Assurance-vie

Tirer le meilleur parti des fonds en euros

Portés par la remontée des taux obligataires et le repli des rendements du livret A, ces placements font leur grand retour

Tirer le meilleur parti des fonds en euros © Freepik

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Après plusieurs années de désaffection, les fonds en euros connaissent un retour en grâce et ont largement contribué à une collecte record pour l’assurance-vie au premier semestre 2025. Avec la remontée des taux obligataires et face à la baisse du rendement du livret A, ils voient leur performance caracoler depuis 2023 à 2,60 %. De quoi attirer de nouveau les épargnants. Ceux-ci ont cependant tout intérêt à prendre le temps de comparer les offres et à se montrer actifs dans la gestion de leur contrat, notamment en restant attentifs au rendement sur la durée. Car entre les offres de taux bonifiés, les différentes stratégies de gestion et les réserves inégalement dotées, les écarts se creusent entre les assureurs.


Au cours du premier semestre 2025, la collecte nette de l’assurance-vie a atteint un montant record depuis 2010, à 26,6 milliards d’euros. Ce placement, détenu par 42 % des ménages français, n’a pas faibli durant l’été, avec 4,1 milliards d’euros de collecte nette en juillet et 3,7 milliards d’euros en août, respectivement deux et six fois plus qu’un an auparavant. Cette dynamique est portée à la fois par les deux supports de l’assurance-vie, les unités de compte (UC) et les fonds en euros, ce qui constitue une “rupture par rapport aux années 2020-2024”, souligne Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne.

D’un plus bas historique, le rendement moyen des fonds en euros nets de frais de gestion est passé à 1,9 % en 2022 et à 2,6 % en 2023.

“Les fonds en euros avaient été maltraités pendant cette période, d’abord en raison de la politique accommodante de la Banque centrale européenne, puis avec la hausse de l’inflation, qui a provoqué une inversion de la courbe des taux, avec des taux courts supérieurs aux taux longs”, détaille l’économiste.

Le retour en grâce des fonds en euros depuis le début de l’année 2025 “s’explique par la progression de leur rendement”, poursuit Philippe Crevel. Après avoir atteint en 2020 et en 2021 son niveau historiquement le plus bas (1,3 %), le rendement moyen des fonds en euros net de frais de gestion est passé à 1,9 % en 2022 et à 2,6 % en 2023. L’an dernier, leur taux moyen s’est établi à 2,63 %, selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Parallèlement, les taux de l’épargne réglementée ont plongé, avec un livret A passant de 3 % en janvier à 1,7 % en août, et sont promis à une nouvelle baisse en février prochain (lire en encadré). De quoi attirer d’autant plus les épargnants vers les fonds en euros, qui, tout comme l’épargne réglementée, garantissent le capital investi. “C’est seulement depuis l’année dernière que nous avons intégré un fonds en euros à notre gamme, mais nous voyons que son ajout booste énormément la collecte”, observe ainsi Valentine Demaison, directrice générale de la fintech Mon Petit Placement.

De l’épargne fraîche pour un rendement à la hausse

En 2025, “les taux devraient rester au même niveau que ceux servis en 2024, autour de 2,60 %”, estime Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site Good Value for Money. “Ce sera à nouveau un très gros effort pour le secteur, car le rendement des poches obligataires [parts du portefeuille constituées d’obligations, ndlr] des fonds euros reste encore très bas”, poursuit-il. En effet, les assureurs conservent dans leur actif général de nombreuses obligations faiblement rémunérées qu’ils remplacent progressivement par des titres aux taux plus élevés. C’est ce qui explique la multiplication des offres de taux bonifiés sur les fonds en euros. “Toutes ces offres concernent de l’épargne fraîche. Elles ont vocation à permettre aux opérateurs d’acheter des obligations à taux élevé pour contribuer à diluer à la hausse le rendement moyen de la poche obligataire”, explique Cyrille Chartier-Kastler.

La stabilité attendue du rendement moyen en 2025 pourrait masquer un accroissement des disparités entre les taux servis.

Pour Maxime Poque, directeur épargne chez Bourse Direct, “le renouvellement complet du stock d’obligations détenues par les assureurs va prendre du temps”. Certains assureurs pourraient, une fois encore, puiser dans leur provision pour participation aux bénéfices (PPB), déjà bien mise à contribution ces dernières années. La PPB est passée de 4,41 % en moyenne fin 2023 à 3,91 % fin 2024. “Ce sont presque 8 milliards d’euros qui ont été reversés aux épargnants en 2024”, pointe Maxime Poque. Pour cette année, tous les assureurs ne pourront toutefois pas compter sur leur PPB. “Certains acteurs n’ont plus beaucoup de réserves. Il est possible que les PPB soient moins utilisées en 2025”, estime Philippe Crevel.

La stabilité attendue du rendement moyen en 2025 pourrait masquer un accroissement des disparités entre les taux servis, prévient Cyrille Chartier-Kastler. Cette diversité s’explique par la “multiplicité des situations : existence ou non d’un système de bonus, fonds positionnés sur la nouvelle donne obligataire, fonds s’appuyant sur un actif générant un rendement financier élevé ou encore fonds disposant de réserves importantes, comme chez la plupart des bancassureurs”, détaille-t-il. “Le rendement des fonds euros peut varier selon les contrats, avec des écarts pouvant aller du simple au triple, abonde Maxime Poque. Le point de départ pour l’épargnant est donc de comparer les rendements servis sur la durée, pas seulement l’année précédente.”

Taux servis sur la durée et frais d’entrée

Concernant les offres de taux bonifiés, “force est de constater qu’elles sont désormais accessibles, pour bon nombre d’entre elles, avec 0 % de frais à l’entrée sur les versements, sans réel montant minimal de versement et sans condition d’investissement en UC”, observe Cyrille Chartier-Kastler sur la base d’un comparatif des promotions en cours. Pour les offres qui incluent une condition d’investissement en UC ou un bonus supplémentaire le cas échéant, “il est important de bien choisir les UC en question, et notamment de faire des choix cohérents avec ses préférences d’investissement en termes de performance et de risques”, recommande Maxime Poque.

“L’idéal est de comparer la qualité de gestion sur dix ans plutôt que de se laisser séduire par des offres commerciales ponctuelles.”

Recommandation classique mais souvent négligée : l’épargnant doit aussi examiner les frais de près. “Peu importe la stratégie choisie, les frais ponctionnent la performance du contrat, il est indispensable de les comparer avec attention. Par exemple, Bourse Direct n’applique pas de frais d’entrée”, souligne Maxime Poque. Ces frais peuvent être négociés, rappelle de son côté Philippe Crevel, qui insiste aussi sur la nécessité d’avoir une “gestion active et non subie” de son ou ses contrats d’assurance-vie.

De son côté, Valentine Demaison conseille de se pencher sur l’historique de gestion et la stratégie d’investissement propre à chaque assureur. “La performance d’un fonds en euros dépend beaucoup de la gestion de l’assureur, notamment sur la composante non obligataire, qui peut être investie dans l’immobilier, les actions ou encore le private equity, indique-t-elle. L’idéal est de comparer la qualité de gestion sur dix ans plutôt que de se laisser séduire par des offres commerciales ponctuelles. Un bon indicateur est la performance durant les années 2018-2020, quand les rendements obligataires étaient négatifs : seuls les assureurs ayant bien géré le cycle précédent ont continué à délivrer du rendement.”

Un maître mot : diversification

La diversification de la part non obligataire du fonds en euros est aussi intéressante à étudier. “Plus cette poche est diversifiée, mieux c’est”, indique la directrice générale de Mon Petit Placement. Les opportunités offertes par les fonds en euros ne doivent en effet pas faire oublier la nécessité de diversifier son épargne, une règle essentielle pour éviter la concentration des risques. “Les épargnants doivent se souvenir que les fonds en euros sont en moyenne investis à 25 % sur la dette souveraine française et que le niveau élevé des taux des obligations à dix ans est le reflet de la dérive de la charge de la dette de l’État, rappelle Cyrille Chartier-Kastler. Les fonds en euros sont donc à utiliser en connaissance de cause, au regard de la situation économique et politique de la France.”

Il est intéressant de constater que les incertitudes actuelles ne dissuadent pas les épargnants de recourir aux UC. “Pendant les crises précédentes, les ménages français avaient tendance à réduire du jour au lendemain leurs investissements en UC. Ce n’est plus le cas, grâce à un apprentissage dû aux crises, mais aussi grâce aux incitations à la diversification par les assureurs”, relève Philippe Crevel.

Valentine Demaison recommande quant à elle d’appliquer la méthode du “Dollar Cost Averaging” (achats périodiques par sommes fixes) sur la part de l’investissement dédiée aux UC. “La méthode consiste à investir la même somme à intervalles réguliers pour lisser son prix de revient, explique-t-elle. Cette approche permet d’atténuer la volatilité et de réduire les biais cognitifs. En investissant ainsi de façon régulière et disciplinée, on traverse généralement les périodes chahutées sans trop de pertes.” Un conseil avisé en ces temps mouvementés.

Jessica Berthereau

Livrets réglementés, vers une nouvelle baisse des taux

La rémunération du livret A et du livret de développement durable et solidaire (LDDS), passée de 3 % à 1,7 % en quelques mois, devrait de nouveau être révisée à la baisse en février 2026. “Étant donné l’évolution de l’inflation et des taux inter­bancaires, le taux du livret A pourrait baisser à 1,5 % en février. Le rendement réel serait toujours positif, de 0,5 % si on table sur une inflation de 1 %. C’est modeste mais cohérent avec ce type de placement à court terme et sans risque”, estime Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. La formule de calcul du taux du livret A repose en effet sur une moyenne entre le taux d’inflation et les taux interbancaires à court terme, mais le gouvernement conserve la possibilité d’y déroger. C’est ce qui s’était produit entre le 1er février 2023 et le 31 janvier 2025, lorsque le taux avait été gelé à 3 %. Une nouvelle baisse du taux pourrait inciter les ménages à déplacer leur épargne vers d’autres supports plus rémunérateurs.

Selon un sondage réalisé en août auprès de 3 200 personnes par la plate­forme d’investissement participatif Bricks.co, près de 40 % des Français jugent la dernière baisse de taux “inacceptable”, tandis que 38 % l’estiment “compréhensible” en raison du contexte économique. D’après cette enquête, 73 % des sondés envisagent de modifier leur stratégie d’épargne : près de la moitié des répondants souhaitent rediriger au moins 30 % de leur épargne vers un placement plus dynamique, et 12 % seraient même prêts à transférer l’intégralité de leur épargne réglementée. Du côté des alternatives de placement, l’assurance-vie ressort en tête, plébiscitée par plus d’un Français sur deux. L’immobilier séduit également, sous forme locative (43 %) ou par crowdfunding (31 %), tandis que la bourse attire 34 % des répondants. Les crypto-actifs, eux, demeurent minoritaires avec 10 % des intentions d’investissement.

La fermeture programmée des PEL devrait bénéficier à l’assurance-vie

Créé en 1969 pour faciliter l’accès à la propriété immobilière, le plan d’épargne logement (PEL) a connu une modification importante en 2011 : les plans ouverts à partir du 1er mars de cette année-là ont une durée maximale de détention fixée à quinze ans. À partir du 1er mars 2026, les PEL concernés seront donc fermés et transformés en livrets bancaires ordinaires. “Les clôtures automatiques des PEL sur la période 2026-2030 (pour des PEL ouverts entre 2011 et 2015) vont être particulièrement importantes en raison du dynamisme des ouvertures réalisées au cours de la période 2013-2016”, prévient la Banque de France dans son dernier rapport annuel sur l’épargne réglementée, publié en juillet. Toutefois, ce sont ces générations de PEL dont les encours ont le plus baissé ces dernières années.

En combinant ces deux dynamiques inverses, la Banque de France estime que jusqu’à 93 milliards d’euros d’encours pourraient être concernés sur la période 2026-2030, avec un pic en 2030 à 1,1 million de plans et 28 milliards d’euros d’encours. “Cette réallocation pourrait bénéficier à l’assurance-vie, estime l’économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. Les épargnants concernés pourraient ouvrir un nouveau PEL, mais ce ne serait pas très intéressant du point de vue du rendement [1,75 % en 2025, ndlr], d’autant plus que depuis 2018 les intérêts du PEL sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %.” Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site Good Value for Money, prévoit également que la fermeture programmée des PEL stimulera la collecte de l’assurance-vie en 2026, en particulier chez les bancassureurs qui disposent “d’une forte capacité à orienter l’épargne fraîche de leurs clients”. Pour Valentine Demaison, directrice générale de Mon Petit Placement, il est possible qu’une partie de cette épargne soit dédiée à de l’immobilier. “Si la fermeture des PEL coïncide avec une baisse des taux d’emprunt, certains pourraient en profiter pour relancer un projet immobilier mis en suspens ces dernières années.”

En 2024 :
• 90,5 % des ménages résidant en France détiennent du patrimoine financier.
• Les livrets d’épargne et l’assurance-vie sont leurs placements préférés :
- 78,1 % des ménages possèdent un livret A
- 41,7 % des ménages possèdent une assurance-vie
• L'assurance-vie est le produit ayant connu la plus forte hausse du taux de détention : +15,8 points sur les 20 dernières années.

Source : “La détention de patrimoine des ménages en 2024”, Insee, mai 2025


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