Valeur refuge

L’or garde son attrait dans la tourmente

Avec une progression de 65 % sur 2025, le métal jaune reste pour l’instant à l’abri des aléas géopolitiques

L’or garde son attrait dans la tourmente © Freepik

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Le métal jaune a certes enregistré une correction fin janvier, lorsqu’il a accusé son plus fort repli depuis 2013. Mais ce recul n’aura pas duré et le déclenchement de la guerre en Iran semble au contraire avoir ravivé l’attrait pour l’or. Début mars, juste après les premières offensives, l’once d’or a connu un nouveau pic, frôlant le record historique enregistré en début d’année à 5 600 dollars l’once (4700  euros). Plus que jamais, l’or joue son rôle de valeur refuge, qui lui avait valu en 2025 une progression de 65 %, portée par l’inflation, les tensions géopolitiques et les achats massifs des banques centrales.


Valeur refuge par excellence, l’or a pourtant enregistré fin janvier son plus fort repli depuis 2013. Il a terminé le premier mois de l’année à 4 894 dollars l’once (4 110 euros à cette date), après avoir frôlé 5 600 dollars (4 700 euros) quelques jours plus tôt, un niveau record. En cause, une décision de Donald Trump concernant la Réserve fédérale américaine, qui a ravivé l’attrait pour le dollar et provoqué une dégringolade sur le marché du métal jaune. “La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, qui est perçu comme partisan d’une politique monétaire plus conservatrice et donc potentiellement moins enclin à baisser les taux, a déclenché d’importantes prises de profit et une baisse marquée du prix de l’or”, détaille Clémentine Cazalets, économiste à la Monnaie de Paris. Après les fortes hausses enregistrées ces dernières semaines, de nombreux investisseurs ont été incités à vendre pour sécuriser leurs gains. “Ce mouvement de correction apparaît comme une évolution logique, et bienvenue, du marché”, souligne encore Clémentine Cazalets. Une envolée trop rapide des cours peut en effet fragiliser un actif, en alimentant des comportements spéculatifs.

Si l’or conserve ce statut si particulier, c’est aussi en raison de sa liquidité : il s’échange partout dans le monde, sur la base d’un prix de référence universellement reconnu.

Malgré ce repli, la performance de l’or est restée remarquable, en hausse de 13 % au cours du seul mois de janvier 2026, après une envolée de 65 % en 2025. La baisse ponctuelle observée en janvier ne semble pas remettre en cause les fondamentaux du marché. Inflation persistante, incertitudes géopolitiques, politiques monétaires encore hésitantes… Autant de paramètres qui continuent d’alimenter l’attrait pour le métal jaune, qui retrouve les faveurs des investisseurs dès que l’horizon économique s’assombrit. “Le cours de l’or évolue sur une tendance haussière depuis la crise du covid, mouvement qui a été renforcé par le déclenchement de la guerre en Ukraine”, décrypte François de Lassus, consultant pour Or en Cash, un réseau d’achat et de vente de métaux précieux. Le déclenchement de l’offensive en Iran semble toutefois porteur de remous : début mars, le métal jaune a à nouveau frôlé son record de janvier, avant de refluer autour de 5 000 dollars mi-mars.

L’atout de la liquidité

Si l’or conserve ce statut si particulier, c’est aussi en raison de ses caractéristiques intrinsèques. D’abord, sa liquidité : il s’échange partout dans le monde, sur la base d’un prix de référence universellement reconnu. “Il ne comporte pas non plus de risque de défaut. Lorsque vous détenez de l’or physique, il vous appartient pleinement. Il ne dépend pas de la solidité financière d’un émetteur, contrairement à une action ou à un produit boursier”, ajoute François de Lassus.

Autre facteur soutenant la demande en or : les banques centrales. Longtemps discrètes, elles se sont imposées ces dernières années comme des acteurs structurants du marché. “Depuis quatre ans, elles ont doublé leurs achats, passant de 500 tonnes à 1 000 tonnes par an en moyenne”, révèle Marc Schwartz, président-directeur général de la Monnaie de Paris. L’or apparaît pour elles comme un outil stratégique de diversification des réserves et de réduction de la dépendance au dollar. Dans un environnement économique incertain, le métal jaune séduit également de plus en plus les particuliers. Si l’or était perçu comme un placement confidentiel, réservé aux initiés, il s’est largement démocratisé ces dernières années.

“En popularisant l’idée d’une monnaie indépendante des États, le bitcoin a remis en lumière le rôle historique de l’or comme actif sans souveraineté, non adossé à un émetteur central.”

L’essor des crypto-actifs a paradoxalement contribué à ce regain d’intérêt. “En popularisant l’idée d’une monnaie indépendante des États, le bitcoin a remis en lumière le rôle historique de l’or comme actif sans souveraineté, non adossé à un émetteur central”, analyse Nicolas Faucon, directeur des opérations de Veracash, une plateforme d’achat d’or et d’argent.

À cette évolution s’ajoute une montée en puissance de la culture financière en France. “Les particuliers s’informent davantage, diversifient leurs placements et intègrent désormais l’or comme un actif patrimonial à part entière, et non plus comme une niche réservée à quelques investisseurs avertis”, souligne Nicolas Faucon. Sur le terrain, cette tendance se vérifie. “Nous observons que de plus en plus de clients diversifient leur porte­feuille avec de l’or. Le phénomène est à l’œuvre depuis plusieurs années et s’est nettement accéléré après la crise du covid”, remarque Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché chez eToro, une plateforme de trading et d’investissement.

Le retour des investisseurs

Enfin, depuis la fin de l’année dernière, un troisième acteur a fait son retour sur le marché : les investisseurs professionnels (grandes banques, gestionnaires d’actifs et fonds institutionnels). “Dans un contexte d’incertitudes, mais aussi séduits par les solides performances du métal jaune, ces acteurs sont revenus se positionner sur l’or”, constate Clémentine Cazalets. Ils jettent principalement leur dévolu sur les produits financiers, notamment les ETF (Exchange Traded Funds) adossés à l’or.

Les investisseurs professionnels jettent principalement leur dévolu sur les produits financiers, notamment les ETF (Exchange Traded Funds) adossés à l’or.

Si une partie de ces investissements s’inscrit dans une logique de diversification durable, une autre répond davantage à des objectifs opportunistes. Certains adoptent ainsi un comportement plus spéculatif, cherchant à capter la dynamique haussière à court terme.

Pour un investisseur, il existe plusieurs façons d’accéder au marché de l’or. La voie la plus intuitive demeure l’or physique (pièces, lingotins et lingots), apprécié pour sa simplicité et son caractère concret. Détenir un actif que l’on peut conserver soi-même renforce son pouvoir rassurant, particulièrement en période d’incertitude.

Le “bullion” pour moderniser l’or

C’est dans cet esprit que la Monnaie de Paris a récemment annoncé le lancement d’une offre or investissement : le “bullion”, héritier d’une pièce d’or du XVIIe siècle. “Compte tenu de l’intérêt des particuliers pour l’investissement en or, nous avons considéré qu’il était temps de lancer ce produit qui va être proposé aux particuliers d’ici à la fin du mois de juin”, précise Marc Schwartz.

Entièrement indexé sur le cours de l’or, le bullion sera décliné en deux formats : une pièce d’or physique et une version numérique dématérialisée, accessible et conservée en ligne de manière sécurisée. Il sera proposé en quatre dénominations, de 1/10e d’once à 1 once. “À travers ce projet, notre objectif est de moderniser l’investissement en or et de le rendre accessible au plus grand nombre”, explique Marc Schwartz.

ETF, CFD et or à effet de levier

Mais il est aussi possible d’investir dans l’or sans le détenir directement. Les ETF adossés au métal jaune figurent parmi les véhicules les plus utilisés. “Ces derniers répliquent l’évolution de son cours”, précise Antoine Fraysse-Soulier. Cotés en bourse, ces fonds permettent d’acheter de l’or papier comme une action, via un simple compte-titres. En théorie, l’or appartient aux investisseurs et peut être réclamé. “Toutefois, en cas de crise majeure, la récupération effective peut s’avérer plus complexe”, souligne François de Lassus. D’autres instruments, plus spéculatifs, existent également. “Il est possible d’investir via des CFD (Contracts For Difference), qui répliquent la performance de l’or. Ces instruments permettent d’utiliser un effet de levier”, relate Antoine Fraysse-Soulier.

Contrairement aux ETF, les CFD sont des produits dérivés. L’investisseur ne détient ni or physique ni parts de fonds, mais conclut un contrat avec un courtier pour échanger la différence de prix entre l’ouverture et la clôture de sa position. L’effet de levier peut amplifier les gains comme les pertes. Malgré des performances remarquables ces dernières années, l’or reste soumis à des fluctuations à court terme. Il s’adresse principalement aux investisseurs capables d’adopter une vision de moyen et long terme, au-delà des soubresauts conjoncturels.

Audrey Fréel

Dubaï lance le premier quartier mondial dédié à l’or

Il s’agit d’une première mondiale ! Un mois avant que n’éclate la guerre en Iran, le promoteur immobilier Ithra Dubai a inauguré, fin janvier, le Dubai Gold District, un quartier entièrement consacré au commerce de l’or et de la joaillerie implanté dans le quartier historique de Deira. À proximité immédiate du célèbre Gold Souk, ce nouveau pôle ambitionne de devenir une référence internationale en réunissant l’ensemble de la chaîne de valeur du métal précieux : vente au détail, négoce de lingots, commerce de gros, activités d’investissement et services associés. “Le district fédère un écosystème significatif et diversifié de commerçants, d’investisseurs, de détaillants et de marques internationales, au service des consommateurs et des visiteurs sur les marchés internationaux et le long des principaux corridors commerciaux mondiaux”, a déclaré Issam Galadari, le PDG de Ithra Dubai.

À travers ce projet, Dubaï veut consolider son positionnement stratégique au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, au cœur des grandes routes du commerce mondial. Le quartier compte plus de 1 000 boutiques spécialisées dans l’or, la joaillerie, la parfumerie et les cosmétiques. L’une des attractions phares sera la première “Gold Street” au monde, une rue construite avec de l’or, dont les détails seront dévoilés progressivement. Au-delà de l’effet d’annonce, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer le rôle des Émirats arabes unis dans le commerce mondial des métaux précieux. Selon les autorités, le pays a exporté pour environ 53,41 milliards de dollars d’or entre 2024 et 2025, avec des partenaires commerciaux majeurs tels que la Suisse, le Royaume-Uni, l’Inde, Hong Kong et la Turquie. Le pays se hisse aujourd’hui au deuxième rang mondial pour le négoce physique de l’or.

L’argent règne sur l’industrie

Considéré comme le “petit frère” de l’or, l’argent a également connu des rebondissements ces derniers mois. “Son évolution reste largement corrélée à celle de l’or. En règle générale, son cours suit les mouvements de l’or mais avec une volatilité plus marquée. Les hausses sont généralement plus fortes et les baisses aussi”, constate Clémentine Cazalets, économiste à la Monnaie de Paris. Cela s’explique notamment par un marché plus étroit et moins liquide.

L’argent se distingue aussi par sa dimension industrielle. Contrairement à l’or, il est avant tout utilisé dans l’industrie. “Environ 50 % de son usage est industriel”, confirme Nicolas Faucon, directeur des opérations de Veracash. L’argent est indispensable à plusieurs secteurs en forte croissance, comme l’électrification des véhicules, l’électronique ou encore le photovoltaïque. “Les industriels n’ont évidemment pas intérêt à voir son prix s’envoler”, observe Nicolas Faucon. Toutefois, les tensions géopolitiques actuelles, notamment les rivalités entre l’Asie et les États-Unis autour des métaux critiques, accentuent les déséquilibres. “La production n’augmente pas au même rythme que les besoins et les capacités de recyclage restent limitées, ce qui accentue les pressions sur le marché”, pointe Nicolas Faucon.

Côté accessibilité, l’argent présente un atout non négligeable : une once coûtait environ 70 dollars en février 2026, ce qui le rend plus abordable pour les investisseurs disposant d’un budget restreint. Mais ce métal s’adresse davantage à des profils prêts à accepter une volatilité supérieure à celle de l’or. Plus cyclique et plus exposé à la conjoncture industrielle, il offre un potentiel de performance important, mais au prix d’un risque accru.

“Si l’argent peut bien performer en période de crise et adopter ponctuellement un comportement de valeur refuge, il est difficile de le qualifier comme tel de manière systématique, car ses phases de baisse peuvent être plus brutales”, met en garde Clémentine Cazalets.

- En 2024, 45 % des stocks mondiaux d’or ont été utilisés pour la fabrication des bijoux, ce qui demeure le principal débouché du métal jaune.
- La Réserve fédérale des États-Unis détient 6 700 tonnes d’or, réparties en 530 000 lingots.
- En 2024, 22 % des stocks mondiaux d’or étaient détenus à des fins d’investissement.

Source : World Gold Council


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