Libre opinion,
par Hamid Enayat, politologue
Alors que les indicateurs macroéconomiques iraniens passent un à un au rouge, les rapports officiels et internationaux alertent sur une récession persistante, une inflation incontrôlée, une fuite massive des capitaux, la dévaluation du rial (monnaie officielle iranienne) et des tensions sécuritaires grandissantes. Ce rapport propose une analyse approfondie de cette situation critique.
Dans un article consacré à la dynamique de croissance en Iran, le journal SAMT souligne que celle-ci dépend de plusieurs facteurs essentiels : un environnement économique stable, une bonne gouvernance, l’accès à la technologie et des mécanismes de financement efficaces.
“Le scénario le plus pessimiste prévoit un taux de change atteignant 1 650 000 rials pour un dollar et une inflation s’envolant à 90 %. Ce scénario est jugé le plus plausible compte tenu du climat politique actuel”
Or, selon le journal, tous ces moteurs sont actuellement à l’arrêt. La croissance économique iranienne est paralysée à tous les niveaux.
Après l’activation du mécanisme de déclenchement (snapback) [du retour des sanctions, ndlr], la chambre de commerce d’Iran a publié un rapport intitulé ‘Les impacts économiques du retour des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU’. Trois scénarios y sont envisagés pour 2025 : optimiste, probable et pessimiste.
Le point commun entre tous : une croissance négative.
Le scénario le plus pessimiste prévoit un taux de change atteignant 1 650 000 rials pour un dollar et une inflation s’envolant à 90 %. Ce scénario est jugé le plus plausible compte tenu du climat politique actuel.
Réaction sécuritaire aux prévisions économiques
Suite à la publication du rapport, les services de renseignement des gardiens de la révolution (Sepah) ont convoqué, le 6 septembre, plusieurs membres du département des affaires internationales de la chambre de commerce pour interrogatoire.
En parallèle, le quotidien ‘Hamshahri’, lié à la mairie de Téhéran, a accusé la chambre de propager l’“agitation”, affirmant que ce type de données pouvait alimenter l’instabilité du marché.
En réponse, le Centre de recherche de la chambre de commerce a désavoué le rapport.
Dans le même temps, le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique a envoyé une directive confidentielle aux médias, leur enjoignant de réduire drastiquement leur couverture sur le mécanisme de snapback, et d’éviter les titres ou commentaires jugés “émotionnels, alarmistes ou provocateurs”, pour préserver la stabilité psychologique de la société.
Une lettre confidentielle du ministère des Renseignements révèle que les autorités iraniennes redoutent, plus qu’elles ne l’admettent publiquement, les conséquences de ce mécanisme.
Cependant, Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères, a affirmé que ces conséquences avaient été exagérées et amplifiées dans l’opinion publique.
Selon SAMT, un économiste estime qu’éviter une croissance négative constitue, dans les circonstances actuelles, un résultat acceptable.
Les chiffres du Centre statistique d’Iran indiquent que la croissance à l’automne 2024 n’a été que de 1,6 %, le niveau le plus bas depuis l’hiver 2020.
Le secteur du logement, autrefois moteur de l’économie, est frappé de plein fouet par l’instabilité politique, la baisse du pouvoir d’achat, la pénurie d’eau et les affaissements de terrain.
Dans son dernier rapport, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit pour 2025 une croissance proche de zéro (0,3 %) et une inflation de 43,3 %.
Ces prévisions reposent sur des données officielles iraniennes, notamment celles de la banque centrale, et supposent un scénario optimiste.
La sécheresse attendue dans le secteur agricole et les interruptions d’activité liées aux coupures d’énergie affaiblissent encore davantage la productivité.
En 2024-2025, au moins une province a été fermée pendant 72 jours ouvrables en raison de pénuries de gaz ou d’électricité.
Le ministre de l’Énergie a averti que l’année 2025 sera encore plus difficile.
D’après des estimations indépendantes, chaque jour de fermeture coûte environ 50 000 milliards de rials à l’économie, soit un lourd fardeau pour un PIB estimé à 405 milliards de dollars.
Malgré un excédent commercial ces dernières années, la fuite des capitaux se poursuit.
Selon la banque centrale, 14 milliards de dollars ont quitté le pays au cours des neuf premiers mois de l’année dernière, contre 20 milliards l’année précédente.
Le FMI prévoit une baisse de 16 % des exportations iraniennes en 2025 (à 100 milliards de dollars) et une réduction de 10 % des importations (à 98 milliards), ramenant l’excédent commercial à seulement 2 milliards, contre 10 milliards un an plus tôt.
Le PIB nominal, qui mesure la taille réelle de l’économie en dollars courants, est un indicateur révélateur : selon le FMI, il tombera à 341 milliards de dollars en 2025, soit une baisse de 60 milliards en un an.
“En 2000, l’économie iranienne dépassait celles de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des Émirats arabes unis. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite pèse trois fois plus, la Turquie quatre fois, et les Émirats 1,6 fois plus que l’économie iranienne”
La cause principale ? La dévaluation du rial, qui a perdu la moitié de sa valeur en 2024.
Même si les chiffres en prix constants (année de référence : 2016) semblent stables, la réalité est bien différente : l’économie iranienne se contracte.
En 2000, l’économie iranienne dépassait celles de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des Émirats arabes unis.
Aujourd’hui, l’Arabie saoudite pèse trois fois plus, la Turquie quatre fois, et les Émirats 1,6 fois plus que l’économie iranienne.
Vers une instabilité sociale majeure ?
Face à l’aggravation des crises économiques, le risque d’un nouveau soulèvement populaire est désormais pris au sérieux par les autorités.
Plusieurs avertissements internes ont été lancés, notamment après les mouvements de 2019 et 2022.
Le 31 mars 2025, Ali Khamenei a désigné les “séditieux intérieurs” comme l’ennemi principal, visant directement les mouvements de contestation que les services de sécurité attribuent à des groupes d’opposition, notamment les unités de résistance affiliées aux Moudjahidines du peuple, actives lors des soulèvements de 2018 et 2022.
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