Lorsque vous réfléchissez à votre prochaine évolution professionnelle, vous aspirez peut-être à un salaire plus élevé, à l’acquisition de nouvelles compétences ou simplement à un trajet plus court pour vous rendre au travail.
Lorsque Salar al Khafaji, un entrepreneur néerlandais, songeait à sa prochaine aventure, ses critères étaient légèrement différents. Salar al Khafaji avait déjà fondé une start-up spécialisée dans la visualisation de données et avait travaillé chez Palantir, après que cette entreprise technologique de la Silicon Valley ait racheté sa société. Pour sa prochaine étape, il voulait relever un défi plus ambitieux, quelque chose d’assez important pour apparaître dans les statistiques du PIB de son pays.
Sur quel problème important travailler
Son choix s’est porté sur la construction, un secteur énorme qui connaît depuis longtemps des problèmes de productivité. Le résultat est Monumental, une entreprise de robotique spécialisée dans la maçonnerie, cofondée par Salar al Khafaji.
Les personnes lambda veulent pouvoir payer leur crédit immobilier. Les entrepreneurs veulent changer le monde.
Le fait que les entrepreneurs (ou du moins ceux qui réussissent) sont différents des autres tient en partie à des histoires comme celle-ci. Les personnes lambda veulent pouvoir payer leur crédit immobilier, les entrepreneurs veulent changer le monde. Avant de lancer son projet original d’OpenAI, Sam Altman était l’un des responsables de Y Combinator, un incubateur de start-up. Dans un article de blog publié en 2020, réfléchissant aux qualités que partagent les meilleurs entrepreneurs et les meilleurs chercheurs, Sam Altman a écrit qu’ils “passent beaucoup de temps à réfléchir à une version ou une autre de la question de Hamming”.
Si vous pensez que cela a quelque chose à voir avec des sandwichs, il n’y a probablement plus aucun espoir pour vous. Il est ici question de Richard Hamming, un mathématicien qui a demandé à des chimistes des Bell Labs [laboratoire de recherche en télécoms, ndt] quels étaient les problèmes les plus importants dans leur domaine, puis sur quoi ils travaillaient à ce moment-là, et enfin pourquoi ils travaillaient sur des choses sans importance. Ce n’était peut-être pas la meilleure technique pour se faire des amis, mais se demander quel était le problème le plus important sur lequel il pouvait travailler est exactement ce qu’a fait Salar al Khafaji avant de fonder Monumental.
Goût du risque et locus de contrôle
Des recherches plus approfondies ont été menées pour déterminer en quoi les entrepreneurs sont différents. Dans une étude récente, Paul McCarthy, de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, et ses coauteurs ont déduit certains traits de personnalité communs de l’analyse de tweets d’un large groupe d’entrepreneurs. Ils ont constaté que ces caractéristiques permettaient de prédire avec une bonne précision si une personne était un employé ou un entrepreneur. Comme on pouvait s’y attendre, les entrepreneurs ont tendance à être plus aventureux et ouverts à la nouveauté que le reste de la population, et moins modestes.
Malgré le mythe du fondateur d’entreprise génial, les chances de succès d’une entreprise doublent si elle compte trois fondateurs ou plus.
Dans une revue de la littérature au sujet des traits entrepreneuriaux, publiée en 2017, Sari Pekkala Kerr, du Wellesley College, et ses coauteurs citent des recherches suggérant que les fondateurs d’entreprise ont tendance à avoir un “locus de contrôle” interne. Les psychologues utilisent la notion de “locus de contrôle” pour distinguer les personnes qui pensent être les seules à pouvoir influencer leur propre destin de celles qui estiment que des forces externes, telles que la chance ou d’autres personnes, sont davantage responsables des événements de leur vie. Le goût du risque tend également à être plus élevé chez les entrepreneurs, du moins chez ceux qui créent une entreprise par choix plutôt que par manque d’alternatives.
Mais la personnalité ne détermine pas le destin. La réussite d’une start-up dépend de nombreux facteurs. Les chercheurs en entrepreneuriat parlent de “taux” autant que de “traits” ; les variations dans le taux de création de nouvelles entreprises et les différences entre les entreprises fondées par des hommes et celles fondées par des femmes peuvent s’expliquer, par exemple, par la disponibilité du capital.
Le mythe de l’entrepreneur
Et même si de nombreux entrepreneurs partagent des caractéristiques communes, chaque individu est différent. Malgré le mythe du fondateur d’entreprise génial, Paul McCarthy et ses coauteurs constatent que les chances de succès d’une entreprise doublent si elle compte trois fondateurs ou plus, par opposition à un seul, et que la diversité des types de personnalité en est une des raisons. Un autre article, rédigé par Brandon Freiberg et Sandra Matz de la Columbia Business School, suggère que certains traits, comme la conscience professionnelle, ont plus d’importance à différentes étapes de la vie d’une start-up de la tech.
Il ne faut pas idolâtrer les entrepreneurs : tout travail, quel qu’il soit, donne un sens à la vie et crée de la valeur. Mais certains fonctionnements d’entrepreneurs méritent d’être imités. Il n’est pas nécessaire d’avoir un certain type de personnalité pour se poser la question de Hamming. Les entrepreneurs sont peut-être différents des autres, mais ils ne sont pas d’une autre espèce.
The Economist
© 2025 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : www.economist.com.