Coûts énergétiques

Quels impacts de la guerre en Iran sur l’économie

La baisse de croissance attendue de la zone euro reste suspendue à la durée de la guerre de Trump

Quels impacts de la guerre en Iran sur l’économie © Freepik

Économie et Politique
La chronique de Jean-Michel Lamy

Dans les salles de marché, les traders gagnants seront les titulaires d’un diplôme en anthropologie. Seule la connaissance fine du fonctionnement de sociétés organisées à partir de religions absolutistes peut donner un jeton d’avance. À long terme, le combat entre la force de la technologie et la force fanatique est toujours incertain. Pour faire la différence, les généraux occidentaux n’ont pour arme que “les troupes au sol”. Ces aléas fragilisent grandement les verdicts fournis par les modèles macroéconomiques. Leurs enchaînements logiques, inscrits dans les lois de l’économie de marché, fournissent tout de même aux décideurs un cadre d’action.

Les trois scénarios plausibles d’évolution du conflit

En dépit de plusieurs jours d’intenses bombardements états-uniens et israéliens, le pouvoir iranien encore en place réussit à bloquer quelque 20 % de l’approvisionnement énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz fermé au passage des tankers figure dans toutes les émissions d’information. Dans le même temps, les attaques de l’Iran contre les installations pétrolières et gazières des États du golfe arabo-persique alimentent les anticipations de hausse des tarifs. Les mollahs essaient d’effrayer le “consommateur OCDE” attentif à son pouvoir d’achat. Chargée en ce moment de la présidence tournante du G7, la France tente d’initier des réponses économiques collectives.

Le troisième scénario est celui de l’enlisement. De tels réflexes font fi de la personnalité du 27e président des États-Unis. Il ne se laissera pas embourber.

C’est à ce titre que Bercy a réuni le 9 septembre les ministres des Finances des sept pays pour construire une vision partagée des défis et aboutir à des mesures coordonnées. Pour le traitement du choc commercial, l’objectif est de réamorcer l’approvisionnement des circuits de distribution par la possibilité offerte à chaque capitale de recourir aux stocks stratégiques. Le consensus est acté sur ce point. Abonder le marché fait baisser les étiquettes. Tout en sachant que 85 % du pétrole brut et 90 % du GNL (gaz naturel liquéfié) passant par le détroit d’Ormuz prennent le chemin de l’Asie. Dans l’Union européenne (UE), l’effet prix devrait être différé, mais à l’évidence le marché mondial de l’essence reste une réalité à la pompe… française notamment.

La recherche de BNP Paribas a tracé trois scénarios “plausibles” d’évolution du conflit. Le premier est un retour au statu quo du marché des hydrocarbures au bout de quelques semaines. C’est la conviction du président américain qui promettait le 9 mars “une intervention très courte”. Les habitués de la géopolitique en doutent ! Les bourses en revanche ont vu dans la soirée le prix du baril tomber de 110 dollars à 85 dollars. La volatilité – ou la spéculation – s’épanouit facilement au son de la canonnière.

Le deuxième scénario de BNP Paribas plonge le régime des mollahs dans une période d’incertitude prolongée. Ce qui correspond à des hausses relativement modestes mais durables des cours du baril et du gaz. Encore faut-il mettre entre parenthèses le rôle déstabilisant de possibles actions terroristes. Le troisième scénario est celui de l’enlisement. Ce serait pour la Maison-Blanche une descente aux Enfers. Nombre d’observateurs sont prêts aux analogies avec la guerre du Vietnam ou en Irak. De tels réflexes font fi de la personnalité du 27e président des États-Unis. Il ne se laissera pas embourber. Au besoin en rapatriant hors zone trois porte-avions sans se soucier de l’allié israélien. Prévisible n’est pas “trumpien”.

Impact sur la croissance et l’inflation

Une certitude toutefois. La probabilité de chaque scénario est directement indexée sur le test décisif de la capacité de Washington et de Tel-Aviv à rétablir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz. Emmanuel Macron le sait tellement qu’à Chypre le 10 mars dernier il déclarait : “nous sommes en train de mettre en place une mission d’accompagnement, qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, l’escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz”. Le propos n’engage qu’après la bataille et l’échelle du calendrier est élastique.

Une certitude au moins. À un prix de 130 dollars le baril sur une année, la croissance est amputée de 0,7 %. La stagflation serait reine.

C’est en se fondant sur cette large zone d’indétermination que mouline le verdict des modèles macroéconomiques. Leurs paramètres sont autant dans le brouillard que la guerre elle-même. Le choc d’offre énergétique a un impact sur une kyrielle de fabrications allant des engrais à l’aluminium en passant par le plastique. Les secteurs frappés émargent principalement dans le transport. Les compagnies aériennes répercuteront sur le client la hausse du tarif du kérosène. Les entreprises de transport et de logistique n’ont pas la même facilité immédiate et verront leurs trésoreries réduites. Côté agriculture, la FNSEA avertit : “toute flambée du prix du carburant vient fragiliser l’équilibre économique de nos exploitations”.

Comment traduire au niveau global ces séries de déséquilibres ? Le scénario 2 de BNP Paribas (incertitude prolongée) anticipe pour la zone euro un impact négatif sur la croissance de 0,3 % en 2026 et 2027. Sur les prix, il serait limité compte tenu des interventions via la fiscalité ou les subventions. Ce pronostic “modéré” ne peut que créer l’embarras de la France. Le pays n’est guère susceptible de lâcher à nouveau les vannes de la dépense publique pour régler les factures énergétiques des citoyens, alors que la barre de 5 % de déficits publics en 2026 n’est déjà pas tenable. Baisse de la TVA ou prise en otage des marges des distributeurs sont les solutions des partis extrêmes. Une certitude au moins. À un prix de 130 dollars le baril sur une année, la croissance est amputée de 0,7 %. La stagflation serait reine. Alors le trouble de la BCE serait grand. Diminuer les taux d’intérêt pour soutenir le PIB heurterait la nécessité de ralentir l’inflation. La démocratie économique n’est pas outillée pour fonctionner par temps de guerre.

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