Déjeuner avec

Gerry Cardinale, fondateur de RedBird : "Je veux qu’on me voie comme digne de confiance"

L’investisseur en private equity à l’origine du rachat de Warner Bros évoque les aléas liés à la propriété de l’AC Milan et à l’acquisition de ‘The Daily Telegraph’

Gerry Cardinale, fondateur de RedBird : “Je veux qu’on me voie comme digne de confiance” Le stade de San Siro à Milan - © Zach Rowlandson/Unsplash

J’arrive en avance au centre sportif de Milanello [le centre d’entraînement de l’AC Milan, ndt] pour déjeuner avec Gerry Cardinale. Avant de rencontrer ce financier américain, à l’origine de certaines des transactions qui redessinent le paysage culturel avec le plus d’audace, le fan de l’AC Milan que je suis depuis l’âge de 10 ans veut s’imprégner de ce lieu où se sont entraînés des champions comme Paolo Maldini ou Andrea Pirlo.

Gerry Cardinale, lunettes noires sur le nez et tasse de café à la main, est sur le terrain, impeccable, en train de discuter avec deux cadres. Le fondateur de RedBird Capital Partners, qui a racheté le club de football italien en 2022, vient d’arriver de Washington, où il s’était rendu pour rencontrer Donald Trump et discuter du sport universitaire américain.

À la conquête de l’AC Milan

Le moment choisi pour notre déjeuner tombe bien. Quelques jours plus tôt, Gerry Cardinale a orchestré l’une des plus grandes transactions de l’histoire. Il s’est associé avec la famille Ellison, milliardaire, afin de racheter Warner Bros Discovery pour 110 milliards de dollars (95 milliards d’euros) au terme d’une bataille acharnée contre le géant du streaming Netflix. La même semaine, son groupe de capital-investissement a par ailleurs cédé le contrôle du quotidien britannique ‘The Daily Telegraph’ ; finalisé une fusion [entre Banijay et All3Media, ndt] pour créer le plus grand groupe de production télévisuelle indépendant au monde, à l’origine de succès tels que la série ‘Peaky Blinders’ ; et aidé l’acteur américain Ben Affleck à vendre sa société de technologies cinématographiques basées sur l’IA pour environ 700 millions de dollars (603 millions d’euros). Avant de finir par l’entrevue avec Donald Trump.

Il s’est constitué des participations dans des secteurs à forte charge émotionnelle et culturelle à l’échelle mondiale, investissant souvent dans des entreprises que d’autres considéreraient comme en difficulté ou trop volatiles.

D’ordinaire, Gerry Cardinale parle vite et ne prend jamais de pause. Aujourd’hui fait exception. “Cette semaine a été tellement intense, avec tout ce qui s’est passé, et le point culminant de la réunion à la Maison-Blanche, que pour la première fois, je prends le temps de m’arrêter pour réfléchir.”

Pour qui n’appartient pas au monde de la finance, l’ascension de Gerry Cardinale peut sembler soudaine. Il a commencé sa carrière chez Goldman Sachs, où il s’est spécialisé dans des transactions que d’autres évitaient comme trop de niche. Impatient, il a quitté la banque d’investissement en 2012 et a lancé sa propre société deux ans plus tard. Par l’intermédiaire de RedBird, il s’est constitué des participations dans des secteurs à forte charge émotionnelle et culturelle à l’échelle mondiale (Hollywood, l’information, le cricket, le football et la Formule 1), investissant souvent dans des entreprises que d’autres considéreraient comme en difficulté ou trop volatiles. Sa stratégie est simple : miser gros sur des secteurs précaires et tenter de les réinventer.

Mon invité n’aime pas les conventions. C’est pourquoi il a choisi Milanello plutôt qu’un restaurant à New York. Ce qui lui permet aussi d’être proche de ses joueurs avant le grand match du lendemain contre l’Inter Milan, un affrontement qui tient toute la ville en haleine.

Normalement, le ‘Financial Times’ prend en charge le déjeuner, mais à la cantine du centre d’entraînement privé de l’AC Milan, c’est impossible. Pour compenser, j’apporte du vin : des bulles de franciacorta pour commencer et un nebbiolo léger pour le plat principal. J’ai également une grappa corsée issue de raisins Brunello pour l’“ammazzacaffè” – le “tueur de café” que les Italiens prennent après le repas.

Gerry Cardinale est habillé de manière décontractée : un pull bleu marine, un pantalon crème et des mocassins foncés. “Tout ce que je porte est italien. Loro Piana”, dit-il en faisant un geste de ses épaules à ses chaussures. La remarque n’a rien d’anodin. Depuis trois ans, il tente de convaincre Milan – la ville, ses supporters et ses politiques – qu’il a sa place ici.

“Ce que je veux, c’est qu’on m’accorde le bénéfice du doute, qu’on me voie comme quelqu’un de digne de confiance.”

Cet Italo-Américain originaire de Philadelphie déclare qu’il a “toujours été fier d’être italien”. “Ma mère s’appelait Dorothy D’Annunzio”, ajoute-t-il, rappelant le lien de sa famille avec Gabriele D’Annunzio, le poète-soldat nationaliste des années 1920. En 1982, son père l’a envoyé à Santa Maria di Castellabate, une ville côtière au sud de Naples, pour retrouver ses origines. C’était l’année où l’Italie remportait la Coupe du monde de la FIFA, et voilà comment a attrapé le virus du “beau jeu”. “Toute l’Italie était en effervescence… Et cela m’est resté”, se souvient l’homme de 58 ans.

Pourtant, malgré tout son amour pour l’Italie, le parcours de Gerry Cardinale dans “il Bel Paese” a été semé d’embûches. Il y a un an, alors que son équipe était en bas du classement du championnat italien et qu’elle échouait finalement à se qualifier pour les compétitions européennes, bon nombre des 75 000 supporters présents à San Siro scandaient régulièrement “Cardinale devi vendere” – “Cardinale doit vendre”. En dehors du terrain, les projets de nouveau stade n’ont cessé d’être bloqués par la bureaucratie italienne, tristement célèbre. Dans les médias, les journalistes spéculaient : en coulisse, ce serait Elliott Investment Management qui détiendrait le pouvoir sur le club, puisque le fonds spéculatif américain a vendu l’AC Milan à RedBird tout en prêtant de l’argent à la société de Gerry Cardinale pour financer cet achat.

“Je n’ai jamais rien connu de semblable à ce que j’ai dû affronter ces trois dernières années en Italie. Je ne peux pas faire un pas sans qu’on me demande si c’est vraiment moi qui possède l’équipe, ou si c’est Elliott. C’est la chose la plus ridicule au monde”, dit-il.

“C’est tout simplement frustrant. Parce que ce que je veux, c’est qu’on m’accorde le bénéfice du doute, qu’on me voie comme quelqu’un de digne de confiance, qui se soucie de ce club, de cette ville et de ce pays, et qui est un bon gestionnaire… Ce que j’ai appris en trois ans, c’est que je dois le prouver”, explique Gerry Cardinale, qui a récemment obtenu la nationalité italienne. Sur ce point, il relève aussitôt qu’il a déjà fait des progrès. Depuis qu’il a pris les rênes, l’AC Milan a enregistré trois années consécutives de bénéfices records après des décennies de pertes – même si, comme en politique, la fiabilité financière suscite rarement les applaudissements des supporters.

Du Milan AC au ‘Telegraph’

Ce fossé culturel semble valoir aussi pour nos serveurs. Ils ont du mal à savoir quand s’approcher pendant que leur patron parle longuement en anglais. Comme une heure s’est déjà écoulée, nous leur faisons comprendre que nous sommes prêts à commander.

Nous sommes dans la loge d’honneur, autrefois utilisée par feu Silvio Berlusconi – le Premier ministre flamboyant, magnat des médias milliardaire qui possédait le club à l’époque où il dominait le championnat. Le menu a été préparé par le chef Michele Persechini, qui travaille pour l’AC Milan depuis trente ans et cuisinait régulièrement pour Silvio Berlusconi et ses invités, parmi lesquels George W. Bush et Barack Obama.

“Tout le monde me regarde et présume que je suis ‘il presidente’, le nouveau Berlusconi.”

Avant de commander, Gerry Cardinale s’apprête à trinquer au champagne, porté par la vague des récents succès de son entreprise. Puis nous choisissons tous les deux des tagliolini au pesto de pistache et aux crevettes en “primo” (“entrée”), suivis de l’espadon pour le financier globe-trotter et de la joue de veau braisée accompagnée de purée de pommes de terre pour moi.

Gerry Cardinale reprend là où nous nous étions arrêtés. Les défis de l’AC Milan sont similaires à ceux auxquels RedBird a été confronté avec son acquisition ratée de ‘The Telegraph’, lorsqu’il s’est heurté à un examen réglementaire britannique puis à une révolte de la direction de la rédaction. Dans les deux cas, dit-il, “tout le monde me regarde et présume que je suis ‘il presidente’, le nouveau Berlusconi”, qui a remporté 29 trophées au cours de ses trente ans de règne. En bref, selon mon invité, tout le monde s’attend à ce qu’il débarque avec une fortune pour acheter les meilleurs joueurs et journalistes.

“La dernière chose à faire, c’est d’entrer là-dedans parce que je suis un homme riche, je veux juste être un fan.” Dans le sport, dit-il, il est impossible de rivaliser avec les liquidités que déversent les fonds souverains, faisant allusion aux apports financiers adossés à des États du Moyen-Orient dans des clubs tels que Manchester City et Newcastle en Premier League anglaise.

Peut-être qu’une partie du problème vient du fait que les Italiens comme les Britanniques l’ont perçu comme un investisseur américain agressif qui cherchait à acheter un trésor national et qui heurtait de plein fouet une culture locale fière et rebelle. Gerry Cardinale admet avoir commis quelques faux pas. Mais il ajoute qu’“on ne le rappellerait pas sans cesse dans ces écosystèmes s’il était du genre à débarquer en mode cow-boy, pour tout bouleverser et se comporter comme une ordure”.

“On ne le rappellerait pas sans cesse dans ces écosystèmes s’il était du genre à débarquer en mode cow-boy, pour tout bouleverser et se comporter comme une ordure.”

Un amuse-bouche composé de “crescentina” – une pâte levée frite – accompagnée de jambon de Parme et de “stracciatella” arrive sur la table.

À la tête de ‘The Daily Telegraph’, Gerry Cardinale s’est d’abord associé à un fonds d’Abou Dabi qui a financé la majeure partie de l’offre d’achat de ce journal à tendance conservatrice. Quand le gouvernement britannique a bloqué l’opération, jugeant problématique que cette propriété revienne à une autre État, RedBird a pris une participation majoritaire, rendant les Émiratis minoritaires – pour se heurter ensuite à la résistance des politiques conservateurs et des rédacteurs en chef du journal, qui ont publié des articles critiquant l’offre.

Gerry Cardinale affirme que ‘The Telegraph’ avait besoin d’un “propriétaire” à l’ancienne, comme Rupert Murdoch. “Ce n’est pas ce que je suis, dit-il. Je ne cherchais pas à acheter ‘The Telegraph’ pour la raison qui motive la plupart des gens quand ils achètent des journaux au Royaume-Uni, à savoir : avoir un point de vue politique et vouloir exercer une influence.”

Je suggère que l’establishment britannique peut être plus sournois que les hooligans du football italien. Gerry Cardinale sourit. Le pari a tout de même porté ses fruits : RedBird a cédé le contrôle du journal à Axel Springer pour 575 millions de livres sterling (665 millions d’euros), une plus-value par rapport aux quelque 500 millions de livres sterling (578 millions d’euros) qu’il avait déboursés.

Administration Trump versus gouvernement Meloni

Nos pâtes arrivent. Les tagliolini au pesto de pistache sont onctueux, parsemés de fins éclats de noix crues qui agrémentent les crevettes à peine saisies. S’ensuit un moment de silence admiratif… puis Zlatan Ibrahimovic fait son entrée. J’essaie de rester de marbre tandis que l’ancien attaquant vedette, désormais partenaire opérationnel de RedBird chargé de superviser l’équipe, me serre vigoureusement la main avant d’embrasser Gerry Cardinale et de lui rappeler de passer pour motiver les joueurs.

Alors que je fais une “scarpetta” (je trempe un morceau de pain dans la sauce à la pistache), Gerry Cardinale goûte le vin rouge : “j’adore”. J’aborde le sujet de sa vision du pouvoir.

Gerry Cardinale souhaiterait bénéficier d’un plus grand soutien de la part du gouvernement italien, notamment de la Première ministre Giorgia Meloni, dans la mesure où il s’efforce de remettre le football italien sur le devant de la scène et de moderniser le divertissement en direct. “Je construis un stade et je veux que ce soit un produit italien. Avec des banques italiennes qui le financent, des entreprises italiennes en concurrence pour les droits de naming, des commerces et des services d’accueil italiens tout autour.” Dans la pratique, ce projet s’est avéré plus difficile à mener que prévu. “Aux États-Unis, je pourrais le faire les yeux fermés. Ici, ce n’est pas mon écosystème, il y a des barrières linguistiques, politiques et culturelles”, explique Cardinale, qui a aidé l’équipe de baseball des Yankees de New York et l’équipe de football américain des Cowboys de Dallas à construire leurs nouveaux stades.

“Nous avons enfin un dirigeant qui veut du changement. Ce que fait le président Trump, c’est qu’il bouleverse les codes.”

Gerry Cardinale construit un nouveau stade – une arène moderne destinée à remplacer l’ancienne, délabrée, qui servira de lieu d’événements en direct et d’espace commercial tout en accueillant une franchise de basket-ball de la NBA Europe à Milan. Il souhaiterait que l’équipe de la Première ministre italienne adopte une approche plus proche de celle de l’administration Trump.

“Laissez-moi vous dire : ce que j’ai vécu avec le président Trump était tout simplement incroyable. Ça a changé la donne”, dit-il, encore sous le charme de sa rencontre à Washington. Il en est ressorti avec une grande admiration pour le président américain et son approche favorable aux entreprises. “[Donald] Trump prend les devants pour relancer le partenariat public-privé, dit-il. Nous avons tellement d’expertise dans le secteur privé aux États-Unis, et le président la met au service du pays. C’est exactement ce dont je parle ici, en Italie. C’est ce que je veux voir. J’aimerais en arriver à un point où, si j’ai acquis suffisamment de crédibilité, je pourrais me rendre à Rome et m’asseoir avec [Giorgia] Meloni ou n’importe qui d’autre pour dire : ‘écoutez, élaborons un plan pour relancer la Serie A. Faisons de la Serie A l’un des plus grands atouts de l’Italie à l’exportation’.”

Je relève que ce que Gerry Cardinale décrit comme la volonté du président américain de mobiliser les entreprises pour faire avancer les intérêts nationaux, d’autres le perçoivent comme une capitulation des entreprises face à ses exigences et à la pression politique. Mon invité, qui se définit comme un “mondialiste”, rejette cette interprétation. “Personne ne s’incline. Les gens sont là parce que nous avons enfin un dirigeant qui veut du changement, et il se rend compte que la seule façon d’obtenir du changement dans ces écosystèmes très complexes est d’adopter un partenariat public-privé. Ce que fait le président Trump, c’est qu’il bouleverse les codes.”

Les célébrités et Warner Bros

Le veau et l’espadon arrivent. Avant que nous entamions nos assiettes, j’évoque une autre caractéristique de Gerry Cardinale : son habitude de s’associer avec les personnes riches et les personnes célèbres. La liste est longue : Matt Damon et Ben Affleck via la société de production cinématographique Artists Equity ; la société de médias SpringHill de James LeBron ; Dwayne “The Rock” Johnson pour une nouvelle ligue de football américain au printemps ; et David Ellison, qu’il a aidé à créer Skydance puis à acquérir Paramount et Warner.

“Les célébrités ne m’apportent rien, dit-il. De loin, si on prend les choses de haut, on pourrait croire que je suis un chasseur de célébrités et que je ne fais que courir après ces gens célèbres… mais ce n’est pas le cas.” Il affirme que ses partenaires sont des experts de classe mondiale dans leur domaine ; RedBird apporte son sens des affaires. “Je n’achète pas un studio hollywoodien pour aller aux Oscars. Je n’achète pas une équipe de football pour pouvoir traîner dans les vestiaires.”

“David Ellison est l’avenir de Hollywood. Il a une quarantaine d’années, il a fait ses armes dans la Silicon Valley et il a été formé par Steve Jobs.”

Voilà trois heures que nous discutons. On a beaucoup parlé de l’accord avec Warner – le plus grand LBO [rachat par endettement] de l’histoire, soutenu par la famille Ellison et des fonds souverains du Moyen-Orient. Ayant couvert trois ventes de Warner en dix ans, j’ai du mal à voir en quoi celle-ci serait différente. Gerry Cardinale n’est pas d’accord : les Ellison apportent leur savoir-faire en matière de logiciels d’entreprise et d’IA pour réinventer Hollywood ; RedBird apporte l’ingénierie financière pour gérer la dette. Contrairement aux anciens propriétaires AOL, AT&T et Discovery, dit-il, “nous joignons le geste à la parole”.

Certains critiques ont fait valoir que David Ellison se voit ainsi offrir un gigantesque jouet par son riche père. Mon invité s’indigne : “c’est passer complètement à côté de l’essentiel. Oui, sa famille est riche. Mais l’important, c’est ce qu’il en fait. David, à mon avis, est l’avenir de Hollywood. Il a une quarantaine d’années, il a fait ses armes dans la Silicon Valley et il a été formé par Steve Jobs.”

Deux tartelettes aux framboises arrivent, suivies de deux expressos. Gerry Cardinale rappelle au serveur : “n’oubliez pas la grappa”. Je lui fais remarquer que les secteurs dans lesquels il a investi comptent parmi ceux les plus touchés par l’IA et l’évolution des goûts des consommateurs, y compris l’information, étant donné que Paramount contrôle CBS, 60 Minutes et bientôt CNN, puisque la chaîne appartient à Warner. Aurait-il un faible pour les secteurs en déclin ?

Il prend une gorgée de grappa et écarte son dessert – il veut garder la ligne. “Les gens me demandent si j’ai des tendances suicidaires”, plaisante-t-il. Son ancien camarade de classe à Harvard, Ken Griffin, fondateur de Citadel Securities, a fait remarquer que lui ne pouvait pas s’imaginer travailler dans des domaines aussi stressants. Gerry Cardinale reconnaît qu’il a un penchant pour les situations délicates et qu’il n’accepte jamais “non” comme réponse – un tempérament façonné par son père, avocat général. “Chaque soir, nous avions des dîners de trois ou quatre heures et il n’était pas loin de me faire passer à la barre des témoins pour me passer au crible sur tout : l’école, la vie, la pression des pairs, ce qui se passait dans le monde.”

“Dans le football, à Hollywood, dans les salles de rédaction – la résistance à toute évolution est énorme.”

J’essaie de m’inspirer de cet esprit. Qui lui dit non ? Gerry Cardinale explique que ses partenaires les plus proches (John Thornton, qui l’a embauché chez Goldman, et Robert Klein, ancien de JPMorgan) tiennent un rôle de contrepoids, tout comme beaucoup d’autres au sein de l’entreprise.

La décision de David Ellison de nommer Bari Weiss, une journaliste antiwoke controversée sans expérience dans la direction d’une grande rédaction, à la tête de CBS en a surpris plus d’un. Les critiques y voient une tentative d’apaiser Donald Trump, qui a attaqué et poursuivi en justice plusieurs médias, dont CBS. Gerry Cardinale la considère comme une “disrupteuse”, porteuse de nouvelles idées. “Nous avons un problème dans notre pays. Notre débat public s’est effondré. Personne ne peut débattre des vrais enjeux ou faire entendre une voix discordante sans passer pour désagréable, dit-il. Il faut faire venir Bari Weiss… même si l’écosystème veut s’y opposer.”

Je ne suis pas sûr de partager son point de vue, mais j’apprécie sa volonté de débattre. Ce que Gerry Cardinale, qui a étudié la théorie politique à Harvard et à Oxford, déteste par-dessus tout, c’est “l’hostilité incessante”, à laquelle il a été confronté à maintes reprises. “Je dis souvent que, dans de nombreux secteurs, on résiste au changement, même si celui-ci est clairement nécessaire. Dans le football, à Hollywood, dans les salles de rédaction – la résistance à toute évolution est énorme. Mais l’évolution est inévitable.”

Alors que nous approchons de la quatrième heure de notre déjeuner (“sûrement un record”, dit-il), l’un de ses conseillers vient à son secours. Une dernière gorgée de grappa, et avec Zlatan Ibrahimovic, nous nous dirigeons vers les joueurs. Rafa Leão, le meilleur buteur de l’équipe, s’approche. Gerry Cardinale le regarde droit dans les yeux : “nous devons gagner ce derby à tout prix. Je ne veux que la victoire”.

Le lendemain soir, dans un stade comble, l’AC Milan remportera le derby. Pour l’instant, le stade de San Siro et Gerry Cardinale chantent à nouveau à l’unisson.

James Fontanella-Khan, FT

Centre sportif Milanello
Via Milanello, 25, 21040 Carnago VA, Italie

“Crescentina” au jambon de Parme et à la stracciatella ×2
Tagliolini au pesto de pistache et aux crevettes ×2
Espadon aux artichauts
Joue de veau braisée et sa purée de pommes de terre
Tartelette à la gelée de framboise et à la namelaka à la noix de coco ×2
Bouteille de camilucci Franciacorta : 25 €
Bouteille de dirupi nebbiolo : 24 €
Bouteille de grappa di Brunello : 60 €
Total : 109 €

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