Par Benoît Collet
À quelques mois des municipales, Mathieu Hanotin, le maire socialiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), s’apprête à lancer un chantier d’ampleur, dans les tuyaux depuis la précédente mandature communiste. En plein cœur du centre-ville, au pied de la basilique et du métro, la municipalité a en effet voté fin novembre pour la résidentialisation de l’îlot 8, un morceau de l’immense ensemble d’habitat social sur dalle qui surplombe la galerie commerciale Basilique. Cette résidentialisation s’inscrit dans un projet plus vaste de réhabilitation des logements, pour lequel aucun calendrier n’a pour le moment été annoncé.
En fermant la dalle, la mairie espère éloigner les trafiquants de drogue et de cigarettes de contrebande qui exercent leur commerce illicite dans la galerie commerciale et ses abords.
Construits sur une dalle publique au-dessus de la galerie commerciale, les appartements de l’îlot 8 sont reliés à la ville par de nombreux escaliers et passages. Autour de la dalle se déploient les immeubles brutalistes de l’architecte star Renée Gailhoustet, faits de terrasses triangulaires emboîtées les unes dans les autres. Conçue dans les années 1980 par la municipalité communiste, la ZAC Basilique visait alors à rompre avec la multifonctionnalité et la monotonie des grands ensembles.
“Un geste architectural audacieux qui a marqué l’histoire. Mais la ville est vivante et les réponses au contexte et aux enjeux des années 1980 ne sont plus adaptées aujourd’hui. On assiste à une privatisation de fait des espaces sur dalle, au mieux par des gens qui prennent les rares espaces végétalisés pour des caniparcs, et au pire par des trafiquants qui pourrissent la vie des habitants au quotidien”, indique Adrien Delacroix, adjoint au maire en charge de l’urbanisme.
Lutter contre le trafic de drogue
Dans le cadre de la convention de renouvellement urbain du centre-ville, la mairie projette de condamner les accès publics à la dalle de l’îlot 8, notamment ceux qui, dans les halls d’immeubles, donnent sur la galerie commerciale. En fermant la dalle, la mairie espère éloigner les trafiquants de drogue et de cigarettes de contrebande qui exercent leur commerce illicite dans la galerie commerciale et ses abords.
Régulièrement, la police retourne les pavés de la dalle pour y débusquer les caches des trafiquants, sans toujours les remettre en place. Résultat, le sol est crevassé, se dérobant parfois sous les pas des passants, laissant une impression de délabrement généralisé, accentué par la saleté. “Une stratégie de pourrissement menée par la ville qui mène aux dégradations auxquelles elle prétend mettre fin”, dénonce un collectif d’habitants dans une lettre adressée à la municipalité. Depuis des années, il n’y a plus d’éclairage public le soir sur la dalle.
167 locataires sur 180 ont signé la pétition
Sur les 180 locataires de l’îlot 8, 167 locataires ont signé une pétition contre la résidentialisation. Actuellement gérés par la mairie, les espaces publics de la dalle passeraient sous la gestion de Plaine commune habitat. La plupart des locataires craignent donc une hausse des charges, liée au transfert des coûts d’entretien. “À l’îlot 4, déjà résidentialisé, les locataires paient environ 100 euros de charges en plus qu’a l’îlot 8”, poursuit le collectif dans son courrier.
Pour la coprésidente de l’association, la sécurité n’est qu’un prétexte pour gentrifier un quartier idéalement placé,au pied du métro.
Surplombant la galerie commerciale, la passerelle reliant l’îlot 8 à l’îlot 4 a été fermée en 2010 à l’aide d’une grille munie d’un digicode. Mais la porte ne se verrouille plus depuis longtemps. “Ça a été vandalisé, ce n’est pas ça qui empêche les trafiquants de passer, estime Hélène Degoy, coprésidente de l’association Les Ami.es de l’îlot 8 à Saint-Denis Basilique. Si la mairie privatise les autres espaces, cela revient à créer un face-à-face entre les trafiquants et les habitants. Alors que si ces lieux restent publics, la police peut venir.” Pour la coprésidente de l’association, elle-même locataire depuis trente-cinq ans, la sécurité n’est qu’un prétexte commode pour gentrifier un quartier idéalement placé, au pied du métro. Selon elle, les trafics n’ont pas lieu sur la dalle mais “dans la galerie commerciale”. Avec son association, elle déplore aussi de voir le plan initial de réhabilitation des logements dévoyé en un projet sécuritaire.
Craignant également que les travaux ne dénaturent une architecture remarquable, “liée à l’histoire de Saint-Denis, au communalisme”, l’association a déposé un recours devant le tribunal administratif contre la délibération du conseil municipal, créé une cagnotte en ligne pour financer cette action, et lancé des démarches pour faire classer l’ensemble résidentiel.
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