77 - Numérique

Un datacenter à 35 milliards d’euros dans la Brie

Porté par un fonds d’investissement émirati, il devrait s’imposer comme l’un des plus performants au monde

Un datacenter à 35 milliards d’euros dans la Brie © Freepik

Par Benoît Collet

Le décor de la mythique ‘Soupe aux choux’, le film de Jean Girault avec Louis de Funès et Jacques Villeret, pourrait bientôt accueillir l’un des plus grands supercalculateurs du sol français. Au milieu des champs de betteraves du sud de la Seine-et-Marne, le fonds d’investissement émirati MGX prévoit de bâtir un datacenter d’une puissance d’1,4 gigawatt, une consommation maximale équivalente à la production d’une centrale EPR dernière génération, ce qui en ferait l’un des performants du monde. Au sein de la zone d’activité concertée des Bordes à Fouju, au nord-est de Melun, les travaux doivent débuter d’ici à l’été 2026. Annoncé lors du sommet Choose France, le projet, baptisé Campus IA, associe Mistral AI, Nvidia et l’École polytechnique à ce projet titanesque.

Le deal a été négocié en mai dernier entre l’État français et le gouvernement des Émirats arabes unis, lors du dernier sommet Choose France.

Une première tranche doit être livrée d’ici au printemps 2028, afin d’alimenter en puissance de calcul Mistral AI, la start-up française championne du secteur, valorisée à plus de 10 milliards d’euros, ainsi que des projets de recherche en lien avec Polytechnique. Cette première étape représente un investissement initial de 8,5 milliards d’euros. Le deal a été négocié en mai dernier entre l’État français et le gouvernement des Émirats arabes unis, lors du dernier sommet Choose France.

800 emplois à la clé

Le territoire rural de Fouju a été choisi en raison de ses abondantes réserves foncières, des facilités de connexion au réseau électrique et de la proximité géographique avec la capitale. “Valérie Pécresse nous a annoncé la nouvelle il y a quelques mois, explique Christian Poteau, président (divers droite) de la communauté de communes Brie des rivières et châteaux (CCBRC). Pour le moment, Campus IA est propriétaire d’une partie de la surface. De notre côté, nous sommes en phase d’adaptation du plan local d’urbanisme (PLU), ce qui ne devrait pas poser de difficultés car la zone avait été fléchée dans le Sdrif [schéma directeur de la région Ile-de-France, ndlr] pour de l’activité économique.”

Les élus locaux avaient d’abord envisagé un contrat de concession avec un acteur de la logistique routière, “mais cela aurait engendré trop de nuisances. Avec ce projet d’envergure, nous allons créer de l’emploi non délocalisable, et nous avons l’assurance d’une activité pérenne sur le territoire”, estime l’élu. “J’étais à Bercy au moment de la signature entre les Émirats arabes unis et la France : 800 emplois devraient être créés sur le territoire, même si pour le moment, on ne connaît pas encore les modalités de fonctionnement de ce futur campus”, commente encore Christian Poteau.

En plus de son futur hyperscaler, le fonds d’investissement émirati prévoit de construire des espaces destinés à l’éducation et à la recherche dans le cadre de partenariats public-privé. À terme, Campus IA pourrait accueillir 12 bâtiments abritant des datacenters, des espaces pour la recherche et développement, un bâtiment de formation pour les futurs techniciens ainsi qu’un bâtiment de support technique.

“On nous parle de souveraineté numérique et on ouvre grand les bras à des acteurs étrangers, à qui on sacrifie des terres agricoles.”

Terres agricoles “sacrifiées”

La modification du PLU a déjà fait l’objet d’une concertation publique locale. En parallèle, la société Campus IA a sollicité la Commission nationale du débat public (CNDP) pour déminer les critiques naissantes contre le projet. Député LFI d’une circonscription voisine, Arnaud Saint-Martin voit d’un mauvais œil l’arrivée de MGX sur le territoire : “on nous parle de souveraineté numérique et on ouvre grand les bras à des acteurs étrangers, à qui on sacrifie des terres agricoles”.

Le député déplore également une décision venue d’en haut. Dès le début, le projet de Campus IA a été décrété “d’intérêt national majeur”, un statut créé par la loi industrie verte qui simplifie le processus d’autorisations administratives pour un certain nombre d’équipements économiques, dont les datacenters. “La saisine de la CNDP, c’est seulement un mécanisme de neutralisation de la critique pour un dossier imposé par Bercy aux habitants, juge Arnaud Saint-Martin. On passe sous silence les consommations d’eau, d’électricité et les nuisances de ce futur campus en arrosant les élus locaux de recettes fiscales.”

Publié le Posted on Catégories > Grand Paris
Réutiliser cet article
Cet article est une œuvre protégée. Son utilisation donne lieu à des droits d’exploitation et de rediffusion interne et externe. Nous consulter.

L'article ne possède pas encore de commentaires !