Par Fabien Humbert
La mairie de Paris avait préparé les esprits à plusieurs reprises ces derniers mois, mais c’est finalement le 9 septembre dernier que le couperet est tombé et qu’elle a confirmé sa décision : à compter du 1er octobre, la vitesse sera réduite à 50 km/h sur le périphérique parisien, contre 70 km/h actuellement. Ce boulevard de 35 kilomètres autour de la capitale est, rappelons-le, emprunté chaque jour par 1,2 million de véhicules, franciliens en majorité, et circulant à 80 % avec un seul occupant. Pour défendre sa mesure, l’exécutif parisien met en avant deux arguments principaux : la pollution sonore et la pollution atmosphérique que la vitesse actuelle générerait, et leur impact sur la santé des plus de 500 000 personnes vivant à proximité de l’artère.
“Les bouchons aux entrées et aux sorties vont s’amplifier, et les applications vont faire passer les véhicules par les petites rues parallèles.”
Depuis que la mesure a pour la première fois été évoquée en 2018, elle fait l’objet d’un feu roulant de critiques, notamment de la part du gouvernement. Il n’est cependant pas certain que l’État ait réellement son mot à dire en la matière, car si c’est bien lui qui fixe les règles de police en matière de circulation, un maire peut édicter des règles plus contraignantes.
L’autre front a été ouvert par le conseil régional et les conseils départementaux franciliens. “Nous avons organisé une votation (non contraignante) qui avait montré que 90 % des votants étaient défavorables aux projets de la maire de Paris concernant le périphérique, rappelle Grégoire de Lasteyrie, délégué spécial aux mobilités durables à la région Ile-de-France. Et la propre votation organisée par la mairie était arrivée aux mêmes conclusions, avec près de 80 % de votes contre !”
Des nuisances pour les riverains franciliens
Les opposants au projet font aussi valoir qu’en journée (de 7 heures à 21 heures), la vitesse moyenne sur le périphérique se situe plutôt autour de 36 km/h et que la mesure n’aura donc aucun impact, puisque les automobilistes passent le plus clair de leur temps à rouler au pas ou dans les bouchons. Elle en aurait cependant sur les véhicules roulant de 21 heures à 7 heures. “C’est-à-dire ceux qui travaillent en horaires décalés, donc très tôt et très tard, et qui sont obligés de prendre leur voiture pour se déplacer, car il n’y a pas de transports en commun”, regrette Grégoire de Lasteyrie.
Mais ce qui inquiète surtout le maire de Palaiseau, c’est le projet (non daté à ce jour), de pérenniser la voie réservée aux Jeux olympiques pour l’attribuer au covoiturage, au transport de personnes (taxis) et aux transports en commun. “Si l’argument est bien de faire baisser le bruit et la pollution atmosphérique, ces deux mesures cumulées risquent d’aggraver les choses pour les riverains du périphérique, prévient-il. Les bouchons aux entrées et aux sorties vont s’amplifier, et les applications vont faire passer les véhicules par les petites rues parallèles.”
Le trafic routier recule à Paris
C’est en effet ce qui s’est passé lors de la fermeture des voies sur berges, puis des restrictions de circulation sur la rue de Rivoli. Le trafic et les nuisances les accompagnant avaient tout simplement été déplacés un peu plus loin pendant un temps. On peut donc s’interroger sur l’efficacité immédiate de ces mesures, menées sans étude d’impact.
À ceci près qu’elles font partie d’un plan réfléchi et publiquement assumé, qui vise à rendre la vie toujours plus difficile aux automobilistes dans Paris afin qu’ils renoncent à prendre leur voiture, ou à passer par la capitale : réduction des places de stationnement et des voies de circulation au profit des transports en commun et des vélos, mise en place de la zone à trafic limité… De ce point de vue, force est de constater que cette stratégie fonctionne. Le trafic routier recule en effet de 3 à 5 % par an à Paris, tandis que la pollution atmosphérique mesurée par Airparif ne cesse de baisser.
Cette stratégie fonctionne : le trafic routier recule de 3 à 5 % par an à Paris, et la pollution atmosphérique mesurée par Airparif ne cesse de baisser.
Au-delà des prérogatives des uns ou des autres, reste à trancher une question presque philosophique dont tout découle : le périphérique appartient-il aux Parisiens, ou à tous les Franciliens ? Si c’est la première réponse, les mesures d’Anne Hidalgo s’entendent ; si c’est la seconde, elles paraissent injustes vis-à-vis des habitants de la petite et de la grande couronne, qui sont les premiers utilisateurs du boulevard.
La région, elle, demande que l’État reprenne le contrôle de l’artère, ou que la gestion en soit confiée à Ile-de-France Mobilités, où elle siège au conseil d’administration, comme la mairie de Paris, les départements franciliens ou l’État.
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