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5 mars 1876 : mort de Marie d’Agoult

Les 150 ans de sa mort devraient être l’occasion de redécouvrir l’une des femmes les plus remarquables du XIXe siècle

5 mars 1876 : mort de Marie d’Agoult Portrait de Marie d'Agoult, Henri Lehmann, 1843, Paris, musée Carnavalet.

Par Jean-Marc Daniel

Il y a 150 ans, le 5 mars 1876, s’éteignait la comtesse Marie Catherine Sophie d’Agoult, une des femmes les plus remarquables du XIXe siècle. Aujourd’hui plutôt oubliée, elle l’était déjà en partie au moment de son décès et ce malgré une vie qui avait suscité à la fois admiration et indignation. Elle est née le 31 décembre 1805 à Francfort sur le Main où son père Alexandre de Flavigny a fui la Révolution. Sa mère dont elle est très proche appartient au monde des affaires de Francfort, si bien qu’elle gardera toute sa vie un attachement marqué à la culture allemande. En 1827, elle épouse le comte Charles d’Agoult, qui a 16 ans de plus qu’elle. Ce mariage avec un proche de Charles X l’introduit dans les milieux de la haute aristocratie où sa culture et son charme font merveille ; jusqu’à ce qu’en 1833, elle rencontre le musicien Franz Liszt pour qui elle a un véritable coup de foudre.

Aventure avec Liszt

En 1835, elle s’enfuit avec lui et entame une vie d’errance jusqu’à leur séparation en 1844. De leur liaison naissent trois enfants dont une fille prénommée Cosima qui épousera Richard Wagner et sera à l’origine du festival de Bayreuth. Son aventure avec Liszt la mène à rompre totalement avec ce que furent ses premières années et leur vie mondaine. Elle entame alors une carrière d’écrivain sous le pseudonyme masculin de Daniel Stern, reprenant la technique de Georges Sand de masculinisation de son nom pour se faire d’abord éditer et ensuite connaître du grand public. Elle s’investit également en politique, se déclarant favorable aux Républicains réformistes et fustigeant tant les conservateurs royalistes que les socialistes en pleine ascension dans les mouvements de gauche.

“Son aventure avec Liszt la mène à rompre totalement avec ce que furent ses premières années et leur vie mondaine. Elle entame alors une carrière d’écrivain sous le pseudonyme masculin de Daniel Stern”

Revenue en France, elle s’enthousiasme pour la Révolution de 1848 dont elle rédige ensuite une histoire qui est encore considérée comme une des plus intéressantes jamais publiées. Elle tire de l’échec de la IIe République et notamment des affrontements de juin 1848 une formule qui devient célèbre :

"Rien de plus dangereux, de plus haïssable en politique que les mots vagues. Les mots vagues font les hommes fanatiques ; les formules obscures égarent et exaltent les esprits ; le malentendu ensanglante le monde"

Opposante résolue à Napoléon III et soutien reconnu des Républicains sous son règne, elle se félicite de la proclamation de la IIIe République, même si prématurément vieillie et devenue neurasthénique, elle vit de plus en plus repliée sur elle-même.

Peu à peu, le temps n’a jugé bon de conserver d’elle que le souvenir de ses amours tumultueuses avec Liszt. Ces amours, elle les a résumées d’une formule pleine de sagesse :

"Souvent deux amants s'éprennent l'un de l'autre pour des qualités qu'ils n'ont pas, et se quittent pour des défauts qu'ils n'ont pas davantage"

Les 150 ans de sa mort devraient être l’occasion de redécouvrir son œuvre littéraire, ses travaux d’historienne, sa correspondance et de lui rendre l’hommage qu’elle mérite.

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