75 - Logistique

Un nouveau pas en avant pour le fret fluvial à Paris

L’arrivée d’Urban Logistic Solutions illustre l’intérêt croissant des acteurs des transports pour la Seine

Un nouveau pas en avant pour le fret fluvial à Paris Plusieurs acteurs du transport fluvial sont déjà présents à Paris, comme Fludis - © Fludis

Par Anne Thiriet

Déjà présent à Strasbourg et à Lyon, Urban Logistic Solutions a désormais un pied à Paris. L’entreprise commencera à partir de septembre l’approvisionnement de commerçants en bateau, via la Seine. “Tous nos clients nous ont suivis : Geodis, Heineken, Grands Moulins de Paris, Amazon, La Poste… dans ce nouveau projet. Nous récupérerons aussi des déchets pour le compte de Paprec et de Schroll”, se félicite Thomas Castan, le fondateur.

Le transport fluvial de marchandises reprend des couleurs sur la Seine, boosté par les appels à projets d’Haropa Port, pour faciliter le report modal.

Les marchandises seront acheminées jusqu’au port du Gros-Caillou (VIIe arrondissement) dans un premier temps, puis au port de Javel-bas (XVe), avant d’être transportées sur le dernier kilomètre par vélos cargos. Le déchargement des containers sur les quais sera accéléré grâce à l’utilisation de grosses grues de manutention portuaire, construites sur le chantier naval d’ULS, au Portugal.

Thomas Castan a répondu à un appel à manifestation d’intérêt de la Métropole du Grand Paris, Paris, Rouen, Le Havre, Haropa Port et Voies navigables de France pour développer le fret urbain fluvial depuis Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), en bordure de l’A4. C’est là, sous le périphérique de la porte de Charenton, qu’ULS va installer des entrepôts modulaires pour collecter les marchandises de ses clients, en attendant la construction d’un bâtiment en dur de 5 000 m². L’acteur a déjà lancé une levée de fonds pour se développer dans d’autres villes françaises, ainsi qu’à l’étranger.

Faciliter le report modal

Le transport fluvial de marchandises reprend aujourd’hui des couleurs sur la Seine, boosté par la volonté des villes de Paris, du Havre et de Rouen de relancer cette activité, et par les appels à projets d’Haropa Port, l’entité qui regroupe les ports des trois villes, pour faciliter le report modal. Plusieurs entreprises privées se sont déjà lancées pour leur propre compte, comme Franprix ou Ikea. Acteur de la logistique, la foncière Sogaris a installé un hôtel logistique sur le port d’Austerlitz qui permet à ses clients de bénéficier de la proximité de la Seine.

Fludis, qui est présent depuis 2019 à Paris avec trois bateaux, appuie aussi sur l’accélérateur. L’entreprise s’est associée en mai dernier à Sogestran, leader du transport fluvial en France, et à Ademe Investissements. “L’arrivée de ces deux acteurs dans le capital vient renforcer le tour de table historiquement constitué par la Caisse des dépôts et par le groupe IDEC, précise Kevin Janin, responsable projets et développements. Nous sommes ainsi en capacité de financer un projet de navette entre Gennevilliers et la ville de Boulogne-Billancourt pour le compte de la Poste.” Fludis a par ailleurs hérité des activités et des clients de Blue Line Logistics, la filiale urbaine du groupe Sogestran, qui dispose de trois bateaux en Ile-de-France et d’un à Lyon.

Des discussions avec des acteurs de Rungis

Kevin Janin note une augmentation de la demande : “quel que soit le type d’activités, les entreprises rencontrent toutes les mêmes contraintes : la congestion routière en centre-ville, le besoin de maîtriser les coûts et d’augmenter la productivité”, assure-t-il. Fludis est actuellement en discussion avec des acteurs du marché de Rungis pour transporter leurs produits frais.

La question du partage des usages pourrait aussi se poser. Les 3 zones de baignades dans la Seine “ont eu des conséquences sur la fluidité de la navigation”

Y a-t-il des freins au développement de l’activité ? “La Seine a la capacité d’accueillir plus de trafic de marchandises. Il y a quelques opérateurs extrêmement innovants comme ULS et d’autres, mais ils sont encore peu nombreux”, observe Lætitia Dablanc, directrice de la chaire Logistics City à l’université Gustave-Eiffel (Seine-et-Marne). Elle estime également que “le fluvial est un mode de transport encore un peu cher, notamment à cause des transbordements [le transfert de marchandises sur le navire, ndlr]. Tout ce qui permet d’optimiser et de massifier le chargement sur la barge facilitera la réduction des coûts, comme cela a été le cas pour Franprix”.

Pour Kevin Janin, il faut encore des efforts : “les quais dédiés à la logistique urbaine ne sont pas assez nombreux”, pointe-t-il, regrettant également que les canaux de Saint-Denis et de l’Ourcq, ne soient pas ouverts à ce type de transport. La question du partage des usages pourrait aussi se poser. Les trois zones de baignade dans la Seine mises en place par la mairie cet été “ont eu des conséquences sur la fluidité de la navigation, notamment avec la fermeture du bras Marie jusqu’à 12heures tous les jours”, assure-t-il.

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