75 - Pollution

Qualité de l’air : la ville de Paris attaque le plan d’action de l’État

L’exécutif parisien a déposé un recours et tacle la possible suppression des zones à faibles émissions

Qualité de l’air : la ville de Paris attaque le plan d’action de l’État © Freepik

Par Anne Thiriet

La lutte pour une meilleure qualité de l’air est l’un des chevaux de bataille de la ville de Paris. L’État n’en fait pas assez, estime l’exécutif, qui a décidé d’attaquer le plan de protection de l’atmosphère d’Ile-de-France fixant les orientations de l’État pour 2025-2030. Le recours en contentieux a été déposé devant le tribunal administratif de Paris en juin. “Ce texte n’est pas à la hauteur de l’urgence sanitaire, assure Dan Lert, adjoint à la maire de Paris en charge de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie. Il ne permettra pas d’atteindre les seuils réglementaires sur l’air fixés par l’Europe, qui seront applicables à partir de 2030 et qui doivent se rapprocher des recommandations de l’OMS. En outre, une des mesures phares sur laquelle il repose est la zone à faibles émissions [ZFE, qui exclut les véhicules les plus polluants sur un périmètre donné, ndlr], qui risque de disparaître. Ce plan risque donc d’être bientôt obsolète.” L’Assemblée nationale a voté en première lecture le 17 juin la disparition totale des ZFE dans le cadre du projet de loi de “simplification” de la vie économique.

Le trafic routier à Paris a beaucoup diminué. Il ne représente plus que 4 % des déplacements alors que le trafic cyclable a augmenté de 71 % depuis 2019.

Ce recours est aussi l’occasion pour la ville de rappeler à l’État son obligation de protéger la santé publique et “de garantir le droit fondamental de vivre dans un environnement sain, comme le stipule la Charte de l’environnement, qui a valeur constitutionnelle”, rappelle l’adjoint d’Anne Hidalgo.

Seuls 4 % des déplacements dans Paris se font en voiture

Selon la dernière étude d’­Airparif, la qualité de l’air à Paris s’est cependant “largement améliorée”. “Sur la période 2012-2022, on compte 40 % de dioxyde d’azote en moins ainsi qu’une baisse de 28 % des particules fines et de 35 % du dioxyde de carbone”, s’est félicité Patrick Bloche, premier adjoint à la maire de Paris, lors de sa présentation, fin août. Cette amélioration résulte de la mise en œuvre de politiques publiques et de différentes réglementations, note l’observatoire de la qualité de l’air en Ile-de-France. “Tout ne dépend pas de nous. Le parc automobile s’est modernisé et les véhicules sont moins polluants, précise Patrick Bloche, mais ces bons résultats sont liés aussi au fait que Paris, ainsi que la métropole de Paris, a appliqué la zone à faibles émissions.”

Le trafic routier à Paris a par ailleurs beaucoup diminué. Il ne représente plus que 4 % des déplacements alors que le trafic cyclable a augmenté de 71 % depuis 2019. Des résultats dus au “réaménagement de l’espace public, avec la piétonisation des berges de Seine, la mise en place de la zone à trafic limité [qui interdit le trafic de transit dans le centre de Paris depuis novembre 2024, ndlr], la mise en place d’une vitesse limitée à 50 km/h sur le boulevard périphérique et d’une voie dédiée au covoiturage, la création de rues aux écoles…”, énumère le premier adjoint.

La suppression des aides dans le viseur

Sur le périphérique, l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) a publié, en mars dernier, une étude dressant les effets de la baisse de vitesse, cinq mois après sa mise en vigueur. Elle montre une baisse des concentrations en dioxyde d’azote et en particules ainsi qu’une réduction des nuisances sonores.

“La pollution de l’air a provoqué, en 2019, près de 1800 décès prématurés. Nous sommes très inquiets de la possible suppression des ZFE.”

Les efforts doivent être poursuivis. “La pollution de l’air continue de tuer. Elle a provoqué, en 2019, près de 1 800 décès prématurés, la survenue et l’aggravation de pathologies respiratoires et cardiovasculaires chroniques, indique Dan Lert. Aussi sommes-nous très inquiets de la possible suppression des ZFE qui sont indispensables pour protéger la santé.” Il pointe aussi la responsabilité de l’État, qui a “rendu injustes” ces zones à faibles émissions en supprimant les aides permettant de changer de véhicule et d’en acheter de moins polluants.

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