Déjeuner avec

Lord Mancroft : "En Grande-Bretagne, on traite les lords avec un mépris cinglant"

Le conservateur et ancien maître de chasse au renard évoque la réforme de la Chambre des lords, les avantages et inconvénients des privilèges – et ses nombreux tatouages

Lord Mancroft : “En Grande-Bretagne, on traite les lords avec un mépris cinglant” Lord Mancroft - © House of Lords/photography by Roger Harris

Au début de notre repas, Lord Benjamin Mancroft simplifie les choses. “Le monde est divisé en deux catégories de personnes : celles qui montent à cheval pour chasser et celles qui chassent pour monter à cheval”. Pardon ? Dois-je mentionner les 99 % de la population qui ne font ni l’un ni l’autre ? Ou les deux tiers qui aimeraient interdire les deux ? Hélas, ce n’est probablement pas le lieu.

Un lord digne d’un roman

Lord Mancroft (le 3e baron Mancroft selon Debrett’s [annuaire nobiliaire britannique, ndt], Benjy pour ses intimes) incarne une certaine tendance de l’aristocratie anglaise. Il a étudié à Eton. Il a été héroïnomane. Il a hérité du siège de son père à la Chambre des lords. Il ne prend rien au sérieux, sauf ses chiens.

Il est au conservatisme ce que la barbe à papa est au sucre : une manifestation spectaculaire. Depuis près de quarante ans, il siège à la chambre haute, critiquant avec éloquence le progrès. Sa carrière parlementaire a rarement fait des vagues, à l’exception d’un discours prononcé en 2008 dans lequel il accusait les infirmières du NHS [National Health Service, système de santé du Royaume-Uni, ndt] d’être des “ivrognes débauchées”. Son statut lui a permis d’accumuler des postes de directeur d’entreprise.

“Les militants des droits des animaux se moquent de la chasse. C’est nous qui les intéressons. Ils nous détestent vraiment.”

On dirait “un personnage sorti d’un roman de Jilly Cooper [autrice des sagas romantiques prenant place dans la haute société britannique, ndt]”, m’a confié un membre du Parti travailliste avant notre déjeuner. “C’est un peu injuste”, rétorque Lord Mancroft de l’autre côté de notre petite table carrée. Mais, à bien y réfléchir, la série télévisée ‘Rivals’ [tirée de l’un des romans de Jilly Cooper, ndt] faisait référence à un maître de chasse. “À l’époque où ce livre a été écrit, j’étais le maître de chasse local !” Il est heureux de défendre les chasseurs ruraux, d’être une sorte de “fox populi” [“renard du peuple”, jeu de morts avec “vox populi”, “voix du peuple”, ndt].

Nous nous rencontrons parce que ses droits de naissance entrent en conflit avec la modernité. Le gouvernement de Keir Starmer a annoncé son intention d’interdire la chasse à courre, vestige de la chasse au renard prisée par les gentilshommes anglais et honnie par les militants des droits des animaux. “Ils se moquent de la chasse à courre ou de la chasse au renard. C’est nous qui les intéressons. Ils nous détestent vraiment.”

En effet, ce printemps, les quelque 90 pairs héréditaires [membres de la noblesse britannique ayant hérité de leur titre et siégeant de ce fait automatiquement à la chambre haute du Parlement, ndt] restants vont être expulsés de la Chambre des lords. Lord Mancroft n’apprécie pas. “Vous ne pourriez traiter aucun autre groupe de notre société – juifs, musulmans, Noirs, Blancs, handicapés – comme nous sommes traités. Parce que c’est discriminatoire. Même sans parler du reste, c’est particulièrement peu civilisé.” Je songe à relever qu’il analyse mal le contexte, mais en regardant autour de moi dans le restaurant Bellamy’s du quartier chic de Mayfair, je m’abstiens.

Lord Mancroft décrit le Bellamy’s comme un “restaurant anglo-français à l’ancienne”. “C’est le seul restaurant où feu la reine venait. Elle l’adorait !” Il montre du doigt le coin où elle s’asseyait. Il “n’était pas invité”, bien qu’il ait chassé avec le roi Charles chaque semaine. “J’étais en quelque sorte sa dame d’honneur.”

Les plus fortunés ont “le devoir d’aider ceux qui ne le sont pas. Voilà ce que c’est, le conservatisme”. À peine a-t-il prononcé ces mots qu’il s’étouffe avec un beignet de poisson.

Oscar Wilde décrivait la chasse au renard comme “l’indicible à la poursuite de l’immangeable”. Aujourd’hui, Lord Mancroft poursuit ce qui est comestible. “Le seul point positif à être expulsé de la Chambre des lords, c’est que je n’aurai plus jamais à retourner dans son maudit restaurant.” Il commande de la petite friture et un steak tartare.

Je lui suggère un verre de vin ; il commande une bouteille de mâcon 2023. “Je vais m’en tenir au blanc, sinon je vais dormir tout l’après-midi, ce qui est probablement une bonne chose.” Il faut reconnaître à l’Ancien Régime qu’il savait comment déjeuner. Comment se sentait Louis XVI avant que la guillotine ne tombe ? Je plie ma serviette et me prépare à le découvrir.

“Je connais la politique, je sais comment fonctionne le monde, je ne sais rien d’autre”, me dit Lord Mancroft avec une franchise rafraîchissante. Il ne me manque qu’une petite précision : ce monde qu’il connaît est-il le même que celui dans lequel je vis ?

À 68 ans à peine, mon invité est l’un des plus jeunes pairs héréditaires de la Chambre des lords. Son nom de famille n’a qu’un siècle d’existence. Son grand-père, auteur d’un livre sur le hareng et ministre adjoint au Trésor sous Stanley Baldwin, a changé le nom Samuel, dans une vaine tentative d’échapper à l’antisémitisme. Il a reçu un titre en 1937 ; à l’époque, presque tous les titres de noblesse étaient héréditaires. Le père de Mancroft est également devenu ministre et était un orateur très apprécié après les dîners. Quand il était petit, Benjamin Mancroft “pensait que tout le monde avait un père lord”. Le mot “privilège” n’était jamais prononcé chez lui. “On parlait plutôt de devoir et de responsabilité.” Les plus fortunés ont “le devoir d’aider ceux qui ne le sont pas. Voilà ce que c’est, le conservatisme”. À peine a-t-il prononcé ces mots qu’il s’étouffe avec un beignet de poisson.

Enfance et dépendance

Lord Mancroft a déjà qualifié ses parents d’“idiots finis” et s’est félicité d’avoir été élevé par des nounous. “Mon père était incapable de montrer de l’affection à ses enfants, et pourtant je suis certain qu’il nous adorait. Quand je suis parti en pension à l’âge de huit ans, il m’a dit : ‘je pense qu’on ne devrait plus s’embrasser, on se serrera la main’.” Son enfance a été rigide. “Je portais un costume en tweed identique à celui de mon père, sauf que j’avais un short. À six, sept ou huit ans, je savais déjà que j’avais l’air parfaitement ridicule.” L’aisance rhétorique est clairement génétique.

Lord Mancroft avait prévu de s’engager dans l’armée, mais à 18 ans, il a été “démoli” dans un accident de voiture. Il se trouvait à Londres, avec “trop d’argent et sans rien à faire”, mais avec “des doses vertigineuses de morphine”. Il a pris de la marijuana, de la cocaïne, puis de l’héroïne. “Personne dans ce pays n’avait la moindre idée de la manière de faire sortir les gens de la drogue”, dit-il. Il a perdu des années de sa vie avant de partir en Amérique pour se faire soigner.

“Ma femme vous dira que je suis fou et complètement inutile. C’est exact, mais au moins ne suis-je pas fou, complètement inutile et défoncé.”

La dépendance “rôde toujours sous la peau. Il faut juste la gérer… Ma femme vous dira que je suis fou et complètement inutile. C’est exact, mais au moins ne suis-je pas fou, complètement inutile et défoncé.” Il suit la méthode des Narcotiques anonymes, bien qu’il soit trop “paresseux” pour aller aux réunions. “C’est assez épuisant d’être toxicomane. Toutes ces courses, collecter de l’argent, se procurer de la drogue, rencontrer des gens horribles. C’est beaucoup plus agréable de déjeuner avec vous dans un bon restaurant.”

À 30 ans, Lord Mancroft envisageait de devenir député. Puis son père est décédé et sa mère a tiré les ficelles pour qu’il rejoigne la Chambre des lords. Son premier discours a défendu la désastreuse “poll tax” [impôt locatif forfaitaire instauré en 1989 et supprimé en 1991 ; considéré comme inégalitaire, il a déclenché des émeutes, ndt] de Margaret Thatcher (“je ne vois à peu près aucune clause sujette à controverse dans cette loi”). Peu après, il a appelé à la légalisation de toutes les drogues et a fondé des associations caritatives pour le traitement de la toxicomanie. “Je pense que si vous aviez présenté un projet de loi visant à légaliser la marijuana à la Chambre des lords il y a cinq ans, il aurait été adopté.” Mais le sujet est “trop sophistiqué” pour les députés.

Nos plats principaux arrivent. Je lui propose quelques pommes de terre. “Je suis censé être au régime, parce que je suis trop gros.” Il y a toujours l’Ozempic, lui dis-je. “J’ai essayé, mais je n’étais pas admissible. J’ai menti sur le formulaire, j’ai dit que je mesurais environ 1,60 mètre et que je pesais environ 150 kilos. Ils m’ont simplement répondu : ‘vous plaisantez, j’espère’.” Le NHS a bien fait : il n’est pas gros.

La chasse au renard et la Chambres des lords

Lord Mancroft a chassé pour la première fois à l’âge de 12 ans environ. “C’était la chose la plus excitante que j’avais jamais vue.” Il a appris à aimer galoper à travers les champs avec des chiens se précipitant à sa suite. “Le soir, [avec un ami], nous ne parlions de rien d’autre, comme des obsédés, comme les gens dans les pubs qui parlent de football.”

Lorsque Tony Blair a tenté d’interdire la chasse au renard, Lord Mancroft a contribué à bloquer le projet de loi au Parlement. L’interdiction de 2004 qui en a résulté comporte des lacunes : par exemple, les chasseurs peuvent semer des traces d’urine de renard pour leurs chiens, puis prétendre que tout renard sauvage capturé a été tué “accidentellement”. En 2017, Lord Mancroft espérait que les conservateurs abrogeraient l’interdiction, mais la question a eu un effet boomerang auprès du public.

“Les chiens de chasse sont les créatures les plus merveilleuses de la planète.”

Aujourd’hui, la police affirme que la chasse à courre se cache derrière un “écran de fumée” pour dissimuler des activités illégales. Lord Mancroft lui-même a fait l’objet d’une enquête en 2020 après avoir donné des conseils lors d’une réunion privée sur la manière d’éviter les poursuites judiciaires. Il n’a pas été poursuivi. Il y a eu environ 39 condamnations liées à la chasse en vertu de la loi sur la chasse. “Il ne s’agit pas de criminalité massive.”

Ses jours de chasse sont comptés – “ma femme m’a clairement fait comprendre qu’elle ne viendrait plus jamais me chercher aux urgences” –, mais il assure que l’interdiction de la chasse au renard n’a même pas été bénéfique pour les renards. La chasse était une question de survie du plus apte, capturant “d’abord les plus faibles, les malades et les boiteux”. Aujourd’hui, les agriculteurs contrôlent les effectifs en abattant “les bons renards courageux” qui s’aventurent à découvert. “La population de renards a été complètement décimée.” (Le nombre de renards en milieu rural a probablement diminué, pour des raisons obscures, selon l’écologiste Philip Stephens. L’un des facteurs serait que les propriétaires terriens élevaient autrefois des renards pour le sport : la chasse à cheval n’a jamais vraiment été une question de lutte contre les nuisibles.)

Les renards ne sont-ils pas cruellement mis à mort lors des chasses ? Lord Mancroft le conteste. “Si je meurs aussi vite, je serai ravi.” Il affirme que “les chiens de chasse sont les créatures les plus merveilleuses de la planète”. Mais les opposants affirment que les chiens sont maltraités et abattus dès qu’ils tombent malades ou ne peuvent plus suivre le rythme. “Quatre-vingt-dix pour cent des chiens en Grande-Bretagne sont euthanasiés, la plupart trop tard… Vous ne croiserez pas de vache de plus de deux ans en Angleterre.” Et certainement pas au Bellamy’s.

Je lui pose des questions sur la Chambre des lords. Récemment, celle-ci a été discréditée par des pairs à vie tels que Peter Mandelson [proche d’Epstein, ndt] et Michelle Mone [au centre d’un conflit d’intérêts lors du Covid-19, ndt]. La persistance des titres héréditaires a contribué à sa mauvaise réputation. Lord Mancroft ne défend pas le principe de l’hérédité, mais soutient que l’ensemble de la chambre doit être réformé : elle devrait être élue, mais cela engendrerait un conflit avec la Chambre des communes.

“Nigel Farage n’a qu’une seule tâche, celle de nous convaincre, vous et moi, qu’il a une équipe ; et jusqu’à présent, cela ne fonctionne pas. Ce sont des excentriques.”

“Au fond d’eux-mêmes, ils rêvent de [nous abolir], parce qu’ils nous détestent, et en leur for intérieur, ils se sentent un peu nerveux, car ils ne savent pas où cela mènera.”

Le risque est de créer un précédent inquiétant, affirme-t-il. “Imaginons que vous soyez M. Farage, que vous remportiez les prochaines élections et que vous vous retrouviez face à une Chambre des lords composée de six ou sept cents personnes, dont aucune n’est membre du parti Reform UK. Que feriez-vous ? [Nigel] Farage regardera la cinquantaine de personnes que Starmer a mises en place… Il dira : ‘je vais mettre 200 de mes gens et enlever 200 des vôtres’.”

Lord Mancroft, un conservateur pro-Brexit, a des doutes sur Nigel Farage. “Il n’a qu’une seule tâche, celle de nous convaincre, vous et moi, qu’il a une équipe ; et jusqu’à présent, cela ne fonctionne pas. Ce sont des excentriques.”

Un intérêt limité pour les affaires

Tandis que nous commandons un café, je lui demande de me parler de ses activités entrepreneuriales. Le titre de mon invité fait qu’il est très demandé : le registre des sociétés répertorie 31 mandats d’administrateur. Lesquels sont toujours d’actualité ? “Eh bien non, la plupart ne le sont plus.”

Je lui tends une copie imprimée de sa déclaration d’intérêts. Il passe en revue la liste des 12 entreprises, une par une. “Disparue. Disparue. N’a jamais existé. N’a jamais existé. ITFE Group : oui. RG International : non. Non. Non, celle-là a disparu. Celle-là a disparu. Celle-là existe toujours. Celle-là existe toujours, mais je ne sais pas. En gros, oubliez-les. Mon erreur, c’est que j’ai toujours aimé les start-up.”

“Mon erreur, c'est que j’ai toujours aimé les start-up.”

Lord Mancroft a présidé Avida Medical, une start-up spécialisée dans le cannabis. “Je ne sais pas pourquoi on l’a fait venir”, regrette l’un des premiers investisseurs, qui ajoute : “Ces lords anglais ne semblent jamais avoir d’argent.” Lord Mancroft admet qu’il est “terriblement désargenté”, mais souligne son engagement en faveur de la légalisation des drogues. Sous sa direction, l’entreprise a procédé à des acquisitions, puis s’est effondrée. Il impute ces dégâts à la Covid.

En faisant des recherches en ligne, j’ai découvert que beaucoup de ses autres partenaires commerciaux sont peu connus. “Quels partenaires ?” Eh bien, Lord Mancroft était enregistré comme directeur de NuEnergy Systems, un fabricant de batteries. “Ça n’existe plus depuis des années.” Son actionnaire majoritaire est Giorgi Miladinov, qui a déjà été condamné pour blanchiment d’argent en Macédoine. “Oh, il n’est pas impliqué.”

Dans trois entreprises, le collègue directeur de Lord Mancroft était Christopher Renehan, un Irlandais qui a déjà été emprisonné à Dubaï après avoir émis des chèques sans provision. “Il est dans le bâtiment. Il va bien… Il n’y a plus rien à construire au Moyen-Orient. Il voulait donc que je l’aide à s’implanter en Afrique. Je voulais construire des minoteries à maïs en Ouganda, mais c’est tout simplement sans espoir.”

S’agit-il d’une opération de “blanchiment” de réputation ? Les hommes d’affaires paient-ils Lord Mancroft pour la respectabilité que lui confère son titre ? “Je ne pense pas qu’ils s’intéressent particulièrement à mon titre. Ils veulent mes contacts… En Grande-Bretagne, si vous êtes lord, on vous traite avec un mépris cinglant. Dans d’autres pays, on vous traite avec beaucoup de respect. Vous ne le méritez pas, mais c’est ainsi.”

“Les affaires ne m’intéressent pas vraiment. Leur seul intérêt vient du fait que je dois gagner ma vie. On ne gagne pas sa vie en étant membre de la Chambre des lords.”

Il aperçoit un homme aux cheveux gris par la fenêtre. “C’est Archie Stirling, le neveu du fondateur du SAS.”

Lord Mancroft a des associés inhabituels. Il était directeur de Quanton Commodities [négociant agricole, ndt], aux côtés d’un ami du footballeur Diego Maradona. L’un de ses principaux fournisseurs a été impliqué dans un vol présumé de céréales en Ukraine. Lord Mancroft a démissionné en 2024, alors que Quanton peinait à obtenir de l’Iran le règlement de 30 millions d’euros de livraisons effectuées. La société a été vendue et a fait faillite six mois plus tard. Les liquidateurs enquêtent actuellement sur des “fonds importants” transférés de ses comptes bancaires à des parties liées. Lord Mancroft nie avoir connaissance de ces faits. “La dernière fois que j’ai vu les comptes de gestion, il n’y avait aucune dette envers ou provenant de l’Iran et envers ou provenant de la Russie.”

En 2013, il a été le conseiller stratégique de Dan Gertler, le magnat israélien des mines. “Vous dirigez une très bonne entreprise minière, soyez simplement transparent à ce sujet.” Dan Gertler “ne voulait pas”, alors Lord Mancroft est parti au bout de deux ans. En 2017, les États-Unis ont sanctionné Dan Gertler pour corruption en République démocratique du Congo.

Je juge inutile d’insister : mon invité ne semble nullement gêné. “Les affaires ne m’intéressent pas vraiment. Leur seul intérêt vient du fait que je dois gagner ma vie. On ne gagne pas sa vie en étant membre de la Chambre des lords.”

Gentleman tatoué

Je le complimente sur son mouchoir de poche. “Nous aimons le lin. Nous n’aimons pas la soie. Le lin est rigide. La soie est molle. Les mouchoirs doivent être blancs. Les gentlemen ne portent pas de chemises blanches. On ne porte pas de chemises blanches, on porte des chemises crème.” Je suis presque sûr qu’elle est blanche. “Non, elle est crème. Le blanc n’est pas une couleur. Le noir n’est pas une couleur. Je ne supporte pas tous ces gens qui se promènent en noir.” Mon Dieu, on dirait un chien de chasse qui a flairé une proie. Heureusement que j’ai mon verre de vin.

Son costume est usé. “Pourquoi achèterais-je un autre costume ? Je ne porterai peut-être plus jamais de costume passé avril [une fois que les pairs héréditaires auront quitté la Chambre des lords]… J’ai 68 ans. Qui va m’embaucher ?” Sous le costume, il y a des tatouages. De quoi ? “Beaucoup de choses.” Je lui demande de préciser. “J’ai mes chiens sur ce bras. Et un renard là, dit-il en montrant son biceps droit, puis son avant-bras gauche. J’ai beaucoup d’autres choses. Vous n’allez pas mettre ça dans votre article, n’est-ce pas ? Si, vous allez le faire ! Connard. Espèce de connard !” Le grand talent des classes supérieures est peut-être de se rendre presque aimables.

Lord Mancroft aspire à être débarrassé de ses pairs : “il y a une vie dehors, sous le soleil, et je n’ai pas à m’occuper d’idiots dans votre genre”

Lord Mancroft ne regrette pas vraiment de quitter la Chambre des lords, il regrette que la Chambre des lords de ses ancêtres n’existe plus. “La Chambre des lords [a été] l’endroit le plus égalitaire au monde. Les opinions de chacun étaient prises en compte de manière égale.” Il se plaint des règles relatives à la déclaration d’intérêts. Il aspire à être débarrassé de ses pairs : “il y a une vie dehors, sous le soleil, et je n’ai pas à m’occuper d’idiots dans votre genre”.

Les renards, la drogue, les pairs, les affaires : Lord Mancroft semble s’être spécialisé dans les causes perdues. Sa vie aurait-elle été meilleure s’il n’avait jamais eu de titre ? “Ma vie aurait été différente.” Il y a des années, il était considéré comme trop bien connecté pour un poste de débutant à la City. “Sachant ce que je sais maintenant, j’aurais peut-être pris une autre voie. En fait, cela m’a lié les mains.”

Il vide son verre de vin. “Nous portons tous le fardeau de nos parents. Regardez les enfants Beckham.” La clé dans la vie, “c’est de ne pas se laisser intimider. Si votre rédacteur en chef vous disait : ‘je veux que vous écriviez ceci’, et que vous sachiez que c’est un mensonge, vous diriez non. S’il disait : ‘je sais que c’est vrai’, vous diriez non”. Je lui dis que mon rédacteur en chef est une femme.

Le Bellamy’s s’est vidé. L’horloge indique qu’il est plus de 15 heures ; l’ambiance donne l’impression que nous ne sommes pas encore en 1990. Lord Mancroft pourrait écrire des mémoires sur ses années de junkie, lui dis-je. “Je ne m’en souviens pas. Je peux vous raconter toutes les chasses dignes de ce nom que j’ai faites, mais je ne peux rien vous dire de plus !”

Nous nous disons au revoir. “Ne me mettez pas dans la merde, s’il vous plaît”, dit-il jovialement. Je titube jusqu’aux toilettes et il se dirige vers le Lords. Oh, Angleterre, puisses-tu ne jamais changer… ou peut-être juste un peu.

Henry Mance, FT

Bellamy’s Restaurant
Bruton Place, Londres W1J 6LY

Salade de cœurs d’artichauts : 17,50 £
Petite friture : 16,50 £
Omelette à l’emmental : 19 £
Steak tartare : 35 £
Salade de cœur de laitue : 8 £
Pommes de terre nouvelles : 7 £
Sorbet à la framboise : 7 £
Bouteille de mâcon blanc 2023 : 60 £
Eau gazeuse : 6 £
Expresso : 4 £
Americano : 5 £
Total (pourboire et frais de service compris) 218,75 £ (253,18 €)

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