Déjeuner avec

Steve Bannon : "Trump va rester dans vos têtes pour longtemps"

L’ancien chef de la stratégie de la Maison-Blanche explique pourquoi les frappes contre l’Iran sont une victoire, puis évoque son séjour en prison et la mort du Parti démocrate

Steve Bannon : “Trump va rester dans vos têtes pour longtemps” Steve Bannon, ancien conseiller du président des États-Unis Donald Trump - © SIPA

Il n’est guère surprenant que Steve Bannon ait choisi Butterworth’s. Bien qu’il n’ait ouvert que l’année dernière, ce bistrot décalé de style français est déjà le lieu de prédilection des partisans de Maga [“Make America Great Again”, ndt]. Steve Bannon, dont le pied-à-terre en ville se trouve à quelques pâtés de maisons du Capitole, en est en quelque sorte le saint patron.

On n’attendait rien de moins de cet ancien porte-parole de Donald Trump, parrain du populisme nationaliste américain qu’il promeut auprès de ses homologues d’extrême droite occidentaux. L’ancien protégé de Steve Bannon, Raheem Kassam, journaliste britannique d’extrême droite et ancien conseiller de Nigel Farage, est le copropriétaire des lieux. Les sénateurs républicains, les influenceurs pro-Trump et les membres de l’administration Trump viennent ici pour se montrer. Pourtant, son décor est à mille lieues du faste de Mar-a-Lago [immense propriété de Donald Trump, dont il a également fait un club privé, ndt], sur le golfe de Floride.

Au milieu des abat-jour à pompons, du papier peint rétro, d’un portrait de la reine Elizabeth II et de pots de lierre suspendus se trouve une table d’angle où mon invité s’assoit toujours pour déjeuner – “le coin de Bannon”, comme l’appelle le gérant. Une musique jazz discrète, presque soporifique, est jouée en fond sonore.

À la table voisine, un jeune homme corpulent en nœud papillon discute d’un ton sérieux avec son compagnon de table de la présence de l’Opus Dei sur YouTube. Ce n’est pas une conversation typique de Washington, me dis-je.

Revirement sur les frappes contre l’Iran

Steve Bannon arrive à l’heure après avoir profité, en cette fin juin, du sauna extérieur. L’ancien chef de la stratégie de Donald Trump, qui s’est autoproclamé gardien de la flamme de Maga avec son podcast quotidien ‘War Room’, est comme à son habitude tout de noir vêtu : veste, chemise et pantalon.

Le visage buriné de Steve Bannon, âgé de 71 ans, a connu des jours meilleurs. Il en a aussi connu de pires. L’année dernière, il a passé quatre mois en prison pour outrage au Congrès, après avoir refusé de coopérer à l’enquête sur l’assaut du Capitole américain du 6 janvier 2021. Il a échappé à une peine plus longue en plaidant coupable pour avoir détourné des fonds pour We Build the Wall, son organisation à but non lucratif. Son séjour en prison l’a dégoûté de la viande, qu’il n’a plus touchée pendant près d’un an. “C’était ce qu’on donne aux animaux”, relève-t-il en parlant de la nourriture de la prison. Je pose une question naïve : “Vous êtes-vous plaint ?” Il rit. “Les prisons ne demandent pas l’avis de leurs clients.”

“La ‘guerre de 12 jours’ est une victoire écrasante : nous avons vaincu les néoconservateurs et les partisans d’‘Israel First’”

Je veux savoir ce que Steve Bannon pense de l’Iran. Nous nous rencontrons quelques jours après que Donald Trump a lancé des ogives de 13 tonnes sur les sites d’enrichissement [d’uranium] iraniens. Deux jours avant que le président ne passe à l’action, Steve Bannon a fait de son mieux pour l’empêcher de donner cet ordre, lors d’une réunion d’une heure dans le Bureau ovale. Bien que mon invité reste discret sur la fréquence de ses conversations avec Donald Trump, soulignant plutôt que ce dernier regarde souvent des extraits de son émission, il reste dans l’étroite orbite du président américain.

Parfois, ils discutent. Steve Bannon pensait avoir contribué à dissuader Donald Trump de lancer ces frappes. Le soutien des États-Unis à Israël allait raviver les “guerres éternelles” auxquelles Donald Trump avait promis de mettre fin. Les rumeurs d’une fracture entre ceux qui, comme Steve Bannon, s’opposaient à toute action militaire américaine au Moyen-Orient (“les modérés”) et ceux qui prônaient un changement de régime en Iran (“les néoconservateurs”) sont allées bon train.

Les spéculations sur une scission au sein de la coalition de Donald Trump se sont tues depuis. Aujourd’hui, pour Steve Bannon, ces frappes “ponctuelles” constituent une victoire. Je lui demande ce qui l’a fait changer d’avis. Il adhère à l’affirmation de Donald Trump selon laquelle le programme nucléaire iranien a été “anéanti”, malgré des renseignements très divergents sur ce point. “La ‘guerre de 12 jours’ est une victoire écrasante : nous avons vaincu les néoconservateurs et les partisans d’‘Israel First’, dit-il. Je suis un fervent partisan d’Israël, mais depuis le début, c’est Israël qui a pris toutes les décisions.” Je reste sceptique. Je lui demande ce qui lui laisse penser que les frappes de Donald Trump vont marquer la fin de l’engagement américain.

Nous faisons une pause lorsque le serveur arrive pour prendre notre commande. Il n’y a que de l’eau gazeuse. “Quel genre d’établissement est-ce donc ?” plaisante mon invité. On s’empresse de nous dénicher une bouteille d’eau plate. Je prends un Coca Light. Je sais qu’il vaut mieux ne pas proposer de vin. Steve Bannon n’a pas bu une goutte d’alcool depuis des décennies. Il suggère que nous partagions en entrée des frites cuites dans de la graisse de bœuf et du hachis de canard. Ce dernier plat est servi avec un gros œuf au plat. “Je suis irlandais, il me faut mes pommes de terre”, dit-il en cherchant des glucides entre le canard et l’œuf, qu’il alterne avec des frites.

Une manipulation par Israël ?

Je rappelle à Steve Bannon qu’il s’apprêtait à me dire pourquoi il pensait que la guerre avec l’Iran était terminée. Il fait une comparaison avec le cinéma. Dans la bouche de cet ancien investisseur à Hollywood (il touche toujours des royalties pour ‘Seinfeld’, la sitcom culte), les références cinématographiques fusent. Israël s’est servi d’un “MacGuffin”, dit-il. Je lui demande ce que c’est. Il m’explique qu’il s’agit d’un élément qui fait avancer l’intrigue, mais qui n’a aucun rapport avec l’histoire. Par exemple, le faucon ne joue aucun rôle dans ‘Le Faucon maltais’, un classique.

Le programme nucléaire iranien est le MacGuffin d’Israël, assure Steve Bannon. En accord avec les services de renseignement américains, il estime que l’Iran n’était pas plus près d’une percée qu’auparavant. Le véritable objectif d’Israël était un changement de régime, dit-il. En d’autres termes, Benjamin Netanyahou “s’est joué” de Donald Trump. Aujourd’hui, selon Steve Bannon, le président américain a rendu la pareille à Israël en frappant un grand coup contre les sites iraniens, puis en imposant un cessez-le-feu.

“Les premières frappes israéliennes ont tué tous [ou presque tous] les négociateurs. Bon sang, est-ce l’équipe de négociation que vous visez en premier ?”

“Ce qui m’a énervé, c’est que les Israéliens nous aient mis dans cette situation – c’était leurs renseignements et leur sentiment d’urgence à eux”, explique Steve Bannon. Parmi les premières cibles des frappes d’Israël figuraient les responsables iraniens avec lesquels les États-Unis tentaient de négocier un accord, ajoute-t-il. “Ce qui ressemble surtout à une décapitation, à mes yeux.” Je reste perplexe. Si Donald Trump savait qu’il était manipulé par Israël, pourquoi a-t-il accepté ?

Un homme élégamment vêtu d’un costume bleu, originaire de l’Alabama, nous interrompt. “Excellente interview avec le coach [Tommy Tuberville, sénateur républicain de l’Alabama et entraîneur], dit-il. Pourrions-nous nous voir demain ?” Steve Bannon décline poliment. “Nous pouvons nous parler au téléphone”, dit-il. Son téléphone n’arrête en effet pas de sonner pendant notre déjeuner. Il ne prend aucun appel. “Les gens qui me connaissent savent que je ne réponds pas au téléphone”, dit-il. Je le ramène à Donald Trump et à l’Iran.

Steve Bannon explique que la véritable menace qui pèse sur Donald Trump, et sur les États-Unis, vient de la Chine. Il m’expose une vision édouardienne de la géopolitique selon laquelle la puissance qui domine l’Eurasie, “île mondiale”, contrôle le globe [théorie du Heartland, exposée par H. J. Mckinder dans un article soumis en 1904 à la Royal Geographical Society britannique, ndt]. D’après mon invité, le véritable théâtre des opérations se trouve aujourd’hui dans le Pacifique. Toute guerre au Moyen-Orient, en particulier celle attisée par ce que Steve Bannon appelle “la machine de propagande de guerre de Rupert Murdoch sur Fox News”, ne serait qu’une diversion.

Peut-il m’expliquer encore une fois en quoi le bombardement de l’Iran indique que les États-Unis se tournent vers le Pacifique ? “Les premières frappes israéliennes ont tué tous [ou presque tous] les négociateurs, me répond-il. Steve Witkoff [le chef des négociations de Donald Trump] avait d’autres pourparlers prévus avec l’Iran. Maintenant, ils sont morts. Bon sang, est-ce l’équipe de négociation que vous visez en premier ?” Il ajoute que les bombardiers furtifs B-2 provenaient de la base occidentale de Guam, dans le Pacifique, ce qui envoyait un message à la Chine (en réalité, les B-2 ont décollé de la base aérienne de Whiteman dans le Missouri ; ceux de Guam étaient des leurres).

La fin de la guerre en Iran

Toujours peu convaincu, je soupçonne que l’objectif de Steve Bannon est de conforter Donald Trump dans sa déclaration que la guerre est finie. Il ajoute que les Israéliens et Fox News ont tenté de “survendre” l’idée d’un changement de régime au président américain en affirmant que certains équipements nucléaires iraniens avaient résisté aux bombes anti-bunkers américaines – ce qui aurait ouvert la voie à une dérive de la mission. “Peu importe ce que [Rupert] Murdoch et Bibi [Netanyahou] veulent vous faire croire, Donald Trump a anéanti le programme iranien, insiste Steven Bannon. Maintenant, ils essaient de lui vendre plus. ‘Puisque vous avez acheté la voiture, que diriez-vous de la direction assistée ?’”

“Fox c’est de la pure propagande de guerre. Il a fallu 18 mois pour construire le récit sur l’Irak. Pour l’Iran, 18 heures ont suffi.”

Je persévère : qu’est-ce qui le rend si sûr que Donald Trump n’est pas intéressé par cette direction assistée ? “Je le crois quand il dit que la guerre est finie.”

Le serveur est de retour. Bien que déjà riche en glucides, notre déjeuner n’est pas terminé. Je commande un sandwich à la merguez pour l’ingrédient principal, une saucisse d’agneau maison. Steve Bannon choisit le steak avec des œufs. “Je veux juste goûter, dit-il. Vous direz bien à vos lecteurs que je ne l’ai pas fini ?” Il explique qu’il est revenu à la viande rouge il y a un mois parce qu’il se sentait anémié.

Je soulève une dernière fois la question de l’Iran : “qu’est-ce qui vous rend si confiant dans l’abandon par Téhéran de ses ambitions nucléaires ?” Steve Bannon élude la question en parlant de Fox News. Il me rappelle que Rupert Murdoch a menacé de faire de Donald Trump une “non-personne” après l’assaut du 6 janvier. Selon mon invité, le magnat des médias n’est pas plus l’ami de Donald Trump aujourd’hui qu’il ne l’était alors. “Fox [News] devrait faire l’objet d’une enquête pour violation de la loi Fara [Foreign Agents Registration Act, loi américaine obligeant à déclarer toute activité politique au nom d’un gouvernement étranger, ndt] – c’est de la pure propagande de guerre, dit-il. Vous reprenez littéralement le scénario de l’Irak. Il a fallu dix-huit mois pour construire le récit sur l’Irak. Pour l’Iran, dix-huit heures ont suffi.”

Sentant que Steve Bannon ne détient pas la clé de la philosophie guerrière de Trump, je change de sujet.

Zohran Mamdani et le séjour en prison

Deux jours avant notre rencontre, Zohran Mamdani, un musulman américain de 33 ans surgi de nulle part, a battu le grand nom du Parti démocrate, Andrew Cuomo, devenant ainsi le candidat démocrate à la mairie de New York.

La victoire de Zohran Mamdani est le coup le plus dur porté aux démocrates depuis la défaite de Kamala Harris face à Donald Trump en novembre dernier. Je demande à Steve Bannon ce que révèle cette victoire. J’ajoute que le diagnostic de Zohran Mamdani sur la crise du logement à New York ressemble beaucoup à la description que lui-même fait de celle des États-Unis. Tous deux semblent d’accord à 70 %. “À 50 %”, corrige mon invité. “C’est encore beaucoup.” Sur quoi tombent-ils d’accord, par exemple ? “La politique aujourd’hui est une question d’authenticité”, répond-il.

“Le Parti démocrate traditionnel est mort. [Zohran] Mamdani l’a fait exploser.”

“La campagne de Zohran Mamdani était l’équivalent actuel de celle de Barack Obama. Il se promenait dans les rayons des supermarchés en discutant sur TikTok.” Il a accepté toutes les demandes d’interview et s’est appuyé sur une mobilisation locale. Andrew Cuomo était connu, sa campagne avait récolté près de 40 millions de dollars et obtenu le soutien de Bill Clinton. Ses apparitions étaient soigneusement préparées. “Le Parti démocrate traditionnel est mort, déclare Steve Bannon. [Zohran] Mamdani l’a fait exploser.”

Partage-t-il l’opinion des conservateurs selon laquelle ce socialiste assumé, partisan de la cause palestinienne, est une bénédiction pour Donald Trump ? Steve Bannon secoue la tête. “On verse plus de larmes pour les prières exaucées que pour celles qui ne le sont pas, répond-il. [Zohran] Mamdani peut mobiliser les gens… Le populisme est l’avenir de la politique.”

Je suis curieux de savoir en quoi le fait de cohabiter avec des criminels a pu influencer sa théorie du populisme. Je ne peux oublier l’image de Steve Bannon se rendant en prison avec un ‘Financial Times’ sous le bras – une scène peu commune. Mon invité considère ce journal comme le grand gourou du mondialisme. Ce qui l’a initialement attiré vers le populisme, c’est un investissement dans les jeux vidéo à la fin des années 2000. Cela lui a ouvert les yeux sur un univers en ligne où se déchaînait une testostérone politiquement inexploitée, et souvent enragée. Si la politique découle de la culture, comme le croit Steve Bannon, comment son séjour en prison a-t-il influencé sa vision des choses ?

Mon invité me propose un morceau de son steak, à peine entamé, que je refuse. Je n’aime pas le steak, lui dis-je. Lui non plus, semble-t-il. Il raconte qu’il y avait 84 hommes dans son quartier, qui ne comptait que deux douches. L’établissement pénitentiaire fédéral de Danbury, dans le Connecticut, a été construit il y a près d’un siècle et est aujourd’hui surpeuplé. “J’avais 70 ans quand je suis arrivé et c’était très dangereux, raconte-t-il. Si je n’étais pas passé par l’école militaire puis la marine, je n’aurais peut-être pas tenu… C’est incroyablement désorientant, les portes en acier, les mouvements contrôlés. Chaque seconde de chaque jour, vous devez être totalement concentré et vigilant. Par exemple, ne jamais parler à un flic [un surveillant pénitentiaire] quand vous êtes seul.”

“Le populisme est l’avenir de la politique.”

Pour s’occuper, Steve Bannon a enseigné l’éducation civique. Il dit que ses élèves étaient assoiffés de connaissances. Il s’est concentré sur la Constitution américaine. De toute évidence, sa pédagogie a été empreinte de l’esprit Maga, car il ne cesse de faire référence aux pouvoirs conférés au président américain par l’article II, dont il fait une lecture “maximaliste” qui donne à Donald Trump toute licence pour se comporter en autocrate.

Ce qui l’a le plus frappé, dit-il, c’est le mépris des Hispaniques et des Afro-Américains pour le Parti démocrate. “Ils détestent les démocrates, assure-t-il. Ils savent que le parti est dirigé par des élites bardées de diplômes et décadentes, soutenues par de riches donateurs, avec en bas de l’échelle des prolos syndiqués desquels elles font semblant de se soucier.”

Bien que cette observation, bien dans son style, manque de nuance – une grande majorité des électeurs noirs et un peu plus de la moitié des Hispaniques ont voté pour Kamala Harris –, la tendance qu’il pointe n’est pas fausse : Donald Trump attire beaucoup plus d’électeurs non blancs qu’auparavant.

Réforme pénitentiaire discutable

Quoi qu’il en soit, Steve Bannon est désormais un fervent partisan de la réforme pénitentiaire. Il estime qu’environ un quart de ses codétenus étaient des délinquants non violents condamnés pour des infractions liées à la drogue. Aucun d’entre eux ne méritait d’être enfermé.

Depuis sa libération, il s’est associé à Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, et à Peter Navarro, conseiller au commerce du président qui a lui aussi fait de la prison, pour faire avancer la réforme pénale et pénitentiaire. “La prison m’a beaucoup influencé”, affirme-t-il. La plupart de ses élèves partageaient son opinion : les élites libérales américaines et Wall Street sont favorables à l’immigration parce que la concurrence salariale leur plaît. “S’il faut choisir entre l’incarcération et l’expulsion, je choisis l’expulsion”, ajoute mon invité.

“S’il faut choisir entre l’incarcération et l’expulsion, je choisis l’expulsion.”

Aussi percutant que puisse paraître le compromis présenté de Steve Bannon, je pense qu’il est faux. Je fais remarquer que beaucoup de gens adhèrent à son discours sur l’injustice de l’économie américaine de la même manière qu’ils le font avec celui de Mamdani. De même que Steve Bannon respecte les méthodes de ce dernier mais déteste ses remèdes, un partisan de gauche peut partager la colère de Bannon contre la ploutocratie, mais rejetter ses politiques.

Outre l’injustice flagrante que constituerait la suspension de l’habeas corpus [qui garantit que toute personne arrêtée a le droit d’être rapidement présentée devant un juge afin que la légalité de sa détention soit examinée, ndt], que mon invité ne cesse de réclamer, pense-t-il vraiment que bafouer le droit à un procès équitable réglera les problèmes économiques de l’Amérique ? La tentative de diversion paraît dangereuse. J’ajoute que sa théorie du complot sur “l’élection volée” de 2020 me semble encore plus farfelue. “Je dois vous montrer les preuves”, réplique Steve Bannon du ton d’un conspirateur. “Vous plaisantez, n’est-ce pas ?” lui dis-je. “Non, non, j’essayais juste d’être poli parce que je sais que vous êtes sceptique”, répond-il.

Donald Trump, leader historique

Nous avons tous les deux commandé un double expresso. “Ah, un vrai café !” s’exclame-t-il avec la conviction d’un ancien détenu. Je pense qu’il serait négligent de ne pas évoquer le “grand et beau projet de loi” de Donald Trump qui favorise les ploutocrates au détriment des cols-bleus partisans de Steve Bannon. Ce projet prévoit des réductions d’impôts financées en grande partie par des coupes importantes dans le programme Medicaid et les bons alimentaires. Elon Musk n’a-t-il pas de quoi être plus satisfait que Steve Bannon de ce projet de loi ? “Qui ?” demande mon invité, feignant la surprise à la mention de l’ancien favori de Donald Trump aujourd’hui en disgrâce. “Écoutez, je déteste les gens de la tech, dit-il. Mais nous sommes dans une coalition.”

“[Donald] Trump ne partira pas Il restera pour longtemps dans vos têtes.”

Steve Bannon ne semble pas disposé à critiquer Elon Musk, bien qu’il ait récemment qualifié le milliardaire sud-africain d’immigrant illégal qui devrait être expulsé. Il a également exhorté le président à enquêter sur la consommation présumée de drogue du patron de Tesla.

Donald Trump se présentera-t-il pour un troisième mandat en 2028 ? Steve Bannon jure qu’il ne se contentera pas de se présenter, mais qu’il gagnera, bien qu’il refuse d’expliquer comment ce serait légalement possible. Ignorant mon incrédulité, il insiste : il doit “dire aux lecteurs du ‘Financial Times’ quelque chose qu’ils ne veulent pas entendre”. Son message est que Donald Trump est le troisième leader historique des États-Unis. Le premier a été George Washington, qui a fondé la république. Le deuxième a été Abraham Lincoln, qui l’a sauvée. Donald Trump est en train de lui redonner vie. “[Donald] Trump ne partira pas, affirme Steve Bannon. Il restera pour longtemps dans vos têtes.” Sur ce point, lui et moi sommes d’accord.

Plus de deux heures se sont écoulées. Il est temps de rejoindre l’enfer extérieur. “J’ai été à la hauteur ?” demande Steve Bannon alors que nous sortons. Je viens de discuter avec l’un des hommes auxquels la démocratie libérale doit ses pires cauchemars. Ma réponse est interrompue par un passant qui lui demande de poser pour un selfie. Le SUV de Steve Bannon, conduit par un chauffeur, ronronne à proximité. La prison est désormais loin derrière lui.

Edward Luce, FT

Butterworth’s
319 Pennsylvania Ave SE, Washington DC, 20003

Frites : 12 $
Hachis de canard : 21 $
Steak et œufs : 28 $
Sandwich à la merguez : 21 $
Eau plate, Coca Light et doubles expressos offerts
Total (taxes et pourboires inclus) : 111,30 $ (95,02 €)

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