Le Billet

Les fausses vertus du compromis social

Les transferts de pouvoir d’achat entre classes sociales ne sont que des “pansements” anesthésiants

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Militant historique du contrat social, Laurent Berger, l’ancien leader de la CFDT, a lancé aux Éditions de l’Aube la collection “La société du compromis”. Pas étonnant que l’Élysée ait pensé à lui avant de nommer à Matignon Sébastien Lecornu, l’homme de l’accommodement avec le parti socialiste. Le premier auteur de la collection, Antoine Foucher, expert social, a d’ailleurs réussi une percée médiatique en présentant “sa” solution pour ‘Sortir du travail qui ne paie plus’. En réalité, des transferts de pouvoir d’achat entre classes sociales qui ne sont que des “pansements” anesthésiants.

“Pendant les Trente Glorieuses, le pouvoir d’achat progressait annuellement de 4 à 6 %. De quoi doubler son niveau de vie en une quinzaine d’années au travail ! Les trente années suivantes, le rythme tombait à 2 % par an. De quoi doubler son niveau de vie en une quarantaine d’années”

Le mérite de l’auteur est d’apporter les preuves chiffrées du “ressenti” de la population. Pendant les Trente Glorieuses, le pouvoir d’achat progressait annuellement de 4 à 6 %. De quoi doubler son niveau de vie en une quinzaine d’années au travail ! Les trente années suivantes, le rythme tombait à 2 % par an. De quoi doubler son niveau de vie en une quarantaine d’années. Et depuis 2010, le gain annuel n’est que de 0,8 à 1 %. “Il faut maintenant plus de quatre-vingts ans au travail pour vivre deux fois mieux”, calcule Antoine Foucher. Ce qui est au cœur du malaise collectif, synthétisé par le mot “défiance”.

Le ressenti du déclassement se mesure également par le poids de cotisations sociales. Pour verser un euro au salarié, l’entreprise supporte quasiment un coût du travail de deux euros. Solution pour redonner du pouvoir d’achat ? “Il faut pendant cinq ans un big bang populaire de 100 milliards d’euros en faveur du travail”, répond Antoine Foucher. Où trouver l’argent ? Dans une baisse des cotisations sociales financée par un “effort” de tous les rentiers, des retraités les plus aisés, des héritiers les plus chanceux et des consommateurs.

Ce choix de justice sociale par la logique comptable ne résout rien. Pas seulement parce que le record mondial ou presque de prélèvements obligatoires torpille déjà les rentabilités. Parce que le compromis politique à la française reste prisonnier de raisonnements à somme nulle. Il tourne vite à un compromis social paré de fausses vertus. Il manque aux Editions de l’aube la collection “Travailler plus”.

Jean-Michel Lamy

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