Tourisme domestique

L’Inde, nouvel Eldorado des chaînes hôtelières

Sa population équivaut à celle de la Chine et son niveau de vie augmente, mais elle ne compte pas plus d’hôtels que les Émirats arabes unis

L’Inde, nouvel Eldorado des chaînes hôtelières Le Taj Mahal Palace, Bombai - Photo de Avinash A sur Unsplash

Patna se trouve à une journée de voyage de Bodh Gaya, où Bouddha aurait atteint l’illumination, et des ruines de Nalanda, un ancien monastère visité par le moine chinois Xuanzang lors de son voyage vers l’Ouest au Ve siècle. C’est la capitale du Bihar, un État [du nord-est de l’Inde, ndt] de près de 130 millions d’habitants, et une étape pour les pèlerins. Pourtant, jusqu’à récemment, elle ne comptait pas un seul hôtel haut de gamme.

Point d’inflexion et boom du tourisme

Tout a changé il y a un an, lorsque l’Indian Hotel Company Limited (IHCL), la plus grande chaîne hôtelière du pays, a ouvert un hôtel de luxe de la marque Taj, dont les chambres donnent sur le Gange sacré. Récemment, on a pu croiser dans son restaurant un couple local qui célébrait son anniversaire de mariage tandis qu’une autre famille sirotait des sodas au citron vert hors de prix.

Cet hôtel est l’un des quelque 50 que l’IHCL a ouverts en Inde depuis le début de l’année 2024. Aujourd’hui, elle en exploite ou en développe plus de 350 à travers le pays, et prévoit de doubler ce chiffre pour atteindre près de 700 d’ici 2030. La société française Accor et son partenaire indien InterGlobe souhaitent passer de 111 à 300 hôtels au cours de la même période. D’autres grandes chaînes mondiales, dont Radisson et Marriott, ont des projets tout aussi ambitieux.

“Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie en Inde ont connu un regain d’activité après les confinements liés à la pandémie. “Et depuis, la demande n’a pas ralenti””

Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie en Inde ont connu un regain d’activité après les confinements liés à la pandémie. “Et depuis, la demande n’a pas ralenti”, note Puneet Chhatwal, directeur général d’IHCL. Même si les tarifs ont augmenté en conséquence, les réservations ont continué, selon Pushan Sharma, de Crisil Intelligence, un cabinet d’études.

L’économie indienne se trouve à un “point d’inflexion”, juge Gaurav Bhushan, d’Accor. Les économistes estiment que les dépenses discrétionnaires [non essentielles, ndt] commencent à augmenter lorsque le PIB par habitant atteint entre 2 000 et 3 000 dollars [1 700 et 2 600 euros]. L’Inde a atteint la borne inférieurede cette fourchette pendant la pandémie et est à deux doigts d’atteindre la borne supérieure.

Hôtels de standing dans les villes moyennes

Les Indiens voyagent désormais à travers leur propre pays pour assister à des concerts et à des matchs de cricket. Le “tourisme spirituel” est également en vogue, ce qui a conduit à l’ouverture d’hôtels dans des endroits comme Ayodhya, où se trouve un nouveau temple grandiose. “Tout à coup, tout le monde semble être en pèlerinage religieux permanent” explique Puneet Chhatwal.

Les efforts du gouvernement en matière d’infrastructures au cours de la dernière décennie ont également alimenté cette multiplication des voyages. Des milliers de kilomètres de nouvelles autoroutes ont ouvert la voie à des vacances en voiture. Les liaisons aériennes entre les villes ont augmenté de plus d’un quart depuis la période pré-pandémie.

“Les Indiens voyagent désormais à travers leur propre pays pour assister à des concerts et à des matchs de cricket. Le “tourisme spirituel” est également en vogue”

L’offre de chambres d’hôtel a du mal à suivre. Le nombre de chambres dites “de marque” [‘branded’], comme on les appelle dans le secteur, est passé à 200 000 l’année dernière, contre 100 000 en 2014. Un chiffre équivalent aux Émirats arabes unis, dont la population représente cependant seulement un centième de celle de l’Inde. 100 000 chambres supplémentaires devraient être disponibles d’ici la fin de la décennie.

Bien que la plupart des villes, y compris les centres commerciaux et les capitales de nombreux États, manquent encore d’hôtels décents, la situation est en train de changer. Il y a dix ans, 69 % des chambres de marque en Inde se répartissaient entre dix villes. Ce chiffre est tombé à 58 % cette année. Horwath HTL, un cabinet de conseil en hôtellerie, prévoit qu’il tombera à 50 % d’ici 2029. L’année dernière, les deux tiers des ouvertures d’hôtels ont eu lieu en dehors des dix premières villes du pays.

Ces hôtels ne sont pas uniquement destinés aux voyageurs. Les villes de moyennes manquent de restaurants haut de gamme, de spas et de salles de réception pour organiser les mariages indiens. “Nous avons compris qu’en ouvrant un hôtel basique dans une ville de second rang, cela ne marche pas. Les gens veulent une salle de banquet, une piscine, des pelouses”, explique Aditya Pande, d’InterGlobe.

Les risques d’une expansion excessive

Qu’est-ce qui pourrait ralentir la croissance du secteur ? Curieusement, la faible attractivité de l’Inde aux yeux des touristes étrangers est une source de résilience pour le secteur hôtelier, qui le protège des chocs géopolitiques. La taille de l’Inde est également un atout : les catastrophes naturelles qui ont lieu en un endroit de ce grand pays poussent simplement les voyageurs vers d’autres destinations. Le récent crash d’un vol Air India à destination de Londres a découragé certains clients, mais ceux-ci peuvent se tourner vers d’autres compagnies aériennes. La baisse des taux d’intérêt et la faible inflation qui est attendue sont de bon augure pour les dépenses discrétionnaires.

“Curieusement, la faible attractivité de l’Inde aux yeux des touristes étrangers est une source de résilience pour le secteur hôtelier, qui le protège des chocs géopolitiques”

Les risques les plus importants sont internes au secteur. L’un d’eux est la faible offre de main-d’œuvre qualifiée, le turn-over du personnel étant élevé. L’accès au financement est une autre source d’inquiétude. Mais la plus grande menace vient d’une expansion trop rapide. Oyo, une start-up hôtelière autrefois très en vogue, est un exemple édifiant. Elle a connu une croissance trop rapide pour maintenir ses standards, qui constituent l’attrait principal d’un hôtel de marque. Les voyageurs ont commencé à la bouder.

Une expansion excessive peut également poser problème si un lieu ne peut pas accueillir un trop grand nombre de touristes. Certaines stations de montagne souffrent déjà d’embouteillages, de pollution, de pénurie d’eau et de hordes de touristes se bousculant pour prendre des selfies. De nombreux Indiens découvrent leur pays pour la première fois. Les chaînes hôtelières dynamiques ont un rôle à jouer pour que ce ne soit pas la dernière.

The Economist

© 2025 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : www.economist.com.

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