Contretemps en série

La malédiction des seconds mandats

Donald Trump n’a plus que trois mois pour redresser la barre s’il ne veut pas qu’il pleuve sur sa parade du 4 juillet

La malédiction des seconds mandats © Pau Casals/Unsplash

Trump power 2,
Anne Toulouse

Aucun président américain ne se sent complet s’il n’a été réélu. Le second mandat, même s’il n’est pas consécutif, est une sorte de validation de ses œuvres précédentes. Malheureusement, c’est généralement là que les déboires suivent de près le triomphe. Sans aller jusqu’à être assassinés, comme Lincoln, les vainqueurs peuvent partir en disgrâce, comme Nixon et à un moindre degré Clinton, où voir toutes leurs ambitions s’effondrer comme Woodrow Wilson. Frappé simultanément par l’échec de sa Société des Nations et par un AVC, ce dernier était tellement diminué à la fin de sa présidence que l’on se demande toujours qui gouvernait le pays à ce moment-là.

L’Iran semble avoir pris son équipe par surprise. Il faut dire que de vrais professionnels ont quitté le Pentagone pour faire place à des loyalistes, qui ne sont pas forcément de grands stratèges.

Donald Trump, qui rêvait d’un début de second mandat triomphal où ses 80 ans coïncideraient avec le 250e anniversaire de l’Indépendance, sans compter la Coupe du monde de football, voit les obstacles surgir de tous côtés. Le plus visible est l’Iran, qui semble avoir pris son équipe par surprise. Il faut dire que beaucoup de vrais professionnels ont quitté le Pentagone pour faire place à des loyalistes, qui ne sont pas forcément de grands stratèges. On a vu récemment la faiblesse d’équipes constituées sur ces critères avec le limogeage de Kristi Noem, l’équivalent d’un ministre de l’Intérieur : sa gestion maladroite et brutale des expulsions d’immigrants illégaux a réussi à dresser l’opinion contre l’un des projets porteurs de la campagne de Donald Trump. Les méthodes de la police d’immigration, la fameuse ICE, provoquent de façon inattendue une crise dans les aéroports, et les démocrates refusent de voter la loi qui la finance tant qu’elle ne sera pas réformée. En attendant un dénouement, le budget de plusieurs services de sécurité est bloqué, dont celui des agents de sécurité des aéroports qui, n’étant pas payés depuis des semaines, font le service minimum. Dans certains aéroports, les files d’attente s’étendent jusqu’au parking.

Double peine pour la base électorale

Les automobilistes sont également furieux à chaque fois qu’ils font le plein, le carburant a atteint 4 dollars le gallon depuis le début des frappes en Iran. Une double conversion nous apprend que cela représente 90 centimes d’euros le litre, ce qui ferait le bonheur des Européens, mais les réservoirs des voitures américaines sont grands, les distances aussi. Le prix des carburants va se répercuter sur l’inflation, qui s’est déjà par avance répercutée sur l’absence de la baisse attendue des taux d’intérêt. Si les adversaires du président sont sur le petit nuage d’une victoire électorale déjà anticipée lors des élections de mi-mandat, sa base a l’impression de subir une double peine, financière et idéologique. Donald Trump leur avait promis “America first”, pas “America partout”. On n’a pas beaucoup entendu ces derniers temps le vice-président, J.D. Vance, proche de cette base isolationniste et connu pour sa méfiance des opérations militaires extérieures.

Si les adversaires du président sont sur le nuage d’une victoire déjà anticipée lors des élections de mi-mandat, sa base a l’impression de subir une double peine, financière et idéologique.

On a en revanche beaucoup parlé du directeur du contre-terrorisme, Joe Kent, qui a choisi de démissionner en arguant que la guerre contre l’Iran n’était pas basée sur des menaces crédibles mais sur les pressions d’Israël. Le messager a quelque peu tué le message, Joe Kent faisant partie de la frange ouvertement antisémite de l’extrême droite, comme en témoigne sa lettre de démission où il fait l’amalgame “le lobby israélien” et la presse. On peut surtout se demander ce qu’il faisait à ce poste.

Après avoir fait face à ces contretemps en insultant ses adversaires ou tout simplement ceux qui ne le suivent pas aveuglément, Donald Trump n’a plus que trois mois pour redresser la barre s’il ne veut pas qu’il pleuve sur sa parade d’anniversaire du mois de juillet.

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