Savoir-être et savoir-faire

Les soft skills, votre vraie valeur ajoutée face à l’IA

Sur un marché du travail en évolution rapide, les compétences relationnelles vont prendre le pas sur les compétences quantitatives

Les Soft skills, votre vraie valeur ajoutée face à l’IA © Freepik

Ce ne sera pas un sentiment spontané pour grand monde, au vu des salaires souvent mirobolants des principaux concernés ; mais 2026 semble être l’année où les codeurs et les analystes quantitatifs auront besoin de toute notre sympathie. Quiconque a utilisé les dernières versions des outils de codage IA agentique [dont les modèles se comportent comme des agents autonomes au lieu de répondre seulement à des requêtes, ndt] aura pu constater par lui-même que, ces dernières semaines, un cap a incontestablement été franchi : la capacité à écrire du code pour créer de vrais logiciels fonctionnels, ou à collecter et analyser rapidement des données pour répondre à des questions, est passée du jour au lendemain du statut de talent rare et spécialisé à celui de compétence courante et omniprésente. Les développeurs et les scientifiques des données sont les forgerons d’aujourd’hui, voués à disparaître.

Le poids des hard skills surévalué

Mais est-ce bien sûr ? À en croire l’immense majorité des conversations de ces dix ou vingt dernières années, les sciences, la technologie, l’ingénierie, les mathématiques et le codage ont sans doute été les formations et les compétences les plus précieuses au XXIe siècle en matière de perspectives de carrière. Il est clair que la demande a effectivement été très forte. Mais l’hypothèse implicite selon laquelle ce sont précisément les aspects quantitatifs [les compétences quantitatives impliquent l’utilisation d’outils et de techniques mathématiques et statistiques pour mesurer, manipuler et modéliser des données, ndt] et techniques qui rendent les professions concernées si rémunératrices n’est pas confirmée par les faits.

“Contrairement à l’opinion dominante, une étude a montré que ce sont les compétences sociales qui ont été les plus récompensées sur le marché du travail ces dernières années. ”

Contrairement à l’opinion dominante, une étude importante mais souvent négligée, réalisée en 2017 par l’économiste de Harvard David Deming*, a montré que ce sont les compétences sociales qui ont été les plus récompensées sur le marché du travail ces dernières années. En extrapolant son analyse jusqu’à aujourd’hui, on constate que cela reste vrai, aussi bien dans les métiers en lien avec les sciences, l’ingénierie et la technologie que dans tous les autres.

Lorsque l’on examine les chiffres de l’emploi et les revenus des différentes professions, celles qui s’en sortent le mieux sont celles qui combinent des compétences quantitatives et des qualités interpersonnelles telles que l’intelligence sociale, la capacité à coordonner le travail, la persuasion et la négociation (groupe qui comprend les médecins, les consultants, les économistes et, oui, même les développeurs de logiciels, selon des données détaillées sur les compétences professionnelles). Et les emplois qui exigent de solides talents relationnels mais relativement peu de compétences quantitatives (parmi lesquels les avocats, les thérapeutes et les infirmiers) ont obtenu de bien meilleurs résultats que ceux qui exigent d’être doué avec les nombres mais moins avec les gens (parmi lesquels les assistants en statistiques et les programmeurs).

La compétence quantitative n’est rien sans la compétence sociale

Il s’agit d’un renversement de la tendance qui prévalait il y a une ou deux générations. En 1980, les individus dotés de solides compétences sociales et de faibles compétences quantitatives gagnaient moins que ceux qui étaient doués pour les chiffres mais manquaient d’aptitudes interpersonnelles. Aujourd’hui, la situation s’est inversée et ce sont les personnes les plus douées sur le plan social qui s’en sortent beaucoup mieux.

“Notre économie récompense aujourd’hui plus que jamais les compétences générales : esprit d’équipe, capacité à résoudre des problèmes, aisance dans la communication et pensée créative”

Même dans les domaines de la tech ou très associés aux statistiques, les rôles combinant de solides compétences en codage avec la créativité et la collaboration sont ceux dans lesquels les individus ont le mieux réussi. Ceux occupant les emplois mathématiques qui accordent le moins d’importance aux compétences sociales (actuaires et mathématiciens, entre autres) ont obtenu des résultats nettement moins bons, à la fois en termes d’emploi et de revenus, que ceux pour lesquels la collaboration, la créativité et les interactions sociales jouent un rôle plus important (développeurs de logiciels, entre autres).

Une autre explication de l’essor de l’emploi et des salaires dans le secteur des logiciels est la forte demande de talents qui, quoique dotés de compétences quantitatives, se distinguent surtout par leur capacité à les utiliser pour travailler en étroite collaboration avec d’autres afin de trouver des solutions créatives à des problèmes complexes et multifacettes. Contrairement à l’attention exclusive accordée par les décideurs politiques aux STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) ou au codage, notre économie récompense aujourd’hui plus que jamais les compétences générales : esprit d’équipe, capacité à résoudre des problèmes, aisance dans la communication et pensée créative.

Pour une nouvelle identité professionnelle des analystes

Les implications sont aujourd’hui évidentes, alors que les outils de codage agentique commencent à automatiser le travail quantitatif. Il devrait être à la fois utile et rassurant pour ceux qui effectuent un travail intellectuel impliquant beaucoup de données de réfléchir à la valeur qu’ils apportent, dans leur travail, au-delà de l’écriture de code et de formules – la part de leurs compétences loin d’être obsolètes. Ce sont probablement leurs connaissances plus larges, leurs idées et leur esprit d’équipe qui les ont amenés à leur poste, au-delà de leurs compétences purement quantitatives. Il en sera très certainement de même dans les années à venir.

“Les analystes de données et les codeurs peuvent redéfinir leur identité professionnelle en se présentant comme les créatifs, les générateurs d’idées et les chefs de projet qu’ils ont toujours été>”

Quand on découvre que ce que l’on considère comme sa compétence spécialisée particulière relève désormais d’une routine omniprésente et automatisée, le choc initial est compréhensible. Mais à mesure que l’écriture de fonctions et de formules suit le même chemin que le martelage du métal, les analystes de données et les codeurs peuvent redéfinir leur identité professionnelle en se présentant comme les créatifs, les générateurs d’idées et les chefs de projet qu’ils ont toujours été. Après tout, était-ce vraiment l’écriture du code qui constituait la partie la plus intéressante du travail ? Ou n’était-ce pas plutôt ce que le code permet de construire et de découvrir ?

John Burn-Murdoch, FT

* L’analyse présentée ici reproduit et étend celle de “The Growing Importance of Social Skills in the Labor Market” (“L’importance croissante des compétences sociales sur le marché du travail, Deming, 2017)

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