À certains moments de l’histoire, on voit émerger Un nouvel ordre mondial. Il en est allé ainsi après la fin des guerres européennes en 1648, en 1815 et en 1945, et après l’effondrement de l’URSS en 1991. Les propos bellicistes tenus fin janvier par Donald Trump au sujet du Groenland ont clairement montré que nous vivons à nouveau un tel moment.
“L’ancien ordre ne reviendra pas”, a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney dans son discours historique à Davos. Si un politique invoque encore “la communauté internationale” ou qualifie les États-Unis d’“allié”, soit il ment, soit il ne s’est guère intéressé à la situation. Mais quelles sont les règles de ce nouvel ordre mondial ?
Tous les coups sont permis
Au milieu du déluge quotidien d’événements absurdes, il peut être difficile de percevoir une quelconque structure.
Eh bien, la première règle est qu’il n’y a plus de règles. Le nouvel ordre a tout d’un Ultimate Fighting Championship [championnat américain d’arts martiaux à l’origine sans règles et particulièrement violents, ndt] entre États. Tous les coups leur sont permis : envahir d’autres États, commettre des crimes de guerre ou des génocides, acquérir des armes nucléaires. (tout comme probablement les entreprises, d’ailleurs, maintenant que les États-Unis autorisent les producteurs d’énergie nucléaire à accéder au plutonium de qualité militaire.) Et l’intelligence artificielle (IA) est développée sans aucune réglementation, car qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?
“La première règle est qu’il n’y a plus de règles. Tous les coups leur sont permis : envahir d’autres États, commettre des crimes de guerre ou des génocides, acquérir des armes nucléaires”
Deuxième règle : les organisations internationales sont réduites à l’état de zombies. Mark Carney a déclaré que l’Organisation mondiale du commerce, l’ONU et la COP étaient “menacées”, doux euphémisme. Mais il aurait pu y ajouter l’Otan, la Cour pénale internationale et tout autre organisme aspirant à dicter leur conduite aux pays. Personne ne peut faire respecter le droit international.
Le “Petit Occident” : libertés et démocratie
Curieusement, la seule organisation multilatérale qui se renforce est celle dont on prédit depuis toujours la disparition : l’Union européenne (UE). Le nouvel ordre mondial est dominé par trois grandes puissances et un troll hyperactif, la Russie. Les États-Unis et la Chine agissent généralement seuls, sans alliés, maintenant que les Américains se sont aliénés la plupart des leurs. La troisième puissance est la dernière alliance multinationale significative : un “Petit Occident” composé de l’Europe, dont la Grande-Bretagne post-Brexit mais sans la Hongrie, et du Canada.
“Curieusement, la seule organisation multilatérale qui se renforce est celle dont on prédit depuis toujours la disparition : l’Union européenne”
Le petit Occident est un bloc pacifique mais étonnamment solide, poussé à coopérer par la terreur des menaces extérieures. Même le nouveau leader probable de l’extrême droite français, Jordan Bardella, est en train de devenir européen. Lors de la crise du Groenland, il a déclaré : “face au chantage de Trump, soit nous réagissons avec la fermeté nécessaire, soit nous disparaîtrons derrière des logiques impériales”. Presque tous les autres pays de la planète restent non alignés, espérant monter les grandes puissances les unes contre les autres.
Le petit Occident a, en quelque sorte, une idéologie, probablement partagée par une petite majorité de ses citoyens : la démocratie, les libertés individuelles et la nostalgie de l’ancien ordre mondial. Le système de croyances des autres puissances se cantonne à un nationalisme agressif mis à toutes les sauces. Le Parti communiste chinois n’est pas communiste, et les actions de la Russie et des États-Unis varient au gré des caprices personnels de Vladimir Poutine et de Donald Trump. Aucun groupe d’intérêt au sein de l’élite de ces deux pays ne souhaitait envahir l’Ukraine, annexer le Groenland ou s’emparer du pétrole du Venezuela avant que leur dirigeant n’en ait eu l’idée.
Imprévisible mais éphémère
Cette excentricité alimente une autre caractéristique du nouvel ordre mondial : l’imprévisibilité totale. Tout peut arriver. N’importe quel pays peut être envahi, et pas seulement Taïwan. En partie parce que les États s’attaquent désormais les uns les autres en toute impunité, des régimes établis depuis plusieurs décennies peuvent soudainement s’effondrer : Bachar al-Assad en Syrie, et peut-être la théocratie iranienne.
Dans le nouvel ordre mondial, on ignore le plus gros problème : le changement climatique. Les dirigeants et les peuples ont tacitement décidé de ne le résoudre ni par accord international ni par sacrifice personnel, même s’il n’est pas encore tout à fait impossible qu’il soit résolu par la technologie chinoise bon marché.
“La mondialisation survit dans ce nouvel ordre, bien que presque personne ne la défende”
La mondialisation survit dans ce nouvel ordre, bien que presque personne ne la défende. La mondialisation des biens – que mesure le commerce en pourcentage du PIB – a stagné, juste en dessous de ses niveaux records. Mais la mondialisation des personnes se poursuit : on observe une migration record, un nombre record de voyages en avion, la propagation inexorable de la première langue mondiale depuis la tour de Babel et une mondialisation des esprits, alimentée par les réseaux sociaux. Partout, les gens sont obsédés par Donald Trump, Taylor Swift et Manchester United.
Ce qui nous amène aux habitants de ce nouveau monde. Ils vivent de plus en plus seuls, célibataires, sans enfants et devant leurs écrans. Ils cessent de lire et ont commencé à externaliser leur réflexion auprès de l’IA. Avec peu d’institutions traditionnelles pour former leur esprit, ils construisent leurs croyances en ligne.
Le nouvel ordre mondial pourrait ne pas durer longtemps. Il ne repose pas sur des institutions durables, et les trois dirigeants à l’origine du changement de posture des États-Unis, de la Chine et de la Russie sont septuagénaires. Lorsque cet ordre prendra fin, il risque de disparaître dans un grand fracas.
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