Une “attaque directe” contre la France, un “symbole de violence sociale” et même, selon un détracteur, un doigt d’honneur… On peut affirmer sans risque que la tentative du Premier ministre français François Bayrou, le mois dernier, de supprimer deux des onze jours fériés du pays a fait l’effet d’une bombe.
Solution rapide et séduisante
Cette proposition faite dans le cadre du budget 2026 visait à stimuler la production et à combler une partie du déficit public abyssal avec deux jours de travail supplémentaires par an. “La nation tout entière doit travailler plus pour produire [plus]”, a déclaré François Bayrou, comparant le mois de mai, ponctué de quatre jours fériés, à un gruyère plein de trous.
Alors que les gouvernements du monde entier cherchent à combler les déficits publics et à stimuler la croissance, l’idée de réduire le nombre de jours fériés peut apparaître comme une solution rapide et séduisante. Au cours des dernières années, le Danemark et la Slovaquie ont tous deux choisi cette option.
“Le président Donald Trump annoncé deux nouveaux jours fériés pour commémorer la victoire des États-Unis dans les deux guerres mondiales, aucun d’entre eux n’impliquera de pause dans le travail”
Aux États-Unis, le président Donald Trump a marqué le Juneteenth, un nouveau jour férié fédéral commémorant la fin de l’esclavage [le 19 juin, ndt], en proclamant sur Truth Social qu’il y a “trop de jours fériés en Amérique. Cela coûte des MILLIARDS DE DOLLARS à notre pays de maintenir toutes ces entreprises fermées”. Bien qu’il ait lui-même annoncé deux nouveaux jours fériés pour commémorer la victoire des États-Unis dans les deux guerres mondiales, aucun d’entre eux n’impliquera de pause dans le travail car “il ne resterait pas assez de jours dans l’année”.
Impact négligeable sur la productivité et la croissance
Mais travailler plus permet-il réellement de produire plus ? François Bayrou a affirmé que la réduction du nombre de jours fériés, qui obligerait les Français à reprendre le travail à des dates telles que le lundi de Pâques et fête de la victoire du 8 mai 1945, permettrait de récolter environ 4,2 milliards d’euros. Cela représente près d’un dixième des 43,8 milliards d’euros d’économies prévues pour réduire le déficit de la France, le troisième plus important de l’UE après la Roumanie et la Pologne, selon Eurostat. Pourtant, l’Insee estime qu’un jour férié supplémentaire ne ferait augmenter le PIB que de 0,06 à 0,08 %, ce qui est négligeable.
“L’Insee estime qu’un jour férié supplémentaire ne ferait augmenter le PIB que de 0,06 à 0,08 %, ce qui est négligeable”
En Angleterre et au Pays de Galles, où le 25 août est l’un des huit jours fériés annuels, relativement peu nombreux, il a été constaté que les effets négatifs des jours fériés sur le PIB étaient en partie compensés par un “rebond” les mois suivants. De plus, si certaines entreprises peuvent être touchées négativement, d’autres, comme celles du commerce de détail et du tourisme, sont susceptibles de voir leur demande augmenter. Comme l’indique un briefing de la Chambre des communes de 2024, “il est difficile de mesurer les effets économiques associés à un jour férié supplémentaire”.
Les bienfaits du processus de récupération
Au niveau individuel, travailler plus longtemps n’est pas nécessairement propice à la productivité. Le repos est important, en particulier ce que les psychologues appellent les “processus de récupération”, loin du train-train quotidien.
“Pendant nos jours de repos, “Il y a un gain en termes de ressources, car nous retrouvons de l’énergie et de la motivation pour nous permettre de retourner au travail avec des batteries rechargées.””
Pendant nos jours de repos, “nous nous détachons du travail, donc nous n’utilisons généralement pas les parties de notre cerveau et de notre corps que nous sont utiles pendant le travail”, explique Michael Clinton, professeur de psychologie du travail au King’s College de Londres. “Il y a également un gain en termes de ressources, car nous retrouvons de l’énergie et de la motivation pour nous permettre de retourner au travail avec des batteries rechargées.” Il cite une étude de la psychologue Sabine Sonnentag, qui a interrogé des travailleurs et constaté que ceux qui se reposaient après le travail se sentaient plus proactifs et engagés le lendemain.
Ne pas se reposer suffisamment peut également être néfaste. Les recherches de Michael Clinton montrent que les gens ont une capacité de “self-control” limitée et que ceux qui l’épuisent au travail peuvent adopter des comportements dangereux par la suite – ils sont plus susceptibles de prendre des risques au volant, comme dépasser les limites de vitesse, par exemple.
Une question de principe
Au-delà du bien-être physique et mental, l’histoire récente nous montre que la suppression des jours fériés n’est pas la manœuvre politique la plus judicieuse.
La suppression du Grand Jour de la Prière au Danemark en 2023 a suscité une vive opposition. En France déjà, la tentative de 2005 de transformer le lundi de Pentecôte en une “journée de solidarité” travaillée afin de financer des actions en faveur des personnes âgées s’est heurtée à une résistance similaire. “La non-rémunération du travail est illégale”, a déclaré un représentant de la CGT, peu intimidé par Dieu. “Ce n’est pas aux employés de payer pour la négligence et le désengagement du gouvernement.”
““La non-rémunération du travail est illégale”, a déclaré un représentant de la CGT. “Ce n’est pas aux employés de payer pour la négligence et le désengagement du gouvernement.””
Après tout, c’est aussi une question de principe. En tant que citoyens respectueux des lois et travailleurs, nous avons droit à des jours de repos et de détente. Cela fait partie de ce contrat nébuleux que nous avons tous signé avec un service des ressources humaines invisible. Déficit budgétaire ou non, toute tentative de modifier les perceptions profondément ancrées du travail et des loisirs dans notre société – ainsi que des droits et des responsabilités – n’est jamais facile.
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