A ses débuts comme reporter pour la BBC, Jeremy Bowen a fait face à un obstacle inattendu : sa coiffure. Elle ne répondait pas aux critères de décorum attendus par la chaîne publique britannique. Et sa moustache ne suscitait pas moins de regards interrogateurs. Après avoir couvert l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, ses supérieurs lui ont fait remarquer qu’il avait une fois de plus donné une “image déplorable”.
Gel pour les cheveux et chouchou ont offert une solution à court terme : il est l’un des rares hommes dont la carrière soit redevable à une queue-de-cheval. Quant à la solution à long terme, elle devient évidente lorsque Jeremy Bowen, aujourd’hui âgé de 66 ans, entre dans le pub : il enlève son chapeau et rit de sa quasi-calvitie.
La BBC dans la tourmente
Ce qui a vraiment propulsé sa carrière, ce sont bien sûr ses qualités de journaliste. Pendant quarante et un ans, Jeremy Bowen a cherché à incarner le meilleur de BBC News : courageux, averti et analytique. Il a réalisé des reportages depuis Bagdad pendant la guerre du Golfe, depuis les sièges de Sarajevo et de Mostar et depuis les lignes de front en Ukraine. Le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie l’a appelé à témoigner. Le dictateur syrien Bachar al-Assad lui a demandé d’expliquer ce que cela faisait d’être bombardé par les États-Unis.
“J’ai toujours pensé : si l’on n’essaie pas de dire la vérité, qu’est-ce qu’on fait là ?”
L’objectivité n’est plus à la mode, remplacée par la polémique. Mais Jeremy Bowen a montré qu’il était possible d’être impartial et franc. Il a déclaré qu’il existait des “preuves évidentes” de crimes de guerre commis par Israël à Gaza. En tant que rédacteur en chef international de la BBC, il a qualifié Donald Trump de “menteur” au sujet du taux de criminalité à Londres et décrit son intervention au Venezuela comme de l’“impérialisme”.
“J’ai toujours pensé : si l’on n’essaie pas de dire la vérité, qu’est-ce qu’on fait là ?” Il dit avoir la peau dure – j’y vois un rien de vantardise. Il distingue ses jugements de ses simples opinions. “Je fais vraiment mon boulot.”
Comme pour le prouver, il examine la carte des vins à l’instar d’une carte de front. Les reporters de guerre aiment boire. “Du rouge ? C’est une journée froide et rouge.” Il met ses lunettes et désigne de son couteau chaque ligne qu’il lit. Il hésite entre un coudoulet côtes-du-rhône et un blaye-côtes-de-bordeaux. Le choix est vaste, plus de 250 options : je ne suis pas sûr que nous ayons le temps d’adopter l’approche investigative de Bowen.
“Combien le ‘Financial Times’ veut-il dépenser ?” demande-t-il. Le record est de 580 livres sterling (664 euros). “Je vais commencer par le bas alors. Je travaille pour la BBC !” Libéré du carcan d’économies de son employeur, il se décide pour une bouteille de beaumont crozes-hermitage du domaine Les Bruyères à 78 livres sterling (89 euros).
Le budget réduit de la BBC n’est pour cette institution qu’un problème parmi d’autres. Elle est encerclée par ses adversaires idéologiques et ses rivaux de la big tech. Son directeur général et son directeur de l’information ont démissionné en novembre à la suite du montage maladroit, dans un documentaire, d’un discours prononcé par Donald Trump le 6 janvier 2021 [donnant l’impression qu’il appelle explicitement à attaquer le Capitole, ndt]. Le président américain attaque la BBC en justice. Le diffuseur semble intimidé : son reportage sur un meurtre commis par des agents fédéraux à Minneapolis confond impartialité et faux-semblant d’équilibre.
“Il faut voir les choses sur le long terme, nuance Jeremy Bowen. Il n’y a jamais eu de période sans crise d’une certaine ampleur.” Son premier directeur général à la BBC, Alasdair Milne, a été contraint de démissionner en 1987. Jeremy Bowen a survécu à des guerres, à la dépression et à un cancer de l’intestin de stade 3. “Si jamais j’ai eu des doutes sur le fait que la vie est belle, ce n’est plus le cas ces temps-ci. C’est peut-être simplement le fait de vieillir. Je me réveille chaque jour plein d’optimisme.”
Le vin ne tarde pas à arriver, mon invité le goûte. Verdict : “il est probablement un peu jeune”. Quand on en a vu autant que lui, tout ne l’est-il pas ?
“Jeremy Bowen a survécu à des guerres, à la dépression et à un cancer de l’intestin de stade 3. “Si jamais j’ai eu des doutes sur le fait que la vie est belle, ce n’est plus le cas ces temps-ci. C’est peut-être simplement le fait de vieillir. Je me réveille chaque jour plein d’optimisme”
Jeremy Bowen commande le menu du jour, intrigué par les oignons à la bière, cuits dans de la Guinness. Je choisis la citrouille d’hiver. Nous sommes dans le sud-est de Londres, c’est là qu’habite mon invité. Pendant la guerre du Golfe, il a rapporté que les États-Unis avaient bombardé un abri civil. Le ‘Daily Star’ l’a qualifié de traître ; l’indemnité qu’il a reçue lui a permis de financer en partie l’achat de sa maison dans le quartier.
Y a-t-il d’ailleurs un pays du Moyen-Orient où il se sente chez lui ? “Je pense qu’en tant que journaliste, il faut rester un peu à l’écart.” Même dans les années 1990, malgré le processus de paix, il trouvait Jérusalem “remplie de haine. Aujourd’hui, c’est toxique”.
Dopé aux reportages de guerre
Il est né à Cardiff, d’un père journaliste à la BBC et d’une mère photographe sportive. “Ma mère me disait : ‘ne deviens pas journaliste. Mais si tu veux l’être quand même, deviens correspondant à l’étranger, car au moins tu verras le monde’.”
Il a rejoint la BBC en tant que stagiaire, a goûté à la “drogue de la guerre” au Salvador, puis est parti en Bosnie et ailleurs. “J’ai adoré Sarajevo parce que je sentais que je touchais à mes limites… J’aimais être dans un endroit où il n’y avait pas de loi, où il fallait se débrouiller seul… On se sent indestructible.”
“J’ai adoré Sarajevo parce que je sentais que je touchais à mes limites… J’aimais être dans un endroit où il n’y avait pas de loi, où il fallait se débrouiller seul… On se sent indestructible”
Ce sentiment l’a quitté en 2000 au Liban, lorsqu’un obus tiré par un char israélien a tué son fixeur, Abed Takkoush. (“En parler ne me gêne pas, c’est une façon de me souvenir de lui.”) Jeremy Bowen et son caméraman se trouvaient à environ 100 mètres ; ils ont entendu des soldats israéliens dire à la radio qu’ils prévoyaient de les tuer eux aussi, avec leur mitrailleuse.
Jeremy Bowen est alors devenu présentateur de l’émission ‘BBC Breakfast’. Ce rôle n’était pas fait pour lui. Un critique a comparé son style à celui d’un “blaireau distrait qui aurait mangé son oreillette”. Il voulait être sur le terrain. Il était frustré au point de frapper le mur de son bureau. Il souffrait de “vives douleurs d’estomac”, peut-être dues aux réveils trop matinaux. (Elles ont disparu lorsqu’il a changé de travail.)
En 2003, il a pourtant refusé de couvrir l’invasion de l’Irak en partie parce qu’il était devenu père. Il faisait des cauchemars dans lesquels il enterrait un caméraman. Peu à peu, il a retrouvé sa tolérance au risque. “Je déteste les endroits dangereux maintenant. Ils me rendent nerveux.” Mais il s’y rend tout de même, en recourant à un traitement contre la dépression. En 2022, en Ukraine, son équipe est arrivée à Boutcha le jour même où les derniers soldats russes quittaient la ville. Le reporter a retracé l’histoire de certains civils morts afin qu’ils “ne soient pas simplement des victimes anonymes”.
La situation au Moyen-Orient et la guerre de Gaza
Jeremy Bowen reste spécialisé dans le Moyen-Orient. Son livre ‘The Making of the Modern Middle East’ (“La construction du Moyen-Orient moderne”, non traduit) met en évidence des tournants comme l’assassinat d’Yitzhak Rabin et la guerre en Irak. Considère-t-il les événements qui ont suivi les attaques barbares du Hamas le 7 octobre comme un tournant ? Depuis 2023, le conflit israélo-arabe “s’est considérablement intensifié, mais il n’a pas changé”. Ce qui s’est passé “a fait tomber le masque” en montrant que la solution à deux États était devenue un simple “slogan vide de sens”.
“Le 7 octobre “a fait tomber le masque” en montrant que la solution à deux États était devenue un simple “slogan vide de sens”
“Il est tout à fait possible que [la situation] dégénère à nouveau, notamment en Cisjordanie.” Ailleurs, “si le régime islamique en Iran s’effondre, nous entrerons dans une nouvelle ère. [Mais] l’idée qu’il puisse être remplacé par des démocrates libéraux est une chimère”.
Jeremy Bowen connaît l’histoire. Jared Kushner, ancien conseiller de Donald Trump pour le Moyen-Orient [et gendre du président, ndt], souhaite plutôt remodeler la région en concluant des accords. Le journaliste n’est pas convaincu. En 2019, la tentative de “deal du siècle” de Jared Kushner partait du principe que, “moyennant une somme d’argent suffisante, les Palestiniens seraient prêts à renoncer à leurs aspirations nationales”. “Ce n’était même pas une offre exceptionnelle… il s’agissait de promettre 50 milliards de dollars qui n’allaient pas venir des États-Unis… Je ne pense pas que les affaires internationales soient comparables au marché immobilier new-yorkais. En fin de compte, tout n’est pas seulement une question d’argent.”
Le mois dernier, Jared Kushner a présenté une vision de Gaza avec des gratte-ciel. “Aujourd’hui, sur mon fil WhatsApp, il y a la photo d’un père avec un bébé de six mois qui est mort de froid à Gaza. Ce serait formidable si Gaza pouvait devenir comme Singapour ou Dubaï, mais il faudrait d’abord qu’ils laissent entrer les matériaux pour construire des abris.” En attendant, “l’idée qu’être toujours plus fort augmentera la sécurité d’Israël… je ne crois pas que ce soit ce que prouvent les faits. Israël était incroyablement fort le 6 octobre”.
Les entrées arrivent. “Des toasts au fromage, j’adore !” s’exclame Jeremy Bowen. Je mange mon topinambour, m’attendant à ce qu’il soit aussi décevant que tous ceux que j’ai cuisinés. Au contraire, il est absolument délicieux : croustillant à l’extérieur, tendre à l’intérieur. Si vous retenez quelque chose de cet entretien, c’est qu’il faut aller manger au Camberwell Arms.
“Nous nous plaignions des restrictions imposées à nos déplacements dans l’ex-Yougoslavie, mais si l’on compare aux tentatives pour couvrir la guerre à Gaza, c’était le paradis…”
Jeremy Bowen aime “être celui qui va voir sur place”, mais l’Iran ne lui a pas accordé de visa depuis 2009 et Israël refuse aux journalistes étrangers tout accès indépendant à Gaza depuis le 7 octobre. “Nous nous plaignions des restrictions imposées à nos déplacements dans l’ex-Yougoslavie, mais si l’on compare aux tentatives pour couvrir la guerre à Gaza, c’était le paradis… Il fallait peut-être passer deux heures à boire de la ‘šljivovica’ [eau-de-vie de la région, ndt] avec des paramilitaires serbes, mais au final, ils vous laissaient passer.”
Au cours des premiers mois de la guerre à Gaza, “certains diplomates de haut rang me disaient que si quelqu’un comme moi ou Christiane Amanpour [de CNN] pouvait entrer à Gaza, le processus diplomatique se débloquerait. J’étais sceptique, mais c’était la théorie.” Mais Benjamin Netanyahu a déclaré que Gaza était trop “dangereuse”. Jeremy Bowen souligne : “quand on fait ce genre de reportages, on est allé dans beaucoup d’endroits dangereux. Ce n’est pas le vrai problème. Le problème, c’est ce qu’ils ne veulent pas que nous voyions. Je ne pense pas que ce gouvernement nous laissera entrer.” (Le seul déplacement de Jeremy Bowen depuis le 7 octobre s’est fait aux côtés l’armée israélienne, immédiatement après les événements. La BBC a récemment versé 28 000 livres sterling (33 000 euros) de dommages et intérêts à une famille israélienne dans la maison endommagée de laquelle il était entré ; il avait fait ce reportage avec l’accord des autres résidents.)
Le devoir d’impartialité
Ma citrouille, sur un lit moelleux de “ribollita” [panade toscane, ndt], est aussi bonne que le topinambour. Je demande à mon invité si la vérité est désormais plus accessoire. “Tout le monde ment en temps de guerre”, répond-il en haussant les épaules. Les gouvernements ne mentent-ils pas davantage aujourd’hui ? “Je ne vois pas comment vous pouvez le mesurer.”
Quel a été l’impact de ses reportages ? Il n’en sait trop rien. “Je me demande parfois si les dirigeants, les hommes et les femmes au pouvoir, y prêtent beaucoup d’attention… Je ne les fais pas pour essayer d’influencer les politiques, mais pour que les gens sachent ce qui se passe réellement.”
“Tout le monde ment en temps de guerre”
Il me raconte ensuite une anecdote au sujet de l’impartialité. À Sarajevo, en 1992, il a assisté au bombardement des funérailles de deux enfants. “Je voulais faire un reportage devant la caméra et dire que c’était le crime de guerre le plus monstrueux que vous puissiez imaginer. J’étais prêt à m’indigner.” Puis son instinct de journaliste de la BBC a pris le dessus. “Je me suis contenté de décrire ce qui s’était passé.” Dix-neuf ans plus tard, ce reportage a été utilisé comme preuve contre Radovan Karadžic et Ratko Mladic, les dirigeants serbes de la Bosnie. “Je me souviens de m’être demandé s’ils l’auraient admis dans un procès pour crimes de guerre si je m’étais lancé dans un discours moralisateur. Je ne pense pas.”
La politique au Moyen-Orient est peut-être le sujet le plus difficile à traiter pour un public occidental. En 2009, Jeremy Bowen a été reconnu coupable d’avoir enfreint les normes éditoriales de la BBC, en partie pour avoir décrit le sionisme comme un “instinct inné à repousser les frontières”. Il soutient qu’il avait raison. “Le changement dans la taille d’Israël suggère qu’il y avait du vrai dans cette affirmation.”
Au début de la guerre de Gaza, il a déclaré que l’hôpital Al-Ahli avait été “détruit”, ce qui était une exagération. “C’était une erreur… Elle n’a pas affecté le fond de mon reportage, et je n’ai certainement jamais dit que les Israéliens en étaient responsables.” Mais un autre journaliste de la BBC l’a suggéré. Des recherches ultérieures ont attribué cette responsabilité à une roquette palestinienne qui avait raté sa cible. “Nous ne formons absolument pas de complot contre Israël.”
En 2024, un rapport a consacré 17 pages à l’analyse de la couverture médiatique assurée par Jeremy Bowen. Il a été en partie financé par un homme d’affaires israélien. “Eh bien, voilà, ils parlent d’un certain point de vue. Je suis un journaliste impartial.”
Il relève qu’il a “des légions de détracteurs… On me traite d’‘antisémite’, de ‘défenseur et agent du génocide’, on me demande pourquoi je n’étais pas à la télévision la veille pour parler de la destruction par les Israéliens du siège de l’UNRWA [l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens] à Jérusalem…”
“Il relève qu’il a “des légions de détracteurs… On me traite d’‘antisémite’, de ‘défenseur et agent du génocide”
Et alors, pourquoi ne l’a-t-il pas couvert ? “Le monde entier avait les yeux rivés sur Donald Trump à Davos. L’un des problèmes, c’est la bande passante. Et je dirais que, même s’il est quelque peu choquant que les Israéliens aient pénétré dans le siège de l’UNRWA… la question plus large des Israéliens s’en prenant à l’ONU a été largement traitée et continuera de l’être.”
Jeremy Bowen peut s’exprimer avec plus d’aplomb que ses jeunes collègues. La BBC est ébranlée : de nombreux journalistes sont furieux que l’un des directeurs de la BBC, Robbie Gibb, nommé par le Premier ministre de l’époque, Boris Johnson, ait alimenté les allégations de partialité. “Je pense qu’il ne devrait pas y avoir de membres nommés au conseil d’administration de la BBC pour des raisons politiques, de quelque tendance qu’ils soient. Nous sommes une organisation d’information impartiale. Il doit exister un moyen de mettre en place un comité de nomination indépendant, qui désigne des personnes qui, avant tout, souhaitent notre réussite. Je suis sûr que les membres actuels du conseil veulent eux aussi que nous réussissions.”
Le journalisme à l’ère de YouTube
L’autre problème concerne l’évolution de l’audience. Aujourd’hui, les Britanniques regardent plus YouTube que la BBC. N’est-il pas plus difficile pour elle de mettre en lumière des conflits tels que ceux au Soudan et au Yémen ? “Non”, répond-il, et il évoque un reportage diffusé la veille sur une atroce prison gérée par les Émirats arabes unis au Yémen. “Nous sommes toujours en mesure de faire des reportages sérieux sur des sujets graves dans le monde, à une époque où bien des diffuseurs et des organes de presse en sont incapables.”
“Nous sommes toujours en mesure de faire des reportages sérieux sur des sujets graves dans le monde, à une époque où bien des diffuseurs et des organes de presse en sont incapables”
Avant notre déjeuner, j’ai recherché le nom de Jeremy Bowen sur YouTube. Le deuxième résultat était une vidéo intitulée “Jeremy Bowen pris en train de simuler une situation d’urgence”, qui présentait l’un de ses reportages de guerre en Ukraine comme étant faux parce qu’on voyait une femme en train de marcher à l’arrière-plan. L’accusation a été démentie en 2022. Cette femme “fuyait son domicile. Nous l’avons aidée à monter la colline”. Il y avait des bombardements à proximité. “Nous aurions pu être tués ce jour-là… Je déteste cette [désinformation], mais qu’y puis-je ?” Aucune chance d’obtenir des dommages-intérêts pour diffamation cette fois-ci.
Ses enfants sont maintenant adultes. Regardent-ils la BBC ? “Non, ils regardent surtout des vidéos sur YouTube.” Cela l’effraie-t-il ? Il hésite. “Nous venons de conclure un accord pour diffuser des contenus sur YouTube… Je continue de penser qu’il vaut la peine de faire une très bonne émission d’une demi-heure en fin de journée.”
Certaines de ses stars ont quitté la BBC. Il fait partie des derniers qui aient fait toute leur carrière là-bas ; l’une des raisons de sa longévité est qu’il a assisté à “environ une seule réunion de la BBC dans toute sa vie”. Les rois des nouveaux médias sont probablement moins satisfaits de leur vie. Rory Stewart voulait agir, plutôt que de commenter, dis-je. Jeremy Bowen est d’accord. “Il voulait être Robert Clive. Ou peut-être Lord Curzon.” [Le premier, surnommé “Clive of India”, gouverneur du Bengale de 1757 à 1760, puis de 1765 à 1767, a jeté les bases de domination de la Compagnie des Indes orientales en Inde ; le second a été un célèbre vice-roi des Indes entre 1899 et 1905, ndt.]
Le sorbet est la première fausse note du repas : il est trop sucré. La salle du restaurant est aussi vide que la bouteille de vin, mais Jeremy Bowen n’est pas pressé. La présentatrice de la BBC Sophie Raworth, son amie, “lui reproche toujours de dépasser les limites [de temps]” dans les bulletins d’information, ignorant les signes qu’elle lui adresse pour qu’il arrête de parler.
“Nous venons de conclure un accord pour diffuser des contenus sur YouTube… Je continue de penser qu’il vaut la peine de faire une très bonne émission d’une demi-heure en fin de journée”
Il a plus d’une anecdote à raconter. Son collègue John Simpson a un jour rapporté que Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen, avait eu des vents pendant une interview. Des années plus tard, le traducteur de Mouammar Kadhafi a assuré à Jeremy Bowen que c’était impossible, car “dans le désert, c’est la chose la plus grossière qui soit… Ce devait être les chameaux”.
Il me raconte aussi qu’il a offensé les conseillers du président syrien Ahmed al-Sharaa en portant un pull à col roulé pour l’interviewer : comme il ne s’attendait pas à ce que le régime d’Assad tombe si vite, il n’avait pas emporté de costume. “Je pensais qu’il y aurait une guerre !” Il est revenu un an plus tard, revêtu de ses plus beaux atours, mais n’a pas été reçu. Nous évoquons enfin les approches juive et arabe du deuil. “J’ai été témoin de nombreuses morts violentes, et les êtres humains ont beaucoup en commun, même si nous avons parfois l’impression contraire.”
Il semble si à l’aise que j’en oublie qu’il préférerait être ailleurs. “J’irais à Gaza sur-le-champ. En Iran, sur-le-champ. Je n’hésiterais pas une seconde.”
65 Camberwell Church Street, Londres SE5 8TR
Menu du jour : 25 £, avec :
- Oignons à la bière et toast au comté
- Saucisse de Toulouse et haricots blancs
- Tarte à la mélasse avec crème caillée
Topnambour frit en vinaigrette, noisettes, pickles de noix : 9,50 £
Potiron, ribollita, toast à l’huile d’olive et ‘salsa verde’ : 18 £
Sorbet citron et earl grey : 3,80 £
Espresso × 2 : 4 £
Bouteille de beaumont crozes-hermitage 2024 : 78 £
Total (taxes et pourboires inclus) : 170 £ (203,54 €)
© The Financial Times Limited [2026]. All Rights Reserved. Not to be redistributed, copied or modified in anyway. Le nouvel Economiste is solely responsible for providing this translated content and the Financial Times Limited does not accept any liability for the accuracy or quality of the translation.
Iran-Israël, l’engrenage funeste
La liberté de la presse mondiale à la dérive
“Antisémitisme”, histoire d’un mot
Comment Trump transforme les relations internationales en jeu immobilier
Déjeuner avec Alan Yentob, ex-dirigeant déchu de la BBC (02/2016)
Déjeuner avec Tony Hall, directeur général de la BBC (04/2015)