Opération Blitz

La guerre de Chicago aura-t-elle lieu ?

La menace de Trump d’envoyer la Garde nationale pour “nettoyer la ville” a avant tout des visées électorales en pointant l’insécurité, point faible des démocrates

La guerre de Chicago aura-t-elle lieu ? Policiers lors d'une manifestation pour les droits des migrants et réfugiés, à Chicago, le 6 septembre 2025 - © SIPA

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Anne Toulouse

Donald Trump, qui veut rebaptiser le ministère de la Défense “ministère de la Guerre”, va-t-il inaugurer celle-ci contre l’une des plus grandes villes de son propre pays : Chicago ? On aurait pu le penser lorsqu’il a posté sur son réseau social une séquence empruntée à ‘Apocalypse now’ dans laquelle on voit des hélicoptères de l’armée tournoyer au-dessus du célèbre paysage de gratte-ciel autour du lac Michigan. “Il faut nettoyer Chicago, c’est l’une des villes les plus dangereuses du monde” affirme le président. Il menace d’envoyer la Garde nationale “nettoyer la ville” et vient d’y dépêcher la police de l’immigration (ICE) dans une opération au nom évocateur, “blitz” [bombardement, ndlr]. “Le président veut occuper notre ville” s’indigne le maire de Chicago Brandon Johnson, qui partage au moins une chose avec Donald Trump : son impopularité locale. Sa cote d’opinions favorables tourne autour de 10 % des habitants de sa ville.

Au-delà de la polémique politique, la dangerosité des villes américaines justifie-t-elle une intervention fédérale ? Seules les statistiques peuvent rationaliser les passions.

Comme toujours, Donald Trump justifie la définition que j’ai entendue sur une télévision américaine, sans me souvenir de son auteur : “il est très bon pour diagnostiquer les problèmes mais moins bon pour y remédier”. Au-delà de la polémique politique, la dangerosité des villes américaines justifie-t-elle une intervention fédérale ? Seules les statistiques peuvent rationaliser les passions.

Indignation sélective

Le grand argument des adversaires de Donald Trump est “la criminalité est en recul”. Certes, mais à partir de quoi ? Par exemple l’année dernière, le nombre de meurtre à Chicago avait baissé de 11 %, mais il restait tout de même à 17 homicides pour 100 000 habitants, soit près du triple de la moyenne nationale et 11 fois plus que Paris. Chicago n’est pourtant pas la ville la plus dangereuse des États-Unis, titre qui revient à Birmingham, Alabama, avec le chiffre sidérant de 58 meurtres pour 100 000 habitants. Donald Trump n’a pas évoqué l’éventualité d’y envoyer la Garde nationale, d’où l’accusation d’avoir l’indignation sélective lorsqu’il s’agit de réprimer la violence, comme on l’a vu lorsqu’il a gracié les émeutiers du 6 janvier 2021. L’Alabama est un État républicain, comme le Missouri, qui abrite un autre point chaud du crime, la ville de Saint-Louis. Il faut cependant savoir que la police locale relève des municipalités qui, dans les grandes villes, sont quasi universellement démocrates. C’est par exemple le cas de la capitale, Washington, l’autre cible de Donald Trump, où le crime est effectivement en recul : le nombre d’homicide, qui était de 39,4 pour 100 000 habitants en 2023, est “tombé” à 27,3 en 2024 (contre 1,5 pour Paris ou Londres). Il suffit de regarder les informations régionales, comme je le fais quand je suis à Arlington (1,1 meurtre pour 100 000 habitants !), pour comprendre que tout ne va pas pour le mieux de l’autre côté du Potomac.

Le cœur du problème est purement électoral. Si l’économie venait à ne pas tenir ses promesses, le talon d’Achille des démocrates est la sécurité. Nous sommes déjà en campagne pour les élections à mi-mandat de 2026.

Approche purement électorale

On ne pourrait que féliciter Donald Trump si ses motivations étaient de rassurer les mères de famille qui ont peur que leurs enfants prennent une balle perdue sur le chemin de l’école, mais le cœur du problème est purement électoral. Si l’économie venait à ne pas tenir ses promesses, le talon d’Achille des démocrates est la sécurité. Nous sommes déjà en campagne pour les élections à mi-mandat de 2026. Le mois dernier, un sondage (Reuters/Ipsos) montrait que 38 % des personnes interrogées préféraient l’approche des républicains dans ce domaine, contre 22 % celle des démocrates ; on voit que le score le plus fort est celui de ceux qui ne font confiance ni aux uns ni aux autres !

Le problème est donc là et le débat tourne autour de la réponse. L’envoi de la Garde nationale est juridiquement contestable et contesté, puisqu’il est généralement la prérogative des gouverneurs. L’État fédéral ne la déploie qu’en cas de catastrophe ou d’extrême urgence. L’opposition argue que l’argent dépensé pour la faire intervenir localement pourrait être utilisé pour recruter des policiers professionnels… encore faut-il les trouver. Le mouvement de contestation contre la police qui a suivi le meurtre de George Floyd par un policier en 2020, conjugué avec un taux de chômage bas, a suscité une crise des vocations. À tel point que les grandes villes américaines se font une concurrence sauvage pour attirer des candidats. Par exemple, la ville de Seattle, dans l’État de Washington, offre une prime de 30 000 dollars à ceux qui viennent d’un autre endroit et de 7 500 dollars aux recrues locales, et ses policiers ont un salaire de départ annuel de 83 000 dollars et de nombreux avantages sociaux. Malgré cela elle est en sous-effectifs.

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