■ Cet article en accès libre vous permet de découvrir la pertinence et l’utilité du Nouvel Economiste. Votre inscription à l’essai 24h gratuit vous permettra d’accéder à l’ensemble des articles du site.
Maelström moyen-oriental,
Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont
La guerre “préventive” contre l’Iran menée le mois dernier par Israël avec l’appui des États-Unis annonce-t-elle le retour d’un interventionnisme occidental débridé ? L’expérience irakienne de 2003 puis celle de Libye en 2011 ont laissé un goût amer. Chaque fois que les Occidentaux ont cru bon de changer la face du Moyen-Orient ou de l’Afrique du Nord, ils s’y sont cassé les dents et leurs opérations ont tourné au fiasco.
Manipulation de l’opinion et succès militaires
Toutes ces interventions obéissent au même schéma : tout d’abord lancées au nom de prétextes moraux, elles se sont accompagnées de vastes campagnes médiatiques de manipulation de l’opinion, et après des premiers succès militaires enivrants, se sont in fine soldées par des effets collatéraux dévastateurs.
Ces opérations ont certes été dirigées contre des régimes dictatoriaux usés. Qu’il s’agisse des purges de Kadhafi en Libye, du sort réservé aux Kurdes et aux chiites par Saddam Hussein en Irak, ou encore des geôles de Bachar al-Assad en Syrie, la répression était impitoyable. Mais les régimes qui leur ont succédé l’ont-ils été moins ?
Après la chute de Kadhafi, la Libye a sombré encore plus vite dans le chaos, laissant de nombreux groupuscules islamistes profiter de la déliquescence de l’État.
En 2003, prétextant une menace réelle et imminente, l’ancien secrétaire d’État américain Colin Powell se présente à la tribune de l’ONU agitant une fiole d’anthrax censée prouver que l’Irak de Saddam Hussein développe des armes bactériologiques et de destruction massive – des accusations qui se révéleront fausses par la suite.
En 2011, la France et le Royaume-Uni, à l’initiative de l’offensive en Libye, s’appuient sur la révolte de Benghazi largement médiatisée. Enfin le régime syrien est accusé d’utiliser des armes chimiques avant que le président Obama ne renonce in extremis à une intervention militaire.
De son côté, Benjamin Netanyahu a qualifié d’imminente la menace d’un Iran nucléaire pour justifier les frappes israéliennes et convaincre Donald Trump, à rebours de ses engagements de campagne, de bombarder les sites nucléaires de Fardo, Natanz et Ispahan.
En Irak comme en Libye, ces interventions éclair ont été marquées par des succès militaires tactiques indiscutables. Moins d’un mois après le lancement de l’intervention en mars 2003, Bagdad tombe. Côté libyen, initialement menée par la France, le Royaume Uni et les États-Unis, l’opération passe rapidement sous commandement de l’Otan et se solde par la chute du régime de Kadhafi et son exécution sommaire aux yeux du monde entier.
Échecs en cascade sur le long terme
Tout cela à quel prix et pour quelle issue politique ? Après neuf ans d’occupation et de dépenses militaires titanesques dépassant les centaines de milliards de dollars, les soldats américains quittent l’Irak en 2011, laissant le pays à feu et à sang. Trois ans plus tard, Daech s’emparera de la moitié du territoire et établira l’État islamique, plongeant la région dans l’abîme, avec des conséquences qui frapperont jusqu’à la France avec les terribles attentats du Bataclan.
Des voix prémonitoires avaient anticipé le coût humain, l’échec stratégique mais aussi la perte de crédibilité diplomatique des Occidentaux.
Après la chute de Kadhafi, la Libye a sombré encore plus vite dans le chaos, laissant de nombreux groupuscules islamistes profiter de la déliquescence de l’État et du vide sécuritaire pour s’imposer et se projeter vers le Sahel et la région des grands lacs.
Si les opérations françaises Serval puis Barkhane ont permis dans un premier temps de contenir l’offensive des groupes djihadistes, la disproportion des moyens déployés par rapport à l’immensité du territoire couvert et les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont obligé la France à se retirer.
Enfin pour la Syrie, même s’il n’y a pas eu intervention directe contre le pouvoir en place comme en Irak et en Libye, le soutien des Occidentaux aux rebelles syriens dans un premier temps et l’isolement total du régime d’Assad – répondant à une vision manichéenne des réalités locales – ont facilité son renversement par les islamistes en décembre 2024. Depuis, l’ancien djihadiste Al-Joulani devenu président est incapable de restaurer l’unité de l’État et de protéger les minorités, si tant est qu’il en ait la volonté…
Perte de crédibilité dans un monde multipolaire
Lors de chaque engagement militaire, des personnalités ont tenté d’alerter l’opinion. Ministre de la Défense de Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement est même allé jusqu’à démissionner en 1991 pour protester contre l’engagement de la France dans la première guerre du golfe Persique. En 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires Étrangères de Jacques Chirac, a expliqué dans un célèbre discours au Conseil de sécurité de l’ONU, pourquoi la France refusait de s’engager aux côtés de Washington et de Londres pour intervenir en Irak.
Ces voix prémonitoires avaient anticipé le coût humain, l’échec stratégique mais aussi la perte de crédibilité diplomatique des Occidentaux. Dans un monde de plus en plus multipolaire, le double langage de grandes puissances qui dictent et exigent le respect sans équivoque du droit international sans même l’appliquer lorsqu’il s’agit de leurs propres intérêts, ne fait plus illusion.
Donald Trump, élu sur la promesse de rompre avec l’interventionnisme tous azimuts de ses prédécesseurs, est-il intervenu en Iran pour solde de tout compte afin de calmer son allié israélien et faire pression sur le pouvoir iranien, ou bien va-t-il céder à la tentation d’imposer son ordre par la force ? L’issue du dossier iranien le dira.
Syrie, une guerre civile renouvelée ?
Iran-Israël, l’engrenage funeste
De Paris à Riyad, le Liban change d’orbite
Fin de l'opération Barkhane, un aveu d’impuissance pour la France ?
La Libye, enjeu stratégique des nouveaux empires
N'est pas superpuissance mondiale qui veut
Warning: Undefined array key 0 in /var/www/html/wp-content/plugins/nveco-annuairecontextuel/public/class-nveco-annuairecontextuel-public.php on line 122
Warning: Trying to access array offset on value of type null in /var/www/html/wp-content/plugins/nveco-annuairecontextuel/public/class-nveco-annuairecontextuel-public.php on line 122