Économie et Politique
La chronique de Jean-Michel Lamy
Matignon mûrit les contours de ses annonces de rupture. Une mesure de pouvoir d’achat en fera partie. Ce seront des arrangements à production constante où le mistigri passe d’un contribuable à l’autre. “Éperdu de justice”, Boris Vallaud, le patron des députés socialistes, n’y verra qu’une réparation insuffisante après les dégâts “d’une politique de l’offre qui a échoué”. En réalité, l’injustice est d’instrumentaliser le naufrage politique du macronisme aux seules fins d’envoyer aux oubliettes une stratégie pro-business.
Taxe Zucman, une erreur de cible
Au moment précis où l’Union européenne comprend qu’un basculement du modèle de consommation à un modèle de production est devenu vital, le contresens des oppositions est total. Il restera dans les annales. N’en rajoutez pas en organisant par la taxe l’atrophie du capitalisme familial. Seul l’entrepreneur crée de la croissance. Seule la productivité délivre des salaires sans inflation. Le pays a toujours eu du mal avec ces deux défis.
Aujourd’hui cette tragédie ancestrale prend un relief sans précédent. Parce que c’est l’Europe tout entière qui fait face aux dangers imminents de la désindustrialisation massive. Le corps déjà fragile de l’industrie tricolore, avec moins de 10 % de valeur ajoutée dans le PIB, sera emporté encore plus vite par les vagues chinoises et trumpiennes. Or sans industrie puissante, ni hauts salaires pour la classe ouvrière, ni réseaux de recherche, ni souveraineté commerciale.
L’incapacité à maintenir un niveau de vie satisfaisant pour les populations ne se guérit pas par plus de contraintes fiscales et réglementaires.
Ultime ironie de l’histoire, les pratiques recommandées pour contrer la déferlante sont celles-là mêmes préconisées par Macron I en 2017. Alors qu’en 2025 Macron II est appelé à se renier par l’alliance syndicats-partis de gauche pour construire la future loi de finances. Si un compromis budgétaire advient, il faudra en apprécier les coûts immédiat et ultérieur. Si une censure advient, il faudra distribuer les responsabilités et les conséquences.
L’incapacité à maintenir un niveau de vie satisfaisant pour les populations ne se guérit pas par plus de contraintes fiscales et réglementaires. Ce n’est que le résultat de multiples erreurs de trajectoire sur l’exigence de compétence dans l’enseignement, sur le choix des services au détriment de l’outil industriel, sur la préférence pour l’étatisation par excès de dépense publique, sur la quantité globale de travail… Le redressement passe par des programmes assumant des politiques radicalement correctrices dans tous ces domaines. Ne nous trompons pas de cible pour le débat budgétaire.
Le contre-budget du PS , “une curiosité”
Au lieu d’agir dans ces directions, le personnel politique au pouvoir s’est accordé pour masquer par l’endettement la pénalisation de la compétitivité globale de l’économie. En menant une campagne d’imperator levant ou baissant le pouce de la censure le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, s’inscrit dans cette lignée. Les orientations exigées sont calées sur les discours des années du communisme triomphant, contre les dividendes des riches, pour un départ à la retraite le plus tôt possible, pour la réduction a minima des déficits publics. Une “curiosité” tout de même. Le contre-budget PS tient le haut du pavé, sauf abstention des députés RN. Marine Le Pen est l’arbitre suprême du vote ou pas de la censure !
L’imperium de la norme “bruxelloise” est en faillite objective devant les vrais empires que sont maintenant les États-Unis, la Chine, la Russie.
C’est pourquoi Olivier Faure devrait abandonner une vision budgétaire par trop franco-française pour aller au Berlaymont, le siège de la Commission à Bruxelles. Il entendrait alors des sirènes d’alarmes. L’une porte sur la survie même de l’UE. “Hier sûre de représenter l’avenir d’un monde abdiquant la violence au profit de la norme, l’Europe n’est-elle plus que le témoin vieilli d’un monde enfui”, interroge le ‘Ramses 2026’ (‘Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies’, Dunod). La centralité d’une légitimité internationale a tourné court. Le multilatéralisme selon l’UE n’est plus. L’imperium de la norme “bruxelloise” est en faillite objective devant les vrais empires que sont maintenant les États-Unis, la Chine, la Russie. Ce qui était un atout pour la défense de la compétitivité vire au handicap.
Dans un entretien à ‘L’Usine nouvelle’, Bruno Le Maire, l’ancien ministre de l’Économie, n’y va pas par quatre chemins : “la technostructure bruxelloise tue l’industrie européenne”. Il faut des plans d’urgence pour continuer à produire de l’acier et des voitures en Europe. De façon générale, les montants autorisés d’aides d’État sont trop timides. Les filets dressés à l’importation, chinoise notamment, sont trop lâches. La fronde des grands industriels contre les règlements adoptés au nom de la défense de l’environnement s’étend. Récemment, Paris, allié à Rome, Berlin et Varsovie, a bloqué l’adoption d’une réduction de 90 % des émissions de CO2 d’ici à 2040 par les Vingt-Sept.
“Il faut nécessairement des moments churchilliens”
Il y a une année précisément, une unanimité s’était formée sur les recommandations du rapport Draghi (union des financements de l’épargne, suppression des barrières normatives du marché intérieur…) pour sortir l’UE d’une régression annoncée. Un an plus tard, Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, juge sans appel que “l’Europe est dans une situation encore plus difficile”. “Il faut nécessairement des moments churchilliens”, ajoute Thierry de Montbrial, président de l’Ifri.
Une terreur prospective se répand devant une prise en étau possible entre une Chine coupant l’accès aux terres rares et des États-Unis fermant l’accès à Internet. À ce jour, les Vingt-Sept n’ont lancé aucune recherche d’alliances crédibles pour circonscrire la menace potentielle. Le PS “imperator” aurait fort à faire budgétairement parlant s’il oubliait un peu ses diktats budgétaires à l’ancienne pour la défense du financement de l’innovation. Voilà une rupture budgétaire qui garantirait plus sûrement le pouvoir d’achat que la dialectique des transferts fiscaux.
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