Réforme

Le temps des retraites par capitalisation

Cette forme d’épargne permettrait de stimuler les marchés, financer les entreprises avec des capitaux longs, et favoriser l’innovation

Le temps des retraites par capitalisation © Freepik

Les problèmes économiques de l’Europe incluent le vieillissement de la population, le manque d’entreprises innovantes et la faiblesse des marchés financiers. Les retraites publiques par répartition pèsent chaque année davantage sur les budgets des gouvernements. Mais que se passerait-il si l’Europe pouvait transformer ces faiblesses en atouts en utilisant l’épargne retraite pour stimuler les marchés et financer les entrepreneurs avec des capitaux à long terme ?

Trop de retraites et des marchés financiers trop faibles

Les retraites européennes n’ont pas été conçues pour transformer les travailleurs en capitalistes. En 1889, Otto von Bismarck, le “chancelier de fer” allemand, a inventé le système de répartition, dans lequel les travailleurs actuels paient les retraites actuelles. L’idée était de “soudoyer [les travailleurs] pour qu’ils considèrent l’État comme une institution sociale” [dans le but de désamorcer les mouvements socialistes et fidéliser la classe ouvrière à l’État, ndt]. Il s’avère qu’ils considèrent chaque augmentation de l’âge de la retraite comme une trahison de cette promesse. Le système est donc soumis à de fortes pressions en raison du vieillissement de la population. Les travailleurs ont dû verser davantage de cotisations et les contribuables ont comblé le déficit restant. En Allemagne, un tiers du budget fédéral devrait être transféré au système de retraite cette année.

“En raison du vieillissement de la population, les travailleurs doivent verser davantage de cotisations et les contribuables comblent le déficit restant. Dans le même temps, les marchés financiers européens sont très sous-développés, ce qui a une incidence sur l’innovation.”

Dans le même temps, les marchés financiers européens sont très sous-développés. La valeur combinée des marchés boursiers de l’UE représente 85 % du PIB, contre 220 % du PIB aux États-Unis. Cela a une incidence sur l’innovation, car le financement par les marchés est plus adapté à la R&D risquée que les prêts bancaires. De plus, les investisseurs en capital-risque ont besoin d’un marché financier profond sur lequel ils peuvent vendre leurs participations.

L’exemple scandinave

Il existe toutefois des exceptions instructives. La Suède a créé des fonds qui amortissent son système de répartition en investissant sur les marchés. Certaines cotisations ne financent plus les retraités actuels, mais sont versées sur des comptes d’investissement personnels. Il en résulte des actifs de retraite d’une valeur d’environ 671 milliards de dollars, soit 110 % du PIB. Ce n’est pas un hasard si aucun autre pays de l’UE n’a créé autant de licornes par habitant.

“En Suède, certaines cotisations ne financent plus les retraités actuels, mais sont versées sur des comptes d’investissement personnels”

Les épargnants néerlandais ont accumulé des actifs représentant environ 145 % du PIB dans des fonds collectifs ; depuis 2023, ceux-ci sont plus libres d’investir dans des actifs plus risqués. Selon Morgan Stanley, le Danemark et la Suisse ont augmenté leurs actifs d’environ 20 % du PIB en une décennie après avoir développé les retraites professionnelles basées sur le marché. Si cette mesure était reproduite dans toute la zone euro, plus de 3 000 milliards d’euros (2 580 milliards de dollars) seraient disponibles.

Rendements à venir des systèmes de retraite

Les Européens habitués aux systèmes publics grimaceront à l’idée d’exposer leurs revenus futurs aux marchés. Et les théoriciens des marchés financiers ajouteront peut-être que cela ne sera pas très rentable si les épargnants se diversifient en affluant vers les États-Unis. Cependant, le poids élevé de la dette publique signifie que compter sur les promesses de retraite de l’État n’est plus aussi attrayant qu’auparavant. Et même si la diversification est louable, dans la pratique, de nombreux fonds de pension préféreront conserver une grande partie de leur argent chez eux.

“Les gouvernements européens devraient commencer à constituer des fonds de réserve financés par la dette, investis de manière professionnelle, pour leurs systèmes par répartition”

Les gouvernements européens dont les coûts liés au service de la dette ne sont pas trop élevés devraient commencer à constituer des fonds de réserve financés par la dette, investis de manière professionnelle, pour leurs systèmes par répartition. Les pensions de retraite versées par les entreprises devraient être déployées par défaut sur les marchés financiers. Les épargnants devraient être autorisés à affecter une partie de leurs cotisations à un compte d’investissement individuel. Le déficit ainsi créé dans le système de retraite public pourrait être comblé à court terme par des déficits budgétaires plus importants, car le bénéfice à long terme serait un système plus durable, moins dépendant des deniers publics.

Même avec ces réformes, la transition vers un système plus axé sur le marché prendra du temps. Raison de plus pour commencer dès maintenant. La Commission européenne cherche depuis longtemps à relier les marchés des capitaux à travers l’UE. Mais ces efforts ne serviront pas à grand-chose si chaque marché reste minuscule. Le secteur technologique européen montre des signes de reprise. Les rendements potentiels de la réforme des retraites n’ont jamais été aussi élevés.

The Economist

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