Par Benoît Collet
Discret derrière ses hauts murs d’enceinte, il se mourait à petit feu. En plein cœur de Châtenay-Malabry, un discret jardin à l’anglaise dessiné par le paysagiste Louis-Sulpice Varé à la fin du XIXe siècle, s’enfrichait depuis des décennies. Jusqu’à ce que le département des Hauts-de-Seine ne le rachète pour 14 millions d’euros en 2024 dans le cadre de sa stratégie “nature”.
Lors du chantier, le département a dû jongler entre les impératifs écologiques et la préservation du patrimoine.
Ces derniers mois, la collectivité territoriale a entrepris les travaux de restauration des huit hectares du parc, longtemps occupé par le Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (Creps) et fermé au public. Depuis le 4 août dernier, le département des Hauts-de-Seine l’a rouvert aux visiteurs.
Classé aux monuments historiques, le parc arbore cinq arbres remarquables datant du XIXe siècle dont un hêtre pourpre, un pin de Corse et un platane d’Orient à quatre troncs. Les plans d’eau alternent avec les pelouses, les prairies et les sous-bois où les promeneurs peuvent croiser des oies, des écureuils et des renards. La nuit, les chauves-souris ont fait du parc de la Roseraie leur domaine. Préservés de la fréquentation humaine et laissés en libre évolution, les écosystèmes sont devenus un refuge pour la faune sauvage.
Pérenniser les biotopes
Les travaux de restauration entrepris par le département ont vocation à pérenniser ces biotopes, tout en les faisant coexister avec les visites du public et la sauvegarde du patrimoine. Certains espaces ont aussi été rendus inaccessibles au public afin de les préserver, comme l’un des trésors naturalistes du parc, une prairie mésoxérophile (sol frais à sec, avec des sols drainants et sableux) sur laquelle s’épanouit une flore de graminées assez rares en Ile-de-France.
Les services départementaux ont commencé par sécuriser le site et réaliser une étude phytosanitaire des 1 000 arbres qu’abrite le parc. “Nous avons laissé du bois mort au sol, très propice aux batraciens. Nous avons coupé des arbres à cinq mètres de haut pour permettre aux chauves- souris d’y faire leurs nids, prend en exemple Éric Goulouzelle, directeur des parcs, des paysages et de l’environnement au département des Hauts-de-Seine. Je ne suis pas sûr que le propriétaire de l’époque aurait apprécié de voir des arbres coupés à cinq mètres de haut. Mais nous avons considéré que cela favorisait la biodiversité sans pour autant dénaturer la physionomie du parc”, poursuit le paysagiste de formation.
Pour recréer l’ambiance bucolique telle qu’elle existait à l’époque de Roland Gosselin, le propriétaire des lieux à la fin du XIXe siècle, le service départemental des parcs et des paysages s’est basé sur le plan original de Louis-Sulpice Varé. Lors du chantier, le département a dû jongler entre les impératifs écologiques et la préservation du patrimoine.
À l’avenir, la conservation de ce patrimoine vivant risque d’être bousculée par le réchauffement climatique.
Les hêtres roux, condamnés par les sécheresses
À l’avenir, la conservation de ce patrimoine vivant risque d’être bousculée par le réchauffement climatique. Les hêtres roux, qui donnent un cachet remarquable au parc de la Roseraie, sont par condamnés à la mort par les sécheresses à répétition. Éric Goulouzelle réfléchit dès aujourd’hui à l’essence qui pourrait les remplacer, sans trop modifier les perspectives paysagères savamment conçues par Louis-Supplice Varé. “Il nous faudra retrouver des arbres de grande hauteur dans ces teintes-là. Il s’agit d’un travail partenarial, conduit entre les architectes et les paysagistes.”
En attendant, le parc a vocation à montrer les richesses de la biodiversité locale à un public urbain. Le jour de l’inauguration, le 20 septembre prochain, des naturalistes feront découvrir les chauves-souris aux curieux.
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