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Porté par les secteurs de la logistique, de l’agroalimentaire et du commerce, l’intérim emploie massivement les moins de 25 ans, notamment peu ou pas diplômés. Et si les plus âgés n’y voyaient qu’un pis-aller, le recours au travail temporaire est pour la génération Z un choix assumé, une stratégie d’accès au monde professionnel. CDI intérimaire, formations courtes qualifiantes et mobilité sectorielle ont transformé cette forme d’emploi en laboratoire pour une génération qui, en quête d’autonomie, de souplesse et de diversification des expériences professionnelles, réécrit son rapport au monde du travail.
Entrepôts logistiques, usines agroalimentaires, cafés et commerces… Certains secteurs de l’économie sont particulièrement propices à l’entrée dans la vie active des jeunes peu ou pas diplômés. Ces seuls trois secteurs font travailler quasiment un million d’intérimaires de moins de 25 ans en France. Parmi eux, la moitié sont titulaires du bac, et un petit tiers ont fait des études supérieures. “Les jeunes les moins qualifiés voient dans l’intérim une manière de monter en compétences”, estime Sébastien Archi, directeur des affaires économiques chez Prism’Emploi, l’organisation professionnelle des entreprises de travail temporaire et de recrutement. De ce point de vue, le CDI intérimaire, créé il y a une dizaine d’années, a eu un vrai succès auprès des plus jeunes travailleurs.
“Pour les jeunes sans aucun diplôme, que l’apprentissage ne capte pas toujours, la mission d’intérim reste la porte d’entrée la plus directe et la plus rapide dans la vie active.”
Dans ce contrat, l’entreprise d’intérim emploie et paie l’intérimaire, même pendant les périodes d’intermission. “Les jeunes apprécient ce dispositif car il leur permet de tester différents postes, et de se former entre deux missions, estime Isabelle Eynaud-Chevalier, déléguée générale de Prism’emploi. Le CDI répond aux besoins contradictoires de diversification des expériences et de stabilité professionnelle.”
Les entreprises de travail temporaire développent des dispositifs de formation ciblés. Les statistiques de branche indiquent un recours croissant aux formations courtes qualifiantes financées dans le cadre des missions. Ces formations concernent principalement la sécurité au travail, la conduite d’engins, la logistique et certains métiers industriels. Elles visent à répondre aux exigences réglementaires des entreprises utilisatrices tout en augmentant l’employabilité immédiate des salariés.
“Plus d’un jeune diplômé d’un CAP ou d’un BEP sur deux estime que l’intérim lui a permis d’entamer une transition vers un nouveau métier, un phénomène boosté par la période covid, où un quart des emplois ont changé de nature sectorielle. Les intérimaires des secteurs fermés ont dû se réorienter vers les métiers qui continuaient à recruter”, juge Sébastien Archi.
Un jeune, plusieurs entreprises
“Pour les jeunes sans aucun diplôme, que l’apprentissage ne capte pas toujours, la mission d’intérim reste la porte d’entrée la plus directe et la plus rapide dans la vie active”, constate quant à lui Benoît Derigny, président de ManpowerGroup France.
La majorité des jeunes intérimaires travaillent pour plusieurs entreprises utilisatrices au cours d’une même année. Les données sectorielles indiquent une forte diversification des environnements de travail : un même salarié peut enchaîner logistique, industrie légère et services événementiels en quelques mois. Cette mobilité professionnelle s’accompagne souvent d’une mobilité géographique, en particulier autour des bassins industriels et des plateformes logistiques.
“Les jeunes interrogés dans nos baromètres estiment rester intérimaires entre un et cinq ans. Pour eux, c’est une manière d’avoir la main sur leurs modalités d’emploi.”
La durée moyenne des missions occupées par les moins de 25 ans est plus courte que celle observée chez les intérimaires plus âgés. Les contrats de quelques jours ou semaines dominent. Cette succession de missions crée une alternance régulière entre périodes travaillées et intermissions. “Cette modalité offre de la flexibilité, une capacité à tester qui plaît à certains jeunes”, estime Benoît Labrousse, président de Randstad France.
Dans ses travaux, l’observatoire de l’intérim et du recrutement a dressé quatre portraits type de la “gen Z” intérimaire. Elle identifie un premier groupe “d’intérimaires opportunistes”, qui choisissent l’intérim pour des raisons financières. À la fin de chaque mission, les indemnités de fin de contrat et le solde des congés payés non pris rapportent un bonus intéressant pour des jeunes qui ont besoin rapidement de liquidités. Ces “intérimaires opportunistes” représenteraient 22 % des intérimaires de moins de 25 ans.
Des taux de transformation en CDI variables
L’observatoire distingue un second groupe “d’intérimaires inquiets” (18 %) à la recherche de flexibilité pour allier le travail et les contraintes personnelles. Plus en difficulté quant à leur avenir professionnel, ils ne savent pas forcément quelle carrière choisir, ni quelles stratégies de formation adopter. Enfin, on retrouve les “intérimaires optimistes” (12 %) qui voient dans leur passage en intérim un vrai moyen de trouver un emploi dans leur branche d’activité. De fait, une fraction des jeunes salariés temporaires accèdent ensuite à des contrats plus longs dans les entreprises utilisatrices.
Une fraction des jeunes salariés temporaires accèdent ensuite à des contrats plus longs dans les entreprises utilisatrices, surtout dans les métiers industriels et logistiques.
Les taux de transformation vers un CDI varient cependant selon les secteurs et la conjoncture. Les métiers industriels et logistiques concentrent une part importante de ces recrutements ultérieurs. “Les compétences industrielles sont recherchées partout : nucléaire, défense… Avec nos clients, nous mettons en place des modules communs de formation pour répondre à ces besoins de main-d’œuvre”, explique Benoît Labrousse.
Une autre caractéristique centrale des moins de 25 ans en intérim tient au cumul fréquent entre activité professionnelle et parcours de formation. Les enquêtes de l’Observatoire de l’intérim et du recrutement montrent qu’environ un jeune intérimaire sur deux est étudiant ou engagé dans un dispositif de formation au moment de ses missions.
“Les jeunes interrogés dans nos baromètres estiment rester intérimaires entre un et cinq ans. Contrairement aux générations précédentes, l’intérim n’est pas un pis-aller. Pour eux, il s’agit d’une transition choisie vers un emploi durable, qui leur apporte de la souplesse. C’est une manière d’avoir la main sur leurs modalités d’emploi”, estime Serge Masliah, CEO d’Enso, expert de la transformation digitale des agences d’intérim.
Un choix bien mesuré
Selon le baromètre de la confiance des intérimaires 2025 d’Enso, 76 % des jeunes intérimaires interrogés déclarent recourir à ce mode de contractualisation par choix. Les trois raisons principales invoquées par les 2 000 travailleurs du panel : le choix de ses périodes de travail, de son employeur, et la variété des missions. Les contrats courts permettent en effet une insertion fractionnée dans l’emploi. Les missions s’intercalent entre les périodes universitaires, les examens ou les formations professionnelles. Cette organisation explique la rotation rapide des effectifs dans cette tranche d’âge.
Hélas, l’insertion professionnelle des plus jeunes risque de pâtir du ralentissement du marché de l’intérim. Après des années folles à la sortie de l’épidémie de Covid-19, le recours à l’intérim en France connaît actuellement une baisse marquée, avec un recul significatif des effectifs intérimaires pour la deuxième année consécutive (- 7,3 % en 2024), traduisant une diminution des recrutements en travail temporaire dans plusieurs secteurs.
Cette contraction s’inscrit dans un contexte de conjoncture économique plus ralenti, d’une consommation des ménages en berne et d’un ralentissement des activités industrielles et logistiques, entraînant une baisse des missions d’intérim, qui reste pour certaines entreprises un instrument d’ajustement plutôt que de croissance.
Benoît Collet
L’emploi intérimaire en France marque un net recul, confirmant une tendance persistante depuis plusieurs trimestres. Selon les derniers baromètres, le nombre de salariés en intérim reste en baisse sur un an, reflétant une moindre dynamique du recours au travail temporaire dans un contexte économique incertain. Des données récentes de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail montrent ainsi une diminution de l’intérim au cours de l’année 2025, malgré quelques légers rebonds ponctuels, soulignant la sensibilité du secteur à l’état général de l’activité économique.
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Historiquement considéré comme un indicateur avancé de la conjoncture, l’intérim diminue souvent lorsque les entreprises hésitent à engager de la main-d’œuvre, préférant limiter leurs coûts face à une visibilité réduite de leur carnet de commandes ou d’une croissance atone. Par conséquent, même si certains secteurs, comme l’industrie, montrent des signes de résistance voire de reprise, d’autres segments comme les services, le commerce ou la construction sont particulièrement touchés par la baisse du volume de missions intérimaires.
La baisse de l’intérim ne se traduit pas nécessairement par une explosion du chômage, mais elle signale une tension accrue sur l’ensemble du marché du travail : les recrutements permanents ralentissent aussi et la précarité s’installe pour de nombreux candidats. En parallèle, agences et acteurs du recrutement soulignent l’adaptation du secteur à ces défis, en misant sur le développement de contrats durables tels que le CDI intérimaire ou en renforçant l’accompagnement des intérimaires vers des emplois stables. Ce contexte traduit une mutation du marché de l’emploi où l’intérim, longtemps levier de flexibilité, devient un révélateur des fragilités économiques actuelles.
Depuis la fin 2025, une nouvelle règle encadre l’accès à l’intérim pour les jeunes professionnels du secteur médico-social et sanitaire. Issue de la loi du 27 décembre 2023 dite loi Valletoux, complétée par un décret du 28 novembre 2025, cette mesure impose désormais une durée minimale de deux ans d’exercice professionnel hors intérim avant de pouvoir être mis à la disposition par une entreprise de travail temporaire d’un établissement de santé, d’un laboratoire de biologie médicale ou d’un service social ou médico-social. L’objectif est double : sécuriser l’exercice des jeunes diplômés en leur offrant d’abord une expérience en poste stable, et renforcer la qualité et la continuité des soins en limitant le recours immédiat à des missions temporaires dès l’obtention du diplôme. Selon les textes, cette exigence vise à encourager l’intégration des professionnels dans des équipes pérennes et à réduire le turn-over, souvent pointé comme un facteur de fragilisation dans les services sociaux et médico-sociaux.
Concrètement, un jeune infirmier, aide-soignant, éducateur spécialisé ou médecin ne peut plus, à compter du 1er décembre 2025, être engagé en tant qu’intérimaire par une agence de travail temporaire sans justifier d’au moins 24 mois d’exercice professionnel en CDD, CDI, libéral ou vacations, cumulés hors missions d’intérim. Cette règle s’applique aux contrats conclus pour la première fois avec une entreprise de travail temporaire.
Le dispositif prévoit aussi des sanctions administratives à l’encontre des établissements qui ne le respecteraient pas, pouvant aller jusqu’à des amendes proportionnées au chiffre d’affaires ou aux recettes d’assurance maladie. Cette réforme a suscité des réactions contrastées : si certains acteurs y voient une façon de stabiliser les équipes et d’améliorer l’accompagnement des jeunes professionnels, d’autres alertent sur d’éventuelles difficultés de recrutement ou de remplacement, notamment dans des zones sous-dotées ou en périodes de forte tension.
Près d’un jeune sur deux (47 %) a un niveau bac, 7 % sont sans diplôme, 20 % ont un niveau inférieur au bac et 27 % un niveau supérieur au bac.
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