Capacité productive

La Zucmania, arme de destruction massive

Face à une opinion publique chauffée à blanc, les calculs politiques l’emportent sur le calcul économique

La Zucmania, arme de destruction massive Gabriel Zucman à Bruxelles, lors du lancement de l'Observatoire européen de la fiscalité (2021) - © SIPA

Économie et Politique
La chronique de Jean-Michel Lamy

Après la retraite à soixante ans de François Mitterrand et les 35 heures de Lionel Jospin, les socialistes de 2025 veulent la taxation du cœur battant des entreprises, l’impôt “Zucman”. Ce serait le troisième clou dans le cercueil d’une fabrication locale au bord de l’anémie. Les avancées sociales sont certes des coupables faciles, alors que le capitalisme financier a sa propre responsabilité. Mais la longue traîne de décennies de choix économiques à contresens ne saurait être passée sous silence. Inutile d’en rajouter. La frontière tracée entre 1 800 ultra-riches à ponctionner et le reste de l’activité économique est pur artifice. Même si l’opinion publique n’en a cure.

La bataille culturelle perdue par la macronie

Le couple capital-travail n’a besoin ni de vaudou fiscal, ni de rallonge de crédits “providence”. Il a besoin d’une année blanche budgétaire rapportant dans la copie Bayrou 7,1 milliards. Cette “pause des braves” est à étendre à la poignée de milliards d’euros tirée à hue et à dia par les ancrages partisans. Ce ne sera pas facile. L’auto-proclamé négociateur de compromis, le Premier ministre Sébastien Lecornu, se heurte à la configuration hostile de l’Assemblée nationale. Il se heurte surtout à la bataille culturelle perdue par la macronie. Son action est cataloguée par l’accusation “au service des riches”. La “Zucmania” est forte de ce terreau.

C’est pourquoi la braderie à petit feu des économies inscrites dans le budget Bayrou sera inopérante. Les porteurs de pancartes du 18 septembre resteront persuadés que le “néolibéral” Macron est à la source des inégalités sociales. Personne ne se dresse pour expertiser les huit années d’allègements fiscaux qui ont libéré du dynamisme productif. Notamment dans l’écosystème entrepreneurial technologique. Sans cet apport, le sol du PIB français serait encore plus aride. Un argument guère porteur il est vrai ! La Banque de France prévoit une croissance de 0,7 % cette année, de 0,9 % en 2026, de 1,1 % en 2027.

Taxe de 2 %, un tour de passe-passe

Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’à peine plus d’une trentaine de milliards d’euros de richesse réelle supplémentaire ont été créés en 2025 par 68 millions d’habitants. Une somme à mettre en face de l’ardoise du seul budget de l’État, estimée en loi initiale à 142 milliards. Une somme également à mettre en face des 25 milliards théoriquement procurés selon son concepteur par la taxe de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros. Pourquoi c’est un tour de passe-passe ?

Gabriel Zucman recourt à la psychologie des foules utilisée par les populistes. Il y a “eux”, les riches, et “nous”, le peuple.

Parce que l’argent n’est pas de même nature que celui estampillé PIB par les ordinateurs de l’Insee. Il s’agit d’argent prélevé pour l’essentiel sur des actifs financiers mesurés par des cours de bourse volatils, voire d’argent purement virtuel valorisé par des fonds d’investissement. De ceux qui prennent des parts d’une société en pariant sur son avenir radieux et ses bénéfices futurs. Payer pour des profits que l’on n’a pas perçus ou dont on ne verra jamais la couleur est la désincitation parfaite à l’innovation.

Pour sa campagne de séduction, Gabriel Zucman utilise plusieurs leviers. Il recourt à la psychologie des foules utilisée par les populistes. Il y a “eux”, les riches, et “nous”, le peuple. L’universitaire prend appui également sur une exposition médiatique intense. Rare sont les économistes invités au JT de 20 h sur France 2. Et de détailler une taxation différentielle permettant de combler l’écart entre la totalité des impôts payés par l’assujetti et le plancher de 2 % de la fortune possédée. Certains milliardaires ne seraient qu’à un seuil de 0,2 %, bien inférieur au taux de prélèvement obligatoire des autres contribuables. Le placement des dividendes dans des holdings peut servir par ailleurs à l’optimisation fiscale. En somme, la “taxe” ne viserait qu’à rétablir le principe d’égalité devant l’impôt.

Arme de destruction massive contre les réseaux créatifs

Pourquoi un tel échafaudage affaiblirait davantage encore la capacité productive française ? L’éventuel exil n’est rien devant le repoussoir d’un tel chapeau fiscal pour les investisseurs étrangers. Adieu l’attractivité du made in France. En outre, taxer des titres illiquides, impossible à vendre rapidement, obligerait des dirigeants de licornes à confier leurs parts… à l’administration de Bercy. Un sommet d’absurdité. Voilà comment naît une arme de destruction massive contre les derniers réseaux créatifs encore présents sur le territoire. Qu’importe, les calculs politiques l’emportent sur le calcul économique.

Les nuances auront du mal à se frayer un chemin. À la veille d’une dissolution jugée proche, chaque député regarde le climat en circonscription. C’est pourquoi les élites économiques doivent faire un pas.

À l’Assemblée nationale, Arthur Delaporte, député PS du Calvados, porte-parole, ferme la porte au moindre compromis avec Matignon sur la taxation des biens professionnels. “Sans cela, c’est renoncer à la justice fiscale sur leur fortune comme avec l’ancien ISF”, affirmait-t-il en substance le 16 septembre. “La formule ‘Zucman’ n’est pas la seule façon de taxer les hauts patrimoines”, avait avancé François Hollande. Las, la position médiane de l’ancien président n’est pas celle du PS.

Face à une opinion publique chauffée à blanc à l’idée de prendre l’argent “là où il est”, comme disait l’ancien leader communiste Georges Marchais, les nuances auront du mal à se frayer un chemin. À la veille d’une dissolution jugée proche, chaque député regarde le climat en circonscription. C’est pourquoi les élites économiques doivent faire un pas. François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, l’a compris. “Il faut des mesures anti-optimisation fiscale sur les hauts patrimoines. Il ne faut pas exclure certaines mesures ciblées et exceptionnelles jusqu’à un quart de l’effort total”, plaide-t-il. En ces moments critiques, le patronat a toujours un temps de retard. Au conclave des retraites, il fallait ouvrir le jeu sur la pénibilité. Aujourd’hui, le Medef redoute une demande sociale hors de contrôle. Les leçons de l’histoire sont sans détour. Une coalition libérale a du mal à muter en coalition de distributeurs. Un rideau tombe.

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2 commentaires sur “La Zucmania, arme de destruction massive”

  1. Cette France qui nous fait honte
    Certains laissent entendre que la Russie (et d’autres pays qu’il serait malséant de citer) manipulent des groupes dans le pays pour semer le chaos. Sans doute, mais…
    Toutes ces personnes, tous ces intellectuels que les français s’obstinent à appeler ‘’les élites’’, sans doute très éduquées mais qui pour beaucoup semblent avoir une jugeotte de colibri :
     Taxez les riches pour payer nos bonbons.
     Travailler après 55 ans, et, horreur après 60 ans est le déshonneur suprême.
     Nous les ‘’oiseauxlogues’’ urbains, n’ayant jamais vu une bouse de vache de notre vie sommes néanmoins experts pour dicter que les producteurs agricoles doivent introduire des loups et des ours sur leurs terres d’élevage.
     Nous les esprits évolués sommes révoltés que des non-instruits s’opposent à ce que des musulmans puissent prier en paix dans la rue devant la cathédrale de Montréal. Pendant ce temps nous voyons ces ‘’élites’’ françaises décréter qu’un drapeau étranger doit flotter à côté du drapeau national en France. Nous sommes déjà suffisamment ostracisés dans une partie du pays, nous traitant de racistes, sans que la France apporte son concours à ces bigots.
     Quelqu’un peut-il rappeler à tous ces anarchistes et autres ‘’esprits évolués’’ en ‘’istes’’ que Mitterrand a été porté au pouvoir dans un climat hystérique promettant le bonheur suprême : travail minimum, loisirs maximum. Mais ayant rapidement épuisé tous ses bonbons il redevint urgent de revenir les pieds sur terre sous peine de faillite.
     Quelqu’un peut-il expliquer à toutes ces ‘’élites’’ que leurs élucubrations ne résonnent que dans leur Fan Club et que le monde n’est plus ce qu’il était voilà un siècle et que Paris n’est pas le nombril du monde.