Par Anne Thiriet
L’annonce a été vécue comme un choc. Dans un communiqué daté du 1er juillet, Sanofi a annoncé céder son site de Maisons-Alfort (450 salariés) au sous-traitant allemand Adragos. Ce dernier apporterait “de nouvelles activités et volumes”, est-il précisé. “Adragos et Sanofi s’engageraient dans un partenariat stratégique de long terme, visant à maintenir la production de Lovenox sur le site pendant cinq ans, sans aucun impact pour les patients ni les professionnels de santé.” Des déclarations qui ne rassurent ni les salariés, ni les élus.
“Nous avons une garantie d’activité, mais aucune garantie de volume pour assurer l’équilibre économique du site.”
Olivier Capitano, président du conseil départemental du Val-de-Marne, se dit stupéfait de la méthode employée par le laboratoire pharmaceutique français (à capitaux majoritairement étrangers). “Nous n’avons reçu aucune information préalable de la part des responsables. Je les ai rencontrés il y a trois mois à propos du campus de recherche et développement de Gentilly, que le laboratoire venait juste de fermer, rapporte-t-il. Ils m’avaient parlé des baisses de vente de l’anticoagulant Lovenox qui était fabriqué à Maisons-Alfort en m’assurant cependant de leur attachement au site, et en soulignant la forte expertise des salariés dans les produits injectables.”
“Des aides publiques importantes”
Le coup est d’autant plus rude que le procédé était similaire pour la fermeture du site de Gentilly. “Ce campus avait été réalisé assez récemment, avec d’importants investissements. La puissance publique avait aussi accompagné le mouvement, rappelle le président du conseil départemental. Là aussi, la décision de déménager une partie des salariés à La Défense et une autre partie sur le site de Vitry, dans le Val-de-Marne, a été faite sans préalable.”
Olivier Capitano ne mâche pas ses mots : “sur la forme, je ne trouve pas que ce qui se passe est acceptable. Ces grands groupes, qui ont bénéficié d’aides publiques importantes, ont une responsabilité territoriale. Sanofi est implanté depuis longtemps dans le Val-de-Marne avec trois sites à Maisons-Alfort, Gentilly et Vitry, ce qui représente plusieurs milliers de salariés”.
Pour se justifier, le laboratoire invoque la forte concurrence de médicaments biosimilaires dont les coûts sont moins élevés qu’en Europe et en France, ce qui entraîne une baisse des ventes du Lovenox. Il assure aussi avoir “multiplié les initiatives pour inverser cette tendance”. “Pour maintenir des volumes de production”, avance le laboratoire, “nous avons notamment transféré sur ce site la production d’autres formes de Lovenox et la production d’autres produits, que nous produisions à l’étranger.” Sans résultats.
Le 10 juillet, syndicats, salariés et élus se sont rassemblés devant le site de Maisons-Alfort pour dire non à la vente. “Nous demandons que Sanofi choisisse des [solutions] alternatives, raconte Nassim Bekhtaoui, délégué syndical central CGT au sein de Sanofi. Nous avons une garantie d’activité, mais aucune garantie de volume pour assurer l’équilibre économique du site. Lors du dernier CSE d’entreprise, le 9 juillet, le repreneur a lui-même indiqué qu’il ne disposait encore d’aucun produit à apporter pour compenser le déclin des ventes du Lovenox.”
Un nouveau site à Vitry-sur-Seine
Le délégué syndical avait déjà des inquiétudes depuis les premières baisses de volumes, en 2021. “Nous demandons depuis des années à Sanofi d’investir pour préparer Maisons-Alfort à accueillir les futurs produits innovants de son pipeline”, rappelle-t-il. C’est en fait sur son site de Vitry-sur-Seine que le laboratoire a décidé de construire un nouveau bâtiment pour accueillir des produits biologiques.
Le laboratoire a décidé de construire un nouveau bâtiment sur son site de Vitry-sur-Seine pour accueillir des produits biologiques.
L’un des scénarios envisagés par les syndicats est que les salariés de Maisons-Alfort soient reclassés dans ce nouveau bâtiment, qui devrait voir le jour dans trois ou quatre ans. Une autre piste sera également annoncée fin septembre-début octobre. “Nous n’en disons pas plus pour l’instant. L’objectif serait de pérenniser l’activité sur le site, et de garantir une souveraineté industrielle et sanitaire française”, évoque le délégué syndical. Dans un courrier envoyé au Premier ministre François Bayrou ainsi qu’aux deux ministres, Catherine Vautrin (Travail) et Marc Ferracci (Industrie), la fédération nationale des industries chimiques CGT et la CGT Sanofi demandent aux pouvoirs publics “d’intervenir auprès de Sanofi”.
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