Mécomptes publics,
François Ecalle
L’Insee publiera le 27 mars le déficit et la dette publics de 2025, qui pourraient être meilleurs que la dernière prévision du gouvernement (5,4 % du PIB pour le déficit et 115,9 % pour la dette). Ce serait une bonne nouvelle, mais la baisse du déficit prévue pour 2026 pourrait être remise en cause par le choc pétrolier et gazier qui s’annonce.
Surtout, même si on ne tient pas compte de ce choc, nous sommes encore très loin de pouvoir stabiliser la dette en pourcentage du PIB. L’effort nécessaire est de l’ordre de la centaine de milliards d’euros alors qu’il faudrait augmenter nos dépenses militaires et environnementales de quelques dizaines de milliards dans les prochaines années.
Les marchés considéreront que la BCE ne peut pas nous aider, ou ne peut nous aider qu’en contrepartie d’un programme de redressement insupportable par la société française.
Je crains fort que le Parlement, le président et le gouvernement issus des élections de 2027 ne prennent pas de mesures suffisantes pour reprendre le contrôle de la dette. Celle-ci risque donc d’atteindre 135 % du PIB au début de la prochaine décennie, de dépasser la dette italienne – qui est à ce niveau –, puis la dette grecque.
Nos créanciers pourraient s’en inquiéter mais ils sont encore très calmes. L’indicateur de leurs craintes est l’écart entre les taux d’intérêt des obligations publiques françaises et allemandes. Il a augmenté depuis la dissolution de 2024, mais il reste nettement inférieur à ce qu’il était en 2011-2012 en France et, surtout, dans les autres pays méditerranéens de la zone euro.
Les acteurs des marchés financiers savent en effet que la Banque centrale européenne (BCE) a depuis cette époque les moyens juridiques et financiers d’acheter les obligations émises par un État de la zone euro en quantité illimitée et d’arrêter ainsi toute hausse du taux des obligations publiques françaises. Ils savent aussi qu’un défaut de paiement de ses dettes par la France provoquerait un choc financier inacceptable par la BCE, surtout dans le contexte géopolitique actuel.
Bras de fer avec la BCE
Ils pourraient toutefois se rappeler soudainement que l’intervention de la BCE n’est pas automatique. Le pays aidé doit respecter les règles budgétaires européennes, ce qui a toujours été très difficile pour la France, et pouvoir stabiliser sa dette en pourcentage du PIB, ce dont nous sommes incapables.
Si la BCE ne peut pas laisser la France faire défaut sur sa dette, elle ne peut pas non plus la laisser s’endetter indéfiniment. D’autres pays pourraient la suivre et ce serait inacceptable par certains de nos partenaires, ce qui pourrait conduire à un éclatement de la zone euro.
Les marchés considéreront un jour que la BCE ne peut pas nous aider, ou ne peut nous aider qu’en contrepartie d’un programme de redressement insupportable par la société française. Ce jour-là, les taux d’intérêt monteront brutalement et un bras de fer s’engagera entre la France, la BCE et les autres pays européens. Il se terminera par une violente cure d’austérité, imposée de l’extérieur, ou par un éclatement de la zone euro et le retour à un franc très dévalué. Ce mur est devant nous mais je ne sais pas si nous le heurterons dans un an, dans dix ans ou plus tard.
Le site www.fipeco.fr développe les analyses de François Ecalle.