Propos recueillis par Edouard Laugier
Dans votre dernier livre*, vous promettez de “prendre le contrôle de son argent en 5 minutes par jour”. Concrètement, à quoi ressemblent ces cinq minutes, et qu’est-ce que le lecteur sait faire de plus au bout d’un mois ?
À raison de cinq minutes par jour, la lecture de mon petit livre peut effectivement prendre un petit mois. Mais ces cinq minutes quotidiennes, c’est d’abord une discipline, pas une contrainte. Concrètement, je propose au lecteur de s’installer avec son application bancaire ou un simple carnet, et d’alterner deux types de séquences.
“La première semaine, on peut se concentrer sur l’observation : Juste voir où part l’argent”
La première semaine, on peut se concentrer sur l’observation : cinq minutes chaque soir pour noter ses dépenses du jour, les catégoriser. C’est tout. Pas de jugement, pas de restriction. Juste voir où part l’argent. La plupart des gens que je rencontre sont incapables de dire combien ils dépensent réellement en restaurants, en abonnements ou en achats impulsifs. Au bout d’une semaine, on a déjà une photographie plus claire de ses habitudes.
La deuxième semaine, on peut passer à l’analyse. Chaque jour, on prend cinq minutes pour examiner une catégorie de dépenses et se poser une question simple : “Est-ce que cette dépense m’a vraiment apporté quelque chose ?” Parfois, on découvre qu’on paye 40 € par mois pour une salle de sport qu’on n’a pas fréquentée depuis six mois, ou trois abonnements de streaming différents.
À la fin des deux premières semaines, le lecteur maîtrise trois choses essentielles : 1/ Il connaît plus précisément ses flux financiers ; 2/ Il a identifié peut-être deux ou trois dépenses superflues à réduire ; 3/ Il peut mettre en place un virement automatique vers un livret d’épargne, même modeste.
“À la fin des deux premières semaines, le lecteur a pris conscience que la gestion financière, ce n’est pas de la “haute finance” réservée aux experts”
Et surtout, il a pris conscience que la gestion financière, ce n’est pas de la “haute finance” réservée aux experts, mais une affaire de bon sens et de régularité. Il n’est pas devenu analyste financier, mais il a repris la main sur son quotidien. Et ça, c’est la base de tout en matière de finances personnelles.
Puis, il peut s’attacher aux autres sujets que je traite dans mon livre, dont la petite taille est adaptée à une lecture dans les transports en commun.
Vous abordez aussi bien la gestion des dettes que l’investissement, la retraite ou la succession. Quel est, selon vous, le plus gros malentendu des Français sur leurs finances personnelles aujourd’hui ?
Le plus gros malentendu, c’est de croire que les conseillers financiers travaillent pour vous. Je sais que ça peut paraître brutal, mais c’est le constat que je dresse dans le chapitre “Épargnez-vous les plus gros pièges de l’investissement”.
Les Français pensent sincèrement qu’en s’adressant à un conseiller bancaire ou à un gestionnaire de patrimoine, ils obtiennent un avis objectif et adapté à leur situation. La réalité est tout autre : la grande majorité de ces “conseilleurs”, même s’ils sont légalement “indépendants”, masquent une dépendance économique aux assureurs et aux sociétés de gestion car ils sont rémunérés par des rétrocommissions sur les produits qu’ils vendent, pas par la performance qu’ils génèrent pour leurs clients. Je cite dans le livre l’adage cruel mais juste : “Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.”
Quand un conseiller pousse une assurance-vie en unités de compte, un produit structuré “maison” ou un dispositif de défiscalisation complexe, il répond d’abord à ses propres objectifs commerciaux. Le client, lui, se retrouve avec des frais d’entrée, des frais de gestion, des frais cachés qui peuvent lui coûter jusqu’à 44 % de son capital sur 40 ans. Je le démontre chiffres à l’appui.
“Le plus gros malentendu, c’est de croire que les conseillers financiers travaillent pour vous. La grande majorité masquent une dépendance économique aux assureurs et aux sociétés de gestion car ils sont rémunérés par des rétrocommissions sur les produits qu’ils vendent, pas par la performance qu’ils génèrent pour leurs clients”
Le second malentendu, lié au premier, c’est de croire que la complexité est gage de qualité. “Si c’est compliqué, c’est que c’est sérieux”, pensent beaucoup d’épargnants. C’est exactement l’inverse. Les stratégies les plus efficaces sont souvent les plus simples : un Livret A pour l’épargne de précaution, un PEA investi en ETF peu coûteux pour le long terme, et un budget tenu régulièrement. Mais, certes, ça ne rapporte pas beaucoup de commissions aux intermédiaires…
Alors mon message est simple : méfiez-vous du conseil “gratuit”, posez la question de la rémunération, et reprenez-vous en main. Comme je le dis souvent : “On ne demande pas au coiffeur si on a besoin d’une coupe de cheveux !”
Les seuls conseillers en gestion de patrimoine vraiment indépendants se font rémunérer sous forme d’honoraires directement payés en toute transparence par l’épargnant – et non pas sous forme de rétrocommissions cachées – mais ils sont encore rares et représentent moins de 10 % d’une profession qui compte entre 3 000 et 4 000 personnes en France.
On voit émerger des assistants financiers dopés à l’intelligence artificielle, capables de catégoriser les dépenses, suggérer de l’épargne ou de l’investissement, et même de “coacher” les particuliers. En quoi ces outils peuvent-ils, selon vous, compléter – ou au contraire fragiliser – l’éducation financière que vous proposez dans ce livre ?
Je suis sur ce sujet dans une position que certains pourraient trouver paradoxale. D’un côté, je vois dans ces outils une opportunité formidable de démocratisation. Les robo-advisors, par exemple, permettent à des épargnants modestes d’accéder à une gestion pilotée avec des frais infimes, là où les conseillers traditionnels exigeraient des tickets d’entrée élevés. Les applications de catégorisation automatique des dépenses, comme celles que proposent aujourd’hui beaucoup de fintechs et même les banques traditionnelles, font gagner un temps précieux. C’est l’esprit de la méthode que je propose : consacrer peu de temps, mais de façon régulière.
De l’autre côté, je suis extrêmement vigilant. D’abord parce que, comme je le rappelle dans le livre, “il n’y a pas de repas gratuit sur les marchés financiers”. Une application qui semble gratuite a toujours un modèle économique. Certains courtiers en ligne ne prennent pas de commission apparente mais se rémunèrent en envoyant vos ordres de bourse vers le trading haute fréquence, ce qui impacte négativement le prix d’exécution pour le client. C’est un coût caché que l’utilisateur ne voit pas.
“Mon petit livre se propose d’aider à construire : votre propre boussole pour naviguer dans un univers financier de plus en plus complexe, avec ou sans IA”
Ensuite et surtout, l’IA peut devenir un outil redoutable au service des arnaques. Les deepfakes, les usurpations d’identité, les sollicitations frauduleuses générées par intelligence artificielle explosent littéralement. En 2025, les escroqueries à l’investissement ont triplé en trois ans en France. L’IA permet de personnaliser les attaques, de les rendre plus crédibles.
Alors, quel est mon message ? Ma contribution à l’éducation financière que je propose dans ce livre est justement le préalable indispensable pour utiliser ces outils à bon escient. Un lecteur qui a compris la différence entre épargne et investissement, qui sait ce qu’est un ETF [Exchange Traded Funds, aussi appelés Fonds indiciels cotés en bourse, ndlr], qui a intégré la “règle des 4 %” ou celle du 72, sera en mesure d’utiliser un assistant IA comme un outil et non comme un oracle. Il saura poser les bonnes questions, détecter les incohérences, et surtout, il ne déléguera pas aveuglément sa compréhension des choses à un algorithme.
L’IA ne remplacera pas la connaissance de vos propres objectifs, de votre tolérance au risque, de votre situation familiale et patrimoniale. Elle peut vous aider à exécuter, à suivre, à catégoriser. Mais la stratégie, la vision, la décision – ça, ça reste humain. Et c’est ce que mon petit livre se propose d’aider à construire : votre propre boussole pour naviguer dans un univers financier de plus en plus complexe, avec ou sans IA.
* ‘Vos finances personnelles en 5 minutes par jour’, Christophe Nijdam, First Editions
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