Quarante bonnes nouvelles

Pierre Le Roy : “Non, ce n’était pas mieux avant”

L’expert souligne, en dépit de son pessimisme pour la France, les progrès de nombreux indicateurs dans le monde

Pierre Le Roy  “Non, ce n’était pas mieux avant” Pierre Le Roy, économiste-statisticien humaniste

Le monde ne va pas bien, mais il va mieux. Pierre Le Roy, économiste-statisticien humaniste, reprend son combat contre le catastrophisme ambiant entretenu par les médias “quart-d’heuristes” et les prophètes de malheur*.
Sa thèse est claire : non, ce n’était pas mieux avant, et l’avenir n’est pas fatalement noir. Sans méconnaître les tragédies actuelles — résurgence des guerres, retour des régimes autoritaires, pandémie — il a déniché 40 indicateurs chiffrés et incontestables qui battent en brèche le pessimisme sur l’évolution de la planète.

En guise de provocation à l’air du temps, il sous-titre son essai “Le petit livre du bonheur 2026”.

Hélas, pendant que le monde progresse, la France s’isole. Pierre Le Roy lui prédit un “réveil douloureux” sous la forme d’une baisse brutale du niveau de vie, le jour où nos créanciers étrangers cesseront de financer notre dette. Une alarme qui, venant d’un tel expert, doit être prise au sérieux.


Propos recueillis par Philippe Plassart

Les bonnes nouvelles passent souvent sous les radars. Avez-vous une explication ?

C’est l’éternelle question des trains qui arrivent à l’heure ou du verre à moitié plein, et il ne s’agit pas ici de vilipender les journalistes : tous les médias qui ont essayé de privilégier les bonnes nouvelles ont fait faillite, puisque les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs s’intéressent plus aux malheurs, aux catastrophes et aux scandales qu’aux bonnes nouvelles. Cette tendance est exacerbée aujourd’hui par l’existence des réseaux sociaux et des “quart-d’heuristes” : tous les quarts d’heure, toute la journée, toute l’année, ils ne vous parlent que de malheurs et de catastrophes. Il n’est pas étonnant que ceux qui les écoutent assidûment deviennent très pessimistes. Ils sont persuadés, à l’image d’Edgar Morin, que tous les processus actuels conduisent le monde à la catastrophe. Difficile dans ces conditions d’être heureux !

“Tous les médias qui ont essayé de privilégier les bonnes nouvelles ont fait faillite”

Mon “indice du bonheur mondial” et ma Lettre du bonheur veulent, modestement, corriger cette idée selon laquelle tout va mal, et de plus en plus mal. Il n’est pas question de nier les grandes inquiétudes mondiales (climat, migrations, régimes autoritaires, risques de conflits…) ni de prétendre que le monde va bien, mais d’affirmer qu’il va mieux. Non, ce n’était pas mieux avant ! Preuves à l’appui : il existe aussi de bonnes nouvelles, les 40 infos dont on ne parle jamais !

Dans quels domaines les progrès sont-ils les plus significatifs ?

J’en privilégie cinq dans mon livre :

- la situation mondiale des jeunes et des femmes s’améliore, avec pour exemples significatifs la division par deux du taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, et la diminution de 34 % de la mortalité maternelle depuis l’an 2000. Beaucoup d’autres exemples peuvent être cités, notamment dans le domaine de l’éducation.

- La violence diminue dans le monde, puisque le nombre de morts violentes par million d’habitants a diminué de plus de 20 % depuis l’an 2000, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela est vrai pour les suicides et les homicides, mais aussi pour les décès dus aux accidents de la route, malgré l’augmentation de 50 % du nombre de véhicules automobiles depuis 2000.

“En Afrique subsaharienne l’espérance de vie en bonne santé a augmenté de 13 ans depuis l’an 2000, soit trois fois plus vite que dans le monde en moyenne”

- Les grandes famines naturelles ont disparu, la faim et la misère extrême deviennent résiduelles en dehors des zones de conflit. Je cite dans ce domaine une dizaine de chiffres très significatifs, le plus souvent ignorés. J’explique par exemple que, selon l’Indice de développement humain (IDH), les pays pauvres, qui étaient au nombre de 60 en 2000, ne sont plus qu’une trentaine aujourd’hui. Il est vrai aussi, chiffres à l’appui, que les inégalités entre pays riches et pays pauvres sont beaucoup plus faibles aujourd’hui qu’en 2000. Par exemple, alors que l’Afrique subsaharienne devient le réceptacle des plus grandes misères du monde, j’indique que l’espérance de vie en bonne santé y a augmenté de 13 ans depuis l’an 2000, soit trois fois plus vite que dans le monde en moyenne.

- Beaucoup d’améliorations aussi dans le domaine de la culture, notamment concernant la musique et le cinéma. Par exemple, le nombre de films longs métrages produits en 2000 était de 3 782 ; il est de 8 672 aujourd’hui !

Vous pointez même des améliorations en matière d’environnement, ce qui a de quoi surprendre…

Le cinquième domaine, plus surprenant, est en effet celui de l’environnement. Je suis surpris par le fait que certains chiffres ne sont jamais portés à la connaissance du grand public. Il en est ainsi en particulier de la qualité de l’air, qui s’améliore incontestablement partout, à la fois en général et pour la pollution domestique. J’indique également que, selon toute vraisemblance, les surfaces forestières mondiales se stabiliseront dans la première moitié des années 2030, avant de croître. Quant aux services essentiels que constituent l’eau potable et les services d’assainissement, ils progressent de façon spectaculaire : les personnes qui en sont privées sont aujourd’hui deux fois moins nombreuses qu’en 2000.

Dans ce monde qui globalement s’améliore, comment évolue la France ?

J’ai retrouvé, en préparant cette interview, le titre d’une conférence que j’ai prononcée à Lille en 2003 devant un public d’agriculteurs : “Je suis optimiste pour le monde, inquiet pour l’Europe et pessimiste pour la France”. Je n’ai pas changé d’avis.

“Je suis optimiste pour le monde, inquiet pour l’Europe et pessimiste pour la France”

Concernant la France, alors que notre dette publique devient de plus en plus élevée, nous n’arrivons pas, collectivement, à faire le moindre effort ni la moindre économie, et je crains que la prochaine élection présidentielle soit l’occasion de privilégier encore un peu plus la démagogie qui ne s’est jamais si bien portée dans notre pays. Le réveil risque d’être douloureux, et il aura sans doute lieu sous la forme d’une diminution importante de notre niveau de vie, lorsque nos créanciers étrangers cesseront de financer notre dette.

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