Trump power 2,
Anne Toulouse
Onze jours après son assassinat, il n’a pas fallu moins de deux stades pour contenir dimanche dernier tous ceux qui étaient venus rendre un dernier hommage à Charlie Kirk. Au premier rang se trouvait Donald Trump, proche politiquement de ce jeune ambassadeur de la pensée conservatrice, mais éloigné de sa méthode, qui était le dialogue et la persuasion. Dans son éloge funèbre, le président a d’ailleurs mis lui-même les points sur les i lorsqu’après avoir cité ces mots de la victime, “je ne suis pas là pour me battre (avec mes adversaires) mais pour les connaître et les aimer”, il a commenté “c’est là que je suis en désaccord avec Charlie, je hais mes adversaires et je ne leur veux pas de bien”.
Sur le papier, les Américains sont le peuple le plus libéral ou libertaire du monde. Dans la pratique, il en est autrement.
Dans un pays où l’on ne s’étonne plus de rien, on a ainsi assisté à une extraordinaire collision entre l’hommage à un jeune homme qui professait l’écoute du point de vue adverse, et les mesures de rétorsion contre ceux qui s’étaient exprimés négativement sur sa personne ou les circonstances de sa mort. Parmi les millions de messages postés sur les réseaux sociaux, on trouve les habituels conspirationnistes, avec en tête Candace Owens, celle-là même qui prétend que Brigitte Macron est un homme ! Cette fois-ci, elle affirme que l’assassin aurait été mandaté par Israël, avec lequel Charlie Kirk aurait pris ses distances. Il y a aussi tous ceux qui ont suggéré, plus ou moins clairement, que la victime avait bien cherché ce qui lui est arrivé pour avoir soutenu l’usage des armes à feu. Selon le quotidien ‘USA Today’, une centaine de personnes auraient été suspendues ou licenciées après avoir posté des commentaires jugés “inappropriés”. Le cas le plus célèbre est celui de l’animateur d’un show télévisé, Jimmy Kimmel, que la chaîne ABC a cru prudent de suspendre provisoirement après un commentaire qui, certes, ne brillait pas par l’esprit, mais là n’est pas la question. Les États-Unis ont une fois de plus plongé dans un débat sur la liberté d’expression.
“The bill of rights”
Dans ces circonstances, tout le monde se drape dans le 1er amendement de la Constitution qui, en 1791, a ouvert les dix chapitres définissant les droits fondamentaux des citoyens, que l’on appelle “the bill of rights” . Il est intéressant de voir que la directive s’adresse au Congrès, afin qu’il ne promulgue pas de loi attentant à la liberté de parole, de religion, d’assemblée ou limitant la liberté de la presse. Sur le papier, les Américains sont le peuple le plus libéral ou libertaire du monde. Dans la pratique il en est autrement. Dès la première vague d’immigrants, les puritains qui avaient fui les persécutions religieuses ont eu à cœur de les perpétuer, par exemple en pendant les quakers qui ne partageaient pas leur interprétation des écritures. Au fil des siècles, on retrouve constamment la trace de ceux qui n’hésitent pas imposer leurs idées ou leur sens de la morale à leurs contemporains. La Prohibition en est un exemple, il y aura le maccarthisme, qui ira jusqu’à épurer Hollywood puis, plus récemment, le wokisme qui a sacrifié plus d’une carrière, universitaire ou autre, sur l’autel du politiquement correct. Aujourd’hui, les vannes sont ouvertes au niveau présidentiel.
Une célèbre figure de l’extrême droite, Tucker Carlson, va jusqu’à menacer de désobéissance civile si le gouvernement se mettait à manipuler la liberté d’expression.
“Hate speech” et “Consequence culture”
Après s’être plaint que “97 fois sur 100”, la presse ne lui rendait pas justice, Donald Trump a été relayé par sa ministre de la Justice Pat Bondi, qui a introduit le concept de “hate speech”, un “discours haineux”, qui selon elle n’aurait pas sa place dans la liberté d’expression. On a aussi vu apparaître la notion de “conséquence culture”, qui voudrait que certaines façons de décrire les faits aient des conséquences… négatives. Il y a 8 mois, Donald Trump avait marqué son arrivée à la Maison-Blanche en signant un décret exaltant la liberté d’expression. Aujourd’hui, jusque dans son propre parti, on voit se manifester un malaise devant la façon dont il l’interprète. L’une des célèbres figures de l’extrême droite, Tucker Carlson, va jusqu’à menacer de désobéissance civile si le gouvernement se mettait à manipuler la liberté d’expression. L’un des plus puissants sénateurs républicains, Ted Cruz, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’il a comparé à des pratiques maffieuses, destinées à réduire au silence des voix qui déplaisent. “Cela peut paraître bon maintenant, a-t-il dit, mais on le regrettera quand cela sera utilisé pour faire taire les voix conservatrices”.