Trait de personnalité

L’avenir appartient aux consciencieux

Cette qualité essentielle dans la vie est en train de s’effondrer, et particulièrement rapidement chez les jeunes adultes

L’avenir appartient aux consciencieux © Freepik

Quels sont les principaux facteurs qui déterminent la durée et la qualité de notre carrière, de nos relations et de notre vie en général ? L’environnement socio-économique dans lequel nous grandissons a certainement une influence considérable, la richesse parentale jouant un rôle de catalyseur ou de clé pour ouvrir des portes cruciales. Les capacités cognitives sont un deuxième facteur évident : elles permettent de prendre de meilleures décisions dans tous les aspects de la vie. Mais un autre facteur est souvent moins pris en compte, bien qu’il soit tout aussi important : la personnalité.

Application et persévérance, clés d’une réussite durable

En effet, des études montrent systématiquement que des traits de caractère tels que l’application, ou “conscienciosité” (“conscientiousness”, la capacité à être consciencieux, fiable et discipliné), la stabilité émotionnelle ou l’amabilité sont en lien plus étroit avec la réussite professionnelle, des relations durables et la longévité que l’intelligence ou le milieu socio-économique d’une personne.

La capacité à privilégier le bien-être à long terme plutôt que les plaisirs immédiats devient un superpouvoir.

Parmi tous les types de personnalité [en référence au Big Five, un modèle descriptif de la personnalité en cinq traits centraux, ndt], les personnes consciencieuses ont tendance à obtenir les meilleurs résultats dans un certain nombre de domaines clés. Elles vivent plus longtemps, ont une carrière plus réussie et sont moins susceptibles de divorcer. Elles parviennent même à conserver leur emploi pendant les périodes de récession. Intuitivement, ce constat semble logique. La vie ne consiste pas seulement à savoir ce qu’il faut faire ou à disposer des ressources nécessaires pour le faire, il faut aussi aller jusqu’au bout. Être motivé et persévérant est d’une grande aide.

Certaines études suggèrent que l’avantage de la conscienciosité s’accroît avec le temps, et il est facile d’imaginer pourquoi. Face aux nombreuses tentations de la vie quotidienne contemporaine, qu’il s’agisse de l’Internet mobile toujours accessible, de l’attrait des réseaux sociaux et des jeux d’argent en ligne, ou encore des aliments hypercaloriques, la capacité à ignorer toutes ces tentations et à privilégier le bien-être à long terme plutôt que les plaisirs immédiats devient un superpouvoir.

L’intelligence artificielle générative pourrait renforcer cette dynamique. Un étudiant assidu qui ne se laisse pas décourager par un défi se servira d’un grand modèle de langage (LLM) comme tuteur personnel pour renforcer sa connaissance d’un concept ; son homologue moins consciencieux chargera le même LLM de rédiger son essai, renonçant ainsi à acquérir des connaissances.

La conscienciosité en déclin

Voilà qui rend inquiétant le fait que le niveau de conscienciosité de la population semble être en baisse. Dans le prolongement d’une étude américaine pionnière réalisée en 2022, qui avait identifié les premiers signes d’une baisse pendant la pandémie, j’ai remarqué une détérioration soutenue de l’application, particulièrement prononcée chez les jeunes adultes.

La commodité du monde en ligne donne l’impression que les engagements dans la vie réelle sont compliqués et demandent beaucoup d’efforts.

En approfondissant l’analyse des données issues de l’étude ‘Understanding America’, on constate que les personnes âgées de 20 à 30 ans, en particulier, se disent de plus en plus facilement distraites et négligentes, moins tenaces et moins enclines à prendre des engagements et à les respecter.

Si une explication complète de ces changements nécessite une enquête approfondie et que de nombreux facteurs entrent en jeu, les smartphones et les services de streaming semblent être les principaux responsables. L’avènement des médias numériques omniprésents et hyper-engageants a entraîné une explosion des distractions, tout en rendant plus facile que jamais de ne pas faire de projets ou de les abandonner. La commodité du monde en ligne donne l’impression que les engagements dans la vie réelle sont compliqués et demandent beaucoup d’efforts. De plus, l’augmentation du temps passé en ligne et le déclin des interactions en face-à-face qui en découle favorisent des comportements tels que le “ghosting”.

Anxiété et repli sur soi

La baisse de la conscienciocité n’est pas le seul changement de personnalité que montrent les données. Le “névrotisme” – lié à la hausse, largement commentée, de l’anxiété – a augmenté presque autant. Les jeunes adultes déclarent également se sentir moins aimables et moins extravertis. Ce dernier trait a connu une baisse particulièrement forte pendant la pandémie, les jeunes ayant été les plus touchés par les restrictions de contact visant à protéger les autres. En fait, longtemps considérés comme le groupe le plus extraverti de la société, les jeunes adultes sont désormais les plus introvertis.

Si la terminologie de la personnalité peut sembler vague, la science est solide. Des décennies de recherche montrent systématiquement que tous ces changements vont dans le sens de résultats négatifs à long terme. La vie est pleine de défis. Une cohorte moins engagée, moins connectée aux autres et plus facilement perturbée les surmontera moins bien.

Mais si ces tendances sont indéniablement préoccupantes, nous ne devons pas pour autant être fatalistes. Contrairement au milieu familial et au patrimoine génétique, de nombreuses preuves montrent que la personnalité est malléable : ce qui a été détérioré peut être reconstruit. La capacité à être consciencieux fera la différence entre ceux qui survivront et ceux qui prospéreront au XXIe siècle. Chacun d’entre nous peut décider de quel côté de la barrière il se situera mais, ironiquement, cela demandera un certain engagement.

Source et méthodologie

Toutes les analyses ont été réalisées de manière indépendante à partir des données issues d’enquêtes menées dans le cadre de l’‘Understanding America Study’, gérée par le Center for Economic and Social Research (CESR) de l’université de Californie du Sud.

L’enquête mesure les traits de personnalité des répondants en combinant leurs réponses à une série de 44 affirmations établies de longue date, chacune demandant au répondant dans quelle mesure un comportement ou une description particulier s’applique à lui.

John Burn-Murdoch, FT

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