Par Anne Thiriet
Spécialisée dans la (re) végétalisation en ville et le développement de l’agriculture urbaine, la start-up Merci Raymond propose de transformer les 37 ponts de Paris en espaces végétalisés. Le projet vise à nourrir le débat public autour du réchauffement climatique. “À l’occasion des élections municipales, nous avons vu surgir des annonces de tout type en matière d’espaces verts mais les ponts restent un impensé. Ces traversées très minérales sont pourtant très exposées au soleil”, observe Hugo Meunier, fondateur, en 2015, de la start-up, rachetée en 2023 par l’opérateur de travaux Myrium.
Surfaces minérales contre bulles de fraîcheur
Le calcul a été fait : “aujourd’hui, le mobilier urbain et le bitume agissent comme des accumulateurs de chaleur. Remplacer ces surfaces minérales par une strate végétale dense crée une bulle de fraîcheur immédiate pour les piétons, avec un gain ressenti de -2 °C à -4 °C grâce à l’évapotranspiration des plantes”, détaille la start-up dans sa présentation.
L’objectif est de faire pousser plus de 50 000 plantes, de placer des arbres tous les 5 à 10 mètres et de générer plus de 20 000 m² d’espaces verts supplémentaires.
Certains ponts pourraient servir de prototypes, afin d’observer ce qui fonctionne, avant un plus large développement. “Nous avons travaillé sur différentes thématiques pour les transformer sans renoncer à leur valeur patrimoniale. On pourrait créer des ponts oasis, qui seraient des démonstrateurs de rafraîchissement de la ville, avec des brumisateurs et des ombrières, comme le pont des Arts qui relie le Ier et le VIe arrondissement, cite le responsable. On peut imaginer également des ponts pour l’agriculture urbaine sur lesquels on serait incité à jardiner, à produire des légumes, ce qui permettrait de rappeler que la nature peut être productive…”
Merci Raymond a une foule d’idées pour transformer ces lieux de passage en lieux de vie : création d’amphithéâtres végétalisés pour la tenue de représentations ou de performances, de skate-park, de terrains de pétanque, de kiosques de lecture, de cafés itinérants, de scènes musicales éphémères… “Les ponts sont des espaces exceptionnels, avec des vues incroyables dont on profite en fait très peu. Aujourd’hui, on a besoin de retrouver des perspectives dans les villes, poursuit Hugo Meunier. Évidemment, il faudra conserver les espaces d’urgence, peut-être des zones de bus, des voies cyclables. La place de la voiture sera réduite, même si tous les ponts ne deviendront pas forcément 100 % piétons.”
20 000 m2 d’espaces verts supplémentaires à la clef
Au total, l’objectif est de faire pousser plus de 50 000 plantes, de placer des arbres tous les 5 à 10 mètres et de générer plus de 20 000 m² d’espaces verts supplémentaires. “Nous utiliserons des palettes végétales résilientes, afin que le besoin en eau soit réduit, et résistantes aux intempéries, détaille le spécialiste. Nous avons l’expérience de ce type de contraintes car nous travaillons sur des végétalisations de toitures, qui subissent une importante exposition solaire et venteuse.”
Pour assurer l’irrigation des végétaux, Merci Raymond envisage d’utiliser les ressources locales, notamment via des systèmes captant l’eau de la Seine. Des techniques déjà exploitées pour l’entretien des espaces verts et des voiries, indique la start-up. Le coût de la transformation d’un pont pourrait se situer entre 300 000 et 500 000 euros.
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