Bourgogne, roi de Naples… Le soleil ne se couche jamais sur les territoires qu’il contrôle et il est, de loin, l’homme le plus puissant des débuts du XVIe siècle. Et pourtant, l’année 1555 est marquée par des déconvenues qui vont le conduire à renoncer progressivement à toutes ses responsabilités. En avril, sa mère, Jeanne de Castille, à qui il voue un véritable culte bien qu’elle soit folle, s’éteint. Le 25 septembre, il subit une humiliation qui ébranle son pouvoir impérial.
Guerre civile
Dès le début de son règne, il s’est opposé avec détermination à l’extension de la Réforme religieuse défendue par Martin Luther à partir de 1517. En 1521, convoqué à Worms par Charles Quint devant les plus hautes autorités du Saint-Empire, Luther refuse toute concession. Il reçoit le soutien de Frédéric III de Saxe, soutien bientôt partagé par plusieurs princes allemands. En 1529, Charles Quint réaffirme à Spire l’appartenance du Saint-Empire au catholicisme, provoquant la protestation des partisans de Luther qui reçoivent à cette occasion le nom de “protestants”. L’affaire s’envenime et l’opposition entre catholiques et protestants dégénère en guerre civile.
“En 1529, Charles Quint réaffirme à Spire l’appartenance du Saint-Empire au catholicisme, provoquant la protestation des partisans de Luther qui reçoivent à cette occasion le nom de “protestants””
Après plusieurs revers, Charles Quint consent à négocier avec les princes protestants, d’autant qu’ils sont aidés après 1552 par la France. Mais il refuse de mener lui-même ces négociations et en confie la direction à son frère Ferdinand de Habsbourg. C’est donc ce dernier qui reçoit le ban et l’arrière-ban de l’empire à Augsbourg pour la signature d’un accord qui doit ramener la concorde. Cet accord, entré dans l’histoire sous le nom de “paix d’Augsbourg”, repose sur le principe “cujus région, ejus religio” ; cela signifie que les habitants d’un territoire de l’empire ont obligatoirement la religion du prince dont ils sont les sujets. C’est désormais le territoire et les choix de celui qui le dirige qui déterminent l’appartenance religieuse des Allemands. En pratique, deux religions s’installent : le catholicisme et le luthéranisme, aucun prince ne choisissant une autre obédience du protestantisme comme le calvinisme.
Absent d’Augsbourg, rendu dépressif par ce qui est, objectivement pour lui, un échec, Charles Quint abandonne peu à peu le pouvoir pour se retirer dans un monastère en Espagne où il meurt en 1558. Quant à la paix d’Augsbourg, elle est emportée par la défenestration de Prague de 1618 et la guerre de Trente Ans qui la suit.