Anticipation, diversification

Épargne retraite, une organisation de long terme

Quelques règles pour bien anticiper la baisse des revenus durant une période qui ne cesse de s’allonger avec l’espérance de vie

Épargne retraite, une organisation de long terme © Vitaly Gariev/Unsplash

Cet article en accès libre vous permet de découvrir la pertinence et l’utilité du Nouvel Economiste. Votre inscription à l’essai 24h gratuit vous permettra d’accéder à l’ensemble des articles du site.

Alors que la population vieillit, la période passée à la retraite est de plus en plus longue, en moyenne une vingtaine d’années. Une durée qui inquiète près d’un quart des Français, soucieux de voir leur épargne s’épuiser trop rapidement, et de se retrouver démunis au moment où santé et dépendance impliqueront des frais supplémentaires. Livrets réglementés, assurance­-vie, plan épargne retraite (PER), investissement dans l’immobilier, plans d’épargne en actions (PEA)… Comment choisir l’investissement qui assurera des revenus financiers complémentaires précieux le moment venu ?


La durée de vie après la retraite est de plus en plus longue. On estime à une vingtaine d’années le temps restant après une vie “active”. Il faut donc anticiper cette longue période et préparer sa retraite en adaptant au mieux ses choix financiers. Or aujourd’hui, 22 % des Français craignent que leur épargne retraite ne s’épuise trop rapidement, selon une étude Fidelity International de juin 2025. “Beaucoup de gens ne connaissent pas les produits d’investissement, par manque d’éducation financière, note Michel Clerc, directeur général de la mutuelle retraite Médicis. L’étude de Fidelity International donne des pistes pour une meilleure épargne, en pointant notamment le rôle de l’entreprise. Je pense que le développement de l’épargne salariale et des plans d’épargne retraite collective est vraiment un élément responsabilisant, qui rappelle l’importance d’investir sur le long terme.”

Pour réunir un capital de 300 000 euros à la retraite avec un placement qui rapporterait 6 % par an, il faudra épargner 157 euros par mois si l’on commence à 25 ans, mais 1 860 euros si l’on commence dix ans avant sa retraite.

Une retraite longue nécessite non seulement du capital mais aussi du capital qui continue à produire du rendement pour éviter, notamment, de perdre du pouvoir d’achat. Différents produits sont disponibles : livrets réglementés, assurance-vie, plan épargne retraite (PER), investissement dans l’immobilier en direct ou via des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI), plans d’épargne en actions (PEA)…

À quel âge débuter ? “Sauf exception, jusqu’à 40-45 ans, les ménages ont besoin d’argent pour leur train de vie, l’éducation de leurs enfants, l’achat du logement. Je considère qu’il faut d’abord sécuriser la résidence principale”, note Benoît Berchebru, directeur groupe de l’ingénierie patrimoniale d’Astoria Finance. Une position rejointe par Benoît Gommard, directeur grands réseaux de BNP Paribas Cardif. “Acheter sa résidence principale, en utilisant une assurance emprunteur, est le premier investissement à réaliser, assure-t-il. Cela permet d’enlever une charge, celle du loyer, au moment où, à la retraite, les revenus vont baisser, le montant de la pension étant bien moindre que le salaire.”

Livrets d’épargne et assurance-vie

Le meilleur allié est le temps, estime Maxime Poque, directeur épargne de Bourse Direct. “En commençant à investir tôt, le processus coûte moins cher : pour atteindre le même résultat, on sacrifie moins de consommation durant sa vie active qu’une personne s’y prenant tardivement”, estime-t-il. Par exemple, pour réunir un capital de 300 000 euros à la retraite avec un placement qui rapporterait 6 % par an, il faudra épargner 157 euros par mois si l’on commence à 25 ans, mais 1 860 euros si l’on commence dix ans avant sa retraite. “Dans le premier cas, seuls 25 % du capital viennent réellement de la poche de l’investisseur. Le reste de la somme provient des intérêts composés générés par les sommes placées. Dans le deuxième cas, c’est presque l’inverse”, souligne l’expert.

Le choix des Français se porte largement vers l’assurance-vie : 43 % des Français en sont dotés, derrière les livrets d’épargne (67 %).

Quel placement privilégier ? Selon un sondage d’Harmonie Mutuelle (février 2025), le choix des Français se porte aujourd’hui largement vers l’assurance-vie. 43 % des Français en sont dotés, derrière les livrets d’épargne (67 %). 15 % disposent d’un plan d’épargne en actions, 14 % d’un PER et 11 % de placements immobiliers. “Nos clients préparent davantage leur retraite avec l’assurance-vie qu’avec le PER, bien que celui-ci ait des avantages proches, observe Benoît Gommard. Cet intérêt s’explique par le fait qu’historiquement, l’assurance-vie était plus facilement déblocable en cas de besoin pour faire face à des frais. Par ailleurs, les plus-values sur la gestion active des portefeuilles ne sont pas taxées si les sommes restent investies sur le contrat. Les épargnants disposent également de garanties décès, qui permettent la transmission d’un capital minimum en cas de disparition de l’assuré.”

Diversifier ses placements

Pour Michel Clerc, le PER et l’assurance-vie sont complémentaires. “Le PER donne plus d’avantages immédiats : vous pouvez déduire de vos revenus imposables d’une année donnée les sommes que vous avez versées sur votre PER cette même année. L’assurance-vie, qui est une bonne formule de placement, a un objectif successoral, ce qui est important dans la France d’aujourd’hui, alors que 9 000 milliards d’euros vont être transmis par les baby-boomers à leurs héritiers et devraient donc changer de mains dans les quinze prochaines années.”

“L’important, lorsque l’on prépare sa retraite, est d’avoir un projet clair et de diversifier ses investissements pour ne pas être captif d’un seul actif qui pourrait se déprécier”

Ces deux produits offrent la possibilité d’investir dans des actifs très similaires : des fonds en euros, des unités de compte (parts de fonds commun de placement de type actions, non-coté…) et des produits structurés, ces deux derniers ne garantissant pas le capital placé. “Le choix dépend du profil des personnes, de leur situation et de leurs objectifs. L’important, lorsque l’on prépare sa retraite, est d’avoir un projet clair et de diversifier ses investissements pour ne pas être captif d’un seul actif qui pourrait se déprécier”, souligne Mickaël Byll, responsable grands comptes, développement et partenariats chez UMR.

C’est là, notamment, qu’entre en compte la sensibilité au risque de l’épargnant. “On fait une évaluation. Certains vont choisir d’investir dans des actifs plus risqués afin d’obtenir des rendements élevés car ils sont prêts à perdre du capital. Les échelles de risque, qui sont normées, vont de 1 à 7, ajoute le représentant de l’UMR. Les livrets réglementés sont au niveau 1, puisque l’épargne est garantie. Les obligations d’État sont aux niveaux 2 et 3, tandis que l’investissement dans des actions est classé aux niveaux 5-6.” Le niveau maximum de risque est atteint par les matières premières, les cryptoactifs et tous les dérivés.

Faire fructifier son épargne même après la retraite

L’immobilier reste-t-il une valeur sûre ? Outre l’achat de sa résidence principale, il est possible de faire de l’investissement locatif en direct ou d’investir dans des SCPI. “Les gens ont encore une grande appétence pour l’immobilier, estime Benoît Berchebru. Mais il n’y a plus autant d’avantages qu’auparavant. Il faut mettre en parallèle de la rentabilité les contraintes énergétiques et les risques juridiques, tels que le squat. En revanche, prendre des parts de SCPI permet de diversifier la nature des biens et les zones géographiques au lieu de s’exposer sur un seul produit.” Il est possible d’inclure ces parts de SCPI dans un PER ou une assurance-vie.

“La retraite comporte deux enjeux qui peuvent être difficiles à concilier : ne pas épuiser son patrimoine avant son décès, et en anticiper la transmission pour réduire les droits de succession.”

Disposer d’une épargne à sa retraite ne suffit pas car elle peut perdre en valeur, notamment à cause de l’inflation. Il faut donc continuer de la faire fructifier. “La retraite n’est plus vraiment une parenthèse de vie. Elle comporte deux enjeux qui peuvent être parfois difficiles à concilier : ne pas épuiser son patrimoine avant son décès, et en anticiper la transmission pour réduire les droits de succession”, pointe Maxime Poque.

Il faut aussi bien piloter ses retraits d’argent et les envisager sur un temps long. “Pour l’assurance-vie notamment, il faut penser à utiliser l’abattement sur les plus-values, de 4 600 euros pour une personne seule et 9 200 euros pour un couple, qui se renouvelle chaque année. Le retraité a plus intérêt à sortir de l’argent chaque année en utilisant cet abattement pour réduire sa fiscalité, qu’à retirer un seul montant important en une fois”, cite en exemple l’expert de Bourse Direct. Le risque de dépendance, l’âge avançant, est aussi un facteur à prendre en compte en raison des soins à financer, “ce qui nécessite de conserver une partie de son capital, si on peut se le permettre, pour éviter de laisser cette charge à ses enfants”, conclut-il.

Anne Thiriet

Bien liquider son PER

“Il existe deux modalités de sortie du plan épargne retraite : en rente ou en capital. Ce qui est intéressant est qu’il est possible de mixer les deux, note Benoît Berchebru, directeur groupe de l’ingénierie patrimoniale d’Astoria Finance. C’est important car cela permet de piloter la fiscalité à la sortie pour éviter de payer un montant trop important.” Cette possibilité est l’une des particularités de ce placement. L’épargnant peut en effet choisir de déduire fiscalement ses versements de ses revenus imposables, année après année et pendant toute la durée du PER.

En revanche, il sera soumis à fiscalité lors du déblocage. Le capital récupéré sera imposé au barème progressif de l’impôt sur le revenu (IR) sans abattement de 10 %. Les plus-values seront, elles, soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 % ou à l’IR, et aux prélèvements sociaux de 17,2 %. “Il n’est pas nécessaire de sortir le capital accumulé en une seule fois. Je peux par exemple lisser les retraits sur plusieurs années pour ne pas payer un IR trop élevé”, propose le spécialiste.

Le choix entre capital et rente dépend aussi du profil du titulaire du PER. “Si la rente viagère est économiquement et statistiquement en défaveur de l’assuré, elle a du sens pour une personne très sensible au risque de longévité et qui craint de manquer d’argent car elle aurait épuisé tout son capital. Cette rente est versée à vie jusqu’au décès par l’assureur”, précise Maxime Poque, directeur épargne de Bourse Direct. Autre aspect intéressant de la rente, elle peut être ensuite versée au conjoint en cas de décès du titulaire, une option appelée “rente de réversion” intéressante notamment pour des couples non mariés.

La sortie en rente peut entraîner des frais d’arrérage jusqu’à 3 % par versement selon les contrats. Si le titulaire du PER a opté initialement pour la déductibilité de ses versements, elle est également soumise au régime de la rente viagère à titre gratuit (RVTG), avec l’imposition à l’impôt sur le revenu après un abattement de 10 %, et aux prélèvements sociaux.

L’assurance-vie flirte avec les sommets

Les cotisations en assurance-vie ont atteint un record en novembre 2025, à 15,7 milliards d’euros, en hausse de 4 % sur un an, selon les chiffres dévoilés par France Assureurs, la fédération qui représente les entreprises du secteur de l’assurance. Ce résultat montre le dynamisme continu de ce produit d’épargne et son attractivité auprès des Français. Durant les onze premiers mois de 2025, les cotisations se sont élevées à 176 milliards d’euros, soit + 9 % par rapport à la même période de 2024. Cette hausse concerne à la fois les supports en unités de compte (+ 13 %), plus dynamiques mais plus risqués, et ceux en euros (+ 7 %). Quant à la collecte nette, qui correspond à la différence entre les versements et les retraits d’argent, elle s’approche également de son plus haut historique, avec un montant de 49,4 milliards d’euros entre janvier et novembre 2025 (4,8 milliards d’euros pour ce dernier mois).

Autre indicateur de performance : l’encours, qui désigne le montant total des fonds investis dans les contrats d’assurance-vie. Il atteint 2 106 milliards d’euros à fin novembre 2025, soit une hausse de 6,3 % sur un an. À fin juin 2025, 63 % des encours de l’assurance-vie sont placés en titres d’entreprises (25 % en actions, 33 % en obligations et 5 % en immobilier d’entreprise) et 24 % en obligations souveraines, selon la fédération.

Le succès de ce produit pourrait être encore boosté par la baisse du taux du livret A, souscrit par 57 millions de Français, et qui doit passer en février de 1,7 % à 1,5 %. Il pourrait aussi profiter de la vague de fermeture prévue de nombre de plans d’épargne-logement. Selon le dernier rapport de la Banque de France sur l’épargne réglementée, près de 3,2 millions de PEL pourraient être concernés, entre 2026 et 2030, par cette clôture automatique due à la loi du 29 décembre 2010, qui limite à quinze ans la durée de vie des PEL ouverts après le 1er mars 2011. À noter également que l’assurance-vie échappe à la hausse de la CSG votée dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.

- 78 % des Français déclarent mettre régulièrement de l’argent de côté.
- 63 % se déclarent insuffisamment informés sur la meilleure manière de préparer financièrement leur retraite.
- Plus d’un tiers des non-épargnants évoquent des freins liés au manque de confiance dans les offres, ou au fait de mal les comprendre.

Source : Enquête ‘Les Français et la retraite’, UMR/cabinet Adwise (2025)


Warning: Undefined array key 0 in /var/www/html/wp-content/plugins/nveco-annuairecontextuel/public/class-nveco-annuairecontextuel-public.php on line 122

Warning: Trying to access array offset on value of type null in /var/www/html/wp-content/plugins/nveco-annuairecontextuel/public/class-nveco-annuairecontextuel-public.php on line 122
Réutiliser cet article
Cet article est une œuvre protégée. Son utilisation donne lieu à des droits d’exploitation et de rediffusion interne et externe. Nous consulter.

L'article ne possède pas encore de commentaires !
Si vous êtes connectés, vous pouvez laisser un commentaire ci-dessous.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec (*)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.