La proposition de Tesla d’attribuer à son patron Elon Musk jusqu’à 1 000 milliards de dollars en actions semble absurde, même pour une entreprise connue pour ses idées farfelues. Mais dans ce cas précis, le prix élevé à payer pour garder l’entrepreneur engagé est un prix que les actionnaires n’ont d’autre choix que de payer.
Objectifs peu orthodoxes
Le plan, qui accorde à Musk de nouvelles actions équivalentes à 12 % de l’entreprise sur une période de dix ans, par tranches qui ne seront versées que si certains objectifs sont atteints, est indéniablement peu orthodoxe. Le milliardaire lui-même pourra voter sur ce plan lors de l’assemblée générale annuelle de Tesla en novembre. Le dossier déposé par l’entreprise le couvre d’éloges, le qualifiant notamment de “pôle d’attraction des talents”. Et le chiffre lui-même est galactique.
“Tesla se montre assez exigeante. Musk devra faire passer l’Ebitda de Tesla d’environ 13 milliards de dollars cette année à 400 milliards de dollars dans 10 ans”
Mais dans l’ensemble, ce plan comporte de nombreux aspects positifs. Tesla se montre assez exigeante. Musk devra faire passer l’Ebitda de Tesla d’environ 13 milliards de dollars cette année à 400 milliards de dollars dans 10 ans pour obtenir la totalité du billion de dollars. La société devra également atteindre une capitalisation boursière huit fois supérieure à celle qu’elle a actuellement, et le CEO n’obtiendra rien si elle n’approche pas le doublement. Les nouvelles actions dilueront les actionnaires autres que Musk, mais ceux-ci seront tout de même environ sept fois mieux lotis qu’aujourd’hui, toutes choses égales par ailleurs.
Approche triangulaire
Musk doit également atteindre conjointement trois types d’objectifs différents : la capitalisation boursière, le bénéfice et des étapes opérationnelles, notamment la livraison d’un million de “robots” tels que l’assistant humanoïde Optimus de Tesla. Cette approche triangulaire surpasse certains des objectifs plus complexes et moins clairement définis d’autres CEO bien nantis. Parmi les nombreux objectifs de Brian Moynihan, de la Bank of America, figure celui de fournir “un excellent lieu de travail”.
Certes, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi le marché soutiendrait des récompenses aussi astronomiques. Si le patron de HSBC, Georges Elhedery, exigeait par exemple 12 % de l’entreprise, même en échange d’une amélioration fabuleuse de la situation des actionnaires, le conseil d’administration accepterait-il ? Probablement pas. Comme la plupart des entreprises, la banque pourrait trouver quelqu’un d’autre pour faire un travail tout aussi bon pour une rémunération plus conventionnelle.
Irremplaçable Elon Musk
La différence est que pour Tesla, il n’y a vraiment pas d’alternative. La majeure partie de la valeur boursière de 1 100 milliards de dollars de l’entreprise repose sur des éléments qui n’existent pas de manière significative, comme Optimus, et qui n’existeront probablement jamais si son dirigeant quitte l’entreprise. En d’autres termes, Musk a le monopole d’être Musk — et les monopoles ont tendance à générer des profits colossaux. Que cela plaise ou non, c’est ainsi que fonctionne l’économie.
“Musk a le monopole d’être Musk — et les monopoles ont tendance à générer des profits colossaux. Que cela plaise ou non, c’est ainsi que fonctionne l’économie”
Les investisseurs de Tesla voteront donc probablement oui. Il existe certes une autre préoccupation : qu’est-ce que cela signifie pour le monde lorsqu’un individu peut obtenir une prime équivalente à plus du double de l’or détenu à Fort Knox ? Une telle personne aurait accès à des actifs et à une influence difficiles à imaginer. Si les milliardaires remodèlent les rapports de force mondiaux, l’ère des billionnaires sera mouvementée.
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