Mécomptes publics,
François Ecalle
La dette publique ne peut pas augmenter indéfiniment en pourcentage du PIB. En effet, les recettes publiques augmentent à législation inchangée, comme le PIB, tandis que le taux des impôts et cotisations sociales ne peut pas être majoré indéfiniment. Les dépenses publiques ne peuvent pas non plus être toutes supprimées. Les créanciers de l’État risquent donc, un jour ou l’autre, d’anticiper un défaut de paiement, ses ressources étant insuffisantes pour couvrir ses dépenses et le remboursement de ses emprunts, de commencer alors par relever le taux de leurs prêts, ce qui ne ferait qu’aggraver la situation, et finalement d’arrêter de lui prêter.
“Plus nous procrastinons en laissant filer la dette, plus l’effort nécessaire pour la stabiliser sera dur.”
La banque centrale pourrait certes financer indéfiniment l’État, mais en créant ainsi une quantité infinie de monnaie qui ne manquerait pas d’entraîner une hyperinflation désastreuse. Un jour ou l’autre, la banque centrale doit arrêter de “faire marcher la planche à billets” pour aider l’État.
Il faut donc arriver un jour ou l’autre à stabiliser la dette en pourcentage du PIB, ce qui impose de dégager un solde primaire (hors intérêts de la dette) au moins égal au produit de la dette par l’écart entre son taux d’intérêt moyen et le taux de croissance nominal (inflation incluse) du PIB. Or on ne peut pas exclure que cet écart devienne durablement positif. Dans ces conditions, il faut dégager un excédent primaire d’autant plus élevé que la dette est importante. Autrement dit, plus nous procrastinons en laissant filer la dette, plus l’effort nécessaire pour la stabiliser sera dur.
Un effort global à fournir de 120 Mds €
En 2024, la France avait un déficit primaire de 3,8 % du PIB. Si on suppose un écart nul entre le taux d’intérêt de la dette et le taux de croissance du PIB dans les prochaines années, ce qui peut sembler optimiste, il faut ramener ce déficit primaire à zéro et réaliser un effort de redressement des comptes publics de presque 4 points de PIB, soit 120 Mds€. Avec le même mode de calcul, l’effort associé au plan Bayrou pour 2026 est de 25 Mds€ (et non de 44 Mds€) après déjà 25 Mds€ en 2025, soit en cumul sur 2025-2026 (50 Mds€), moins de la moitié de ce qui est au total nécessaire, certes sur plusieurs années.
“Le plan Bayrou doit être précisé, débattu et amendé, mais le montant total de l’effort (25 Mds€ en 2026 en réalité) doit être maintenu.”
L’injustice sociale des mesures annoncées, l’absence de réformes structurelles et l’usage excessif du “rabot budgétaire” dans ce plan sont souvent critiqués. Ces critiques doivent être relativisées, mais ceux qui les portent pourront soumettre leurs propositions aux électeurs en 2027 et corriger le plan Bayrou s’ils gagnent les élections : même si ce plan est adopté et mis en œuvre, le redressement de nos comptes publics sera loin d’être terminé.
L’urgence aujourd’hui est de freiner la dette publique et d’en reprendre le contrôle. Il y a certes un prix immédiat à payer, économique et social, mais ce prix pourrait être bien plus élevé si nous la laissons filer.
Le plan Bayrou doit être précisé, débattu et amendé, mais le montant total de l’effort (25 Mds€ en 2026 en réalité) doit être maintenu. Si j’étais député et alors même que je ne suis pas d’accord avec toutes les mesures proposées, je voterais la confiance au gouvernement pour le mettre en œuvre.
Le site www.fipeco.fr développe les analyses de François Ecalle.