Cher lecteur, vous faites partie d’un groupe en voie de disparition. Partout dans le monde, de moins en moins de personnes lisent des livres, des journaux ou des magazines pour le plaisir, que ce soit sur papier ou sur des appareils numériques. Les regrets quant à cette déchéance se sont amplifiés fin août, lorsqu’une vaste étude américaine a révélé que seulement 16 % des personnes consacraient une partie de leur temps libre à la lecture au cours d’une journée moyenne, contre 28 % il y a vingt ans.
Bienfaits pour la santé
Les chercheurs de l’université de Floride et de l’University College London, qui ont analysé les emplois du temps quotidiens de 236 000 Américains, ont eu raison de s’inquiéter de leurs conclusions. Ils corroborent d’autres données provenant des États-Unis et d’ailleurs, qui montrent que les gens délaissent la lecture au profit d’activités telles que le scrolling incessant sur les réseaux sociaux ou le visionnage de vidéos courtes sur TikTok, Instagram et autres.
Les neuroscientifiques et les psychologues sociaux relèvent de nombreux avantages à se plonger régulièrement dans un livre ou un journal, allant de l’amélioration de la santé mentale et du bien-être à l’enrichissement éducatif et culturel. L’écoute de livres audio, un secteur de l’édition en pleine expansion, offre des avantages similaires à la lecture sur papier ou sur tablette.
La proportion de personnes qui ne lisent jamais de livres augmente rapidement, mais celles qui lisent encore régulièrement consacrent désormais plus de temps libre à cette activité qu’il y a 20 ans.
Polarisation lecteurs/non-lecteurs
L’American Time Use Survey révèle une polarisation croissante entre les lecteurs et les non-lecteurs. La proportion de personnes qui ne lisent jamais de livres augmente rapidement, mais celles qui lisent encore régulièrement consacrent désormais plus de temps libre à cette activité qu’il y a 20 ans. Cela explique en partie pourquoi le secteur de l’édition reste en bonne santé.
Au Royaume-Uni, la Publishers Association a dressé un bilan encourageant pour le marché grand public l’année dernière, avec une augmentation de 5 % des revenus et des ventes de livres. Waterstones, le plus grand libraire du pays, compte de nouveaux magasins dans son réseau qui dénombre déjà environ 300 points de vente.
Bibliothèques dans la tourmente budgétaire
Le plus grand défi politique consiste donc à susciter de l’intérêt pour la lecture chez ceux qui n’en ont pas. Il est évident qu’il faut commencer dès l’enfance, en encourageant davantage les parents à lire des livres à leurs jeunes enfants – ce qui est rarement le cas aujourd’hui, selon la nouvelle étude américaine.
Les écoles primaires peuvent ensuite prendre le relais en mettant l’accent sur le côté ludique des livres d’histoires ainsi que sur l’importance fonctionnelle de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Cela ne peut fonctionner que si l’école dispose d’une bibliothèque, ce qui n’est pas le cas d’une école primaire sur quatre dans les zones défavorisées du Royaume-Uni, où elles sont pourtant les plus nécessaires. La chancelière de l’échiquier Rachel Reeves [ministre chargée des finances et du Trésor, ndt] a pris le mois dernier l’engagement bienvenu de veiller à ce que toutes les écoles primaires disposent d’une bibliothèque d’ici 2029.
Le plus grand défi politique consiste à susciter de l’intérêt pour la lecture chez ceux qui n’en ont pas.
Il est également essentiel de disposer de bibliothèques publiques attrayantes et accueillantes afin de maintenir un niveau de lecture satisfaisant parmi les personnes de tous âges qui n’ont pas les moyens ou ne souhaitent pas acheter leurs propres livres. Les perspectives sont moins encourageantes à cet égard, car les autorités locales qui financent les bibliothèques connaissent des difficultés financières dans de nombreux pays. Aux États-Unis, le président Donald Trump a malheureusement signé un décret mettant fin au soutien fédéral aux bibliothèques.
Certains obstacles à la lecture sont relativement faciles à lever. Un exemple récent et frappant est celui du Danemark, qui a annoncé la suppression de la TVA de 25 % sur les livres afin de remédier à ce que le ministre de la Culture, Jacob Engel-Schmidt, a qualifié de “crise de la lecture” dans son pays.
Changement de paradigme
Les initiatives des gouvernements, des organisations caritatives et des éditeurs peuvent certes aider. Mais une relance généralisée de la lecture nécessite de changer le paradigme social et culturel responsable de son déclin à long terme. Certains optimistes perçoivent des signes encourageants. Les plus jeunes commencent à réagir contre l’omniprésence des réseaux sociaux et la fragmentation de leur temps libre qu’ils provoquent. Bien que ces signes soient encore anecdotiques à ce stade, les nouveaux lecteurs tout comme les lecteurs existants ne peuvent que bénéficier de l’enrichissement que procure le monde des mots.
© The Financial Times Limited [2025]. All Rights Reserved. Not to be redistributed, copied or modified in anyway. Le nouvel Economiste is solely responsible for providing this translated content and the Financial Times Limited does not accept any liability for the accuracy or quality of the translation.
Les ravages de la lecture numérique
Les livres audio en plein boom grâce au streaming
Barnes & Noble redevient une librairie
L’édition se joue des prophéties sur l’IA
Stephen Carrière, Éditions Anne Carrière : "La lecture est sans doute la dernière pratique magique de l’humanité"
Expression écrite et orale, les nouveaux illettrés