75 - Politique

La voiture dans Paris au cœur des débats

À un an des municipales, l’adoption du plan local de mobilité a donné lieu à quelques passes d’armes

La voiture dans Paris au cœur des débats © SIPA

Par Anne Thiriet

La place de la voiture à Paris sera sans nul doute l’un des grands enjeux des municipales de 2026. Certains candidats ont déjà annoncé le programme. Le socialiste Emmanuel Grégoire a ainsi parlé de “changer de modèle” en sortant “de la dépendance à la voiture individuelle”. Rachida Dati (Changer Paris) n’a pas exclu, si elle est élue maire, de revoir les mesures limitant la place de l’automobile, comme la fermeture des voies sur berges, la rue de Rivoli réservée aux piétons, cyclistes et bus ou encore la zone à trafic limité en plein cœur de la capitale.

Maud Gatel (MoDem et Indépendants) parle d’un plan sans cohérence et pointe un “florilège d’actions qui n’ont fait l’objet d’aucun phasage et n’ont pas de budget alloué."

Ces divergences sur le sujet sont apparues une nouvelle fois lors du dernier Conseil de Paris, à l’occasion de l’adoption par la ville de son plan local de mobilité, qui vise justement à poursuivre les changements entamés. Les objectifs affichés sont notamment de diminuer significativement la circulation dans tous les quartiers de Paris quand c’est possible, de donner la priorité aux piétons, de faire de Paris une ville 100 % cyclable, d’améliorer les conditions de circulation des bus ou de favoriser le développement de l’autopartage.

David Alphand (Changer Paris) a sonné la charge. Taxant la majorité d’avoir une vision “manichéenne”, il a évoqué un sujet brûlant : la transformation du boulevard périphérique. “Nous pourrions être favorables à la baisse de la vitesse autorisée, à l’instauration d’une voie réservée au covoiturage [sur cet axe], si des études d’impact avaient été menées”, a avancé l’élu, dénonçant l’absence de données chiffrées sur les conséquences des changements.

Périphérique : “Vous avez décidé seuls”

Le représentant du groupe Changer Paris a rappelé que 1,2 million de véhicules empruntent tous les jours le périphérique et que “5 % seulement d’entre eux concernent uniquement Paris intra-muros. Pourtant vous avez décidé seuls (…) de l’avenir de cet axe francilien”, a-t-il fustigé. Selon lui, la seule volonté de l’exécutif à majorité socialiste est de “décourager l’accès des voitures à Paris, même pour ceux qui n’ont pas d’autre choix, qui n’ont pas de transport collectif adapté”.

Pour David Belliard, candidat écologiste affiché à la mairie de Paris, ce sont deux visions “de ce que doit être Paris” qui s’opposent.

Nicolas Jeanneté (groupe des non-inscrits) a pointé de son côté la problématique de certains commerces, comme ceux proposant des biens d’équipement de la maison, les antiquaires ou encore les artisans. “On ne peut y accéder qu’en voiture car il faut ensuite remporter le produit acheté, que l’on soit habitant de Paris ou de la proche couronne”, observe-t-il. Ces commerces sont, selon lui, en danger et voient leur chiffre d’affaires baisser. “Les nouveaux plans de circulation ne tiennent pas compte des différentes zones de commerce” et ne font pas de distinction entre celles où “la voiture n’est pas indispensable et qui peuvent être situées sur des rues piétonnes” et les autres, assure-t-il. De son côté, Maud Gatel (MoDem et Indépendants) parle d’un plan sans cohérence et pointe un “florilège d’actions qui n’ont fait l’objet d’aucun phasage et n’ont pas de budget alloué. Les conséquences sont connues, avec un plan vélo déployé à seulement 40 %”.

Des pollutions “subies par les plus pauvres”

Pour le rapporteur du texte, David Belliard, candidat écologiste affiché à la mairie de Paris, ce sont deux visions “de ce que doit être Paris” qui s’opposent. “Vous êtes favorables à réintroduire plus de voitures dans cette ville, et à ce que nous ne changions rien du tout sur le périphérique, dont les pollutions sont subies par nos citoyens les plus pauvres. Toutes les études montrent pourtant qu’en dix ans, la pollution de l’air a diminué à Paris.” L’élu écologiste a rappelé les objectifs de l’exécutif parisien : il s’agit bien de réduire la place de la voiture “pour donner la place à d’autres mobilités, les vélos, les transports en commun et bien sûr la marche, qui reste prioritaire”. Le plan de mobilité prévoit ainsi la réduction des gaz à effet de serre (moins un tiers), de l’oxyde de carbone et des particules fines (- 40 %) ainsi que du bruit (- 2 décibels).

Jean-Philippe Gillet (Communistes et citoyens) s’est inquiété quant à lui de l’avenir des transports en commun avec l’ouverture du marché des bus à la concurrence : “nous aurons au moins quatre opérateurs de bus dans Paris, peut-être cinq. Cela va engendrer des difficultés énormes pour coordonner l’ensemble du réseau”.

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