“Toujours aller de l’avant”, telle était la devise de Travis Kalanick, cofondateur et ancien CEO d’Uber. Cette mentalité a contribué à faire de l’entreprise la plus grande plateforme de VTC au monde, présente dans plus de 70 pays et 10 000 villes.
Retour de la “menace existentielle”
Son nom est désormais devenu un verbe couramment utilisé. Mais pendant qu’Uber se développait tous azimuts, ses investisseurs devaient s’armer de patience. Bien que fondée il y a 16 ans, l’entreprise n’a réalisé son premier bénéfice d’exploitation annuel qu’en 2023. La disruption du secteur du transport individuel, les batailles juridiques pour contourner la réglementation et les scandales de harcèlement sexuel ont coûté très cher à l’entreprise.
Les actionnaires en récoltent au moins les fruits aujourd’hui. Après avoir enregistré un bénéfice d’exploitation de 2,8 milliards de dollars [2,4 milliards d’euros] en 2024, les résultats d’Uber pour le deuxième trimestre 2025, dévoilés le 6 août, annoncent une année encore meilleure. À la grande joie de ses investisseurs, la société a également annoncé un nouveau programme de rachat d’actions de 20 milliards de dollars [17 milliards d’euros].
“La banque Goldman Sachs estime que 35 000 voitures autonomes pourraient circuler aux États-Unis d’ici 2030”
Pourtant, la plupart des analystes présents lors de la présentation des résultats avec Dara Khosrowshahi, l’actuel directeur général d’Uber, se sont davantage intéressés à ce qu’il avait à dire sur un sujet que son prédécesseur, Travis Kalanick, avait qualifié de “menace existentielle” pour l’entreprise : les voitures sans conducteur. Dara Khosrowshahi reconnaît que la commercialisation des robots-taxis en est encore à ses “tout premiers balbutiements”.
Dans les 1 500 véhicules autonomes opèrent aux États-Unis et environ 2 000 en Chine, les deux plus grands marchés, et quelques-uns ailleurs dans le monde. Mais ces chiffres pourraient augmenter considérablement : la banque Goldman Sachs estime que 35 000 voitures autonomes pourraient circuler aux États-Unis d’ici 2030. Le patron d’Uber a clairement indiqué que son entreprise souhaitait occuper le siège conducteur (vacant) de cette tendance.
Sous la direction de Travis Kalanick, Uber a commencé à développer en interne une technologie de conduite autonome. L’entreprise aurait investi quelque 3 milliards de dollars [2,6 milliards d’euros] dans ce projet avant de le juger trop difficile et trop risqué après qu’un de ses véhicules a percuté et tué un piéton, ce qui a été le premier décès causé par une voiture autonome. Elle a vendu cette unité en 2020 à Aurora, une start-up spécialisée dans les poids lourds autonomes.
Nouveau modèle économique
Aujourd’hui, alors que d’autres entreprises commencent à maîtriser cette technologie, la nouvelle stratégie d’Uber consiste à conclure des accords avec le maximum d’entre elles. Ces partenariats leur offrent un accès immédiat à un grand nombre de passagers en permettant aux clients de réserver des courses en robot-taxi via l’application Uber. Parmi ses partenaires figurent Volkswagen, un constructeur automobile qui lancera un service de robots-taxis à Los Angeles l’année prochaine, WeRide, une start-up chinoise qui collaborera avec Uber dans 15 villes à travers le monde au cours des cinq prochaines années, et Apollo Go, la division de véhicules autonomes de Baidu, un géant de la tech chinois qui propose des trajets en Asie et au Moyen-Orient et espère étendre son activité en Europe.
“Alors que d’autres entreprises commencent à maîtriser cette technologie, la nouvelle stratégie d’Uber consiste à conclure des accords avec le maximum d’entre elles”
Uber a également investi des capitaux. L’année dernière, la société a placé un montant non divulgué dans Wayve, une start-up britannique spécialisée dans les véhicules autonomes. Ensemble, elles vont commencer à tester des courses en robots-taxis à Londres l’année prochaine. Selon certaines informations, Uber pourrait aider Travis Kalanick à financer le rachat des activités américaines de Pony. ai, une autre entreprise chinoise spécialisée dans les véhicules autonomes avec laquelle Uber a déjà conclu un accord pour déployer des robots-taxis au Moyen-Orient.
Pour mieux cerner une activité qui pourrait être cruciale pour son avenir, Uber, une entreprise pourtant réputée “asset-light” [faible détention d’actifs physiques, ndt], achète également ses propres voitures autonomes. En juillet, elle a signé un accord avec Lucid, un constructeur de véhicules électriques, et Nuro, une autre start-up spécialisée dans la conduite autonome, pour fournir à la société de VTC 20 000 robots-taxis au cours des six prochaines années, dans le but de “prouver la rentabilité” de l’exploitation d’une telle flotte, selon les termes de Dara Khosrowshahi.
Waymo et Tesla en solo
La relation entre Uber et Waymo, la division autonome d’Alphabet, pourrait s’avérer la plus importante. Waymo, qui opère dans cinq villes et en vise une douzaine d’autres, est clairement le leader américain des robots-taxis. Les courses peuvent être réservées sur son application, mais aussi sur celle d’Uber à Atlanta et à Austin. Uber espère que ce partenariat se développera, mais Alphabet pourrait estimer que Waymo bénéficie d’une notoriété suffisante pour se lancer seul. À mesure qu’elle étend ses services à travers les États-Unis et au-delà, elle pourrait commencer à poser un problème à Uber.
“Waymo, qui opère dans cinq villes et en vise une douzaine d’autres, est clairement le leader américain des robots-taxis. Alphabet pourrait estimer que Waymo bénéficie d’une notoriété suffisante pour se lancer seul”
L’électron libre dans tout cela est Elon Musk. Cet entrepreneur en série affirme de manière improbable que les robots-taxis développés par Tesla, son constructeur automobile, qui n’ont jusqu’à présent été déployés que dans le cadre d’un petit projet pilote à Austin, seront disponibles pour la moitié de la population américaine d’ici la fin de l’année. De nombreux analystes doutent de la robustesse de la technologie de conduite autonome de Tesla et de la capacité des propriétaires de voitures Tesla à les utiliser comme robots-taxis, comme le prévoit Elon Musk. Cependant, ce dernier a déjà déjoué les pronostics à maintes reprises. Dara Khosrowshahi souhaite également que Tesla rejoigne la plateforme Uber, mais pense qu’Elon Musk fera cavalier seul.
L’obstacle des régulateurs
Le chemin vers l’adoption généralisée des robots-taxis pourrait encore être long. Mettre au point la technologie et son modèle économique ne représente qu’une partie du défi. Les régulateurs de nombreux pays émettent encore des réserves. Les consommateurs devront également être convaincus. Néanmoins, Uber continuera à se battre pour s’imposer comme la plateforme de choix lorsque l’avènement des robots-taxis arrivera enfin.
The Economist
© 2025 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : www.economist.com.