Libre opinion,
par Hamid Enayat, politologue et Hamid Assadollahi, comité de soutien des droits de l’homme en Iran
La chambre iranienne de commerce a récemment évoqué, dans un rapport, le risque d’une envolée du taux de change du dollar jusqu’à 165 000 tomans (la devise iranienne), d’une inflation de 90 % et d’une contraction de l’économie iranienne en cas d’activation du mécanisme dit “snapback”. Le centre de recherche de cette institution a toutefois démenti la publication d’un tel document.
Si les responsables gouvernementaux en Iran affirment que le retour des sanctions aurait un effet “surtout psychologique” et ne provoquerait pas de perturbation structurelle majeure, l’expérience tend à prouver le contraire.
Rahim Zareh, membre de la commission du budget, a déclaré sans ambages : “De nombreux Iraniens ont mis leur logement en vente. En 48 heures seulement, près de 240 000 appartements ont été proposés à la vente à Téhéran.”
Parvaneh Salahshouri, ancienne députée et figure des réformateurs au sein du système, avait auparavant mis en garde : “Le pays traverse une crise. Sans une transition pacifique, nous nous dirigeons vers l’effondrement.”
Malgré la situation économique catastrophique — une société où environ 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté — la diaspora iranienne reste mobilisée : la communauté iranienne d’Europe a réclamé l’activation du “snapback” à Bruxelles le 6 septembre, lors d’une immense manifestation forte des dizaines de milliers venus de toute l’Europe. Pour eux, le déclenchement de ce mécanisme constitue une étape décisive pour neutraliser la machine infernale de la guerre et des massacres en Iran et dans la région — une violence qui a plongé l’Irak et une grande partie du Proche-Orient dans la pauvreté et la dévastation.
“Cette stratégie est aujourd’hui mise en échec : l’activation du “snapback” sort Khamenei de l’immobilisme du “ni guerre ni paix” et le contraint à choisir entre deux voies opposées”
Depuis la guerre Iran-Irak (1988), la République islamique a régulièrement suscité des crises et des conflits transfrontaliers pour dissimuler et justifier une répression intérieure à grande échelle. À l’instar de nombreuses dictatures, le régime a construit sa stratégie autour de l’ennemi externe — slogans “Mort à Israël”, “Mort à l’Amérique” — et s’est appuyé sur trois piliers : une capacité nucléaire, des moyens balistiques et un réseau de forces supplétives régionales.
Cette stratégie est aujourd’hui mise en échec : l’activation du “snapback” sort Khamenei de l’immobilisme du “ni guerre ni paix” et le contraint à choisir entre deux voies opposées :
1. Poursuivre l’enrichissement de l’uranium sur le territoire national et progresser vers la fabrication d’une arme nucléaire ;
2. Renoncer à l’enrichissement de l’uranium et, par conséquent, mettre un terme au développement balistique ainsi que réduire le soutien logistique et financier aux forces supplétives.
Si la première option est retenue — c’est-à-dire le rétablissement complet des sanctions onusiennes de la période 2006–2010 — l’économie fragile du régime subira de fortes secousses. Parallèlement, une société iranienne déjà fragilisée — marquée par massacres, exécutions quotidiennes, pillages et corruption systémique — percevra ces chocs comme l’étincelle capable d’enflammer le baril de poudre de colère publique.
Si le régime choisit la seconde voie — celle que Khamenei lui-même qualifie de “reddition” — les instruments de répression et de massacre lui seront retirés du jour au lendemain, comme si le corps perdait son âme. C’est pourquoi Khamenei favorise la première option : la poursuite des projets nucléaires et balistiques retarde, en pratique, le risque d’un renversement.
“Ali Khamenei apparaît beaucoup plus affaibli que ne l’était Khomeini à l’époque et semble dépourvu des moyens d’exercer une répression de cette ampleur ; d’où sa peur de la “reddition” et son refus de renoncer au projet nucléaire”
En 1988, l’ayatollah Ruhollah Khomeini — fondateur de la République islamique — fut contraint d’accepter un cessez-le-feu avec l’Irak ; il qualifia lui-même ce geste de “boire la coupe empoisonnée”. Pour consolider sa position après ce recul, il lança, par une fatwa sinistre, une vague d’exécutions qui mena au massacre de plus de trente mille prisonniers politiques ; en instillant la terreur, il assura provisoirement la survie du système. Aujourd’hui toutefois, Ali Khamenei apparaît beaucoup plus affaibli que ne l’était Khomeini à l’époque et semble dépourvu des moyens d’exercer une répression de cette ampleur ; d’où sa peur de la “reddition” et son refus de renoncer au projet nucléaire.
Le 23 septembre, simultanément à la manifestation des milliers d’Iraniens à New York, appelée par le Conseil National de la Résistance iranienne, Khamenei a réaffirmé qu’il ne renoncerait pas à l’enrichissement et a déclaré : “Dans la situation actuelle, négocier avec le gouvernement des États-Unis, premièrement, n’aide pas nos intérêts nationaux ; deuxièmement, cela ne nous profite pas et ne nous évitera aucun préjudice.”
Perspectives d’avenir
Avec l’activation du “snapback”, s’ouvre une opportunité historique de soulèvement pour le peuple iranien. Une société épuisée par la pauvreté et l’inflation, privée de libertés et témoin des exécutions de sa jeunesse est aujourd’hui plus que jamais prête à reprendre en main son destin face à la crise du pouvoir d’achat.
*Hamid Enayat est politologue, il collabore avec l’opposition démocratique iranienne (CNRI).
*Hamid Assadollahi est membre du Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (csdhi.org).
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